Entretien 20/06/2007 à 18h45

« Sarkozy veut sortir Le Pen de sa spécificité »


Politologue à l'institut CSA, Jean-Daniel Lévy, revient sur l'entrevue de mercredi entre Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen.

Comment analysez-vous la venue de Jean-Marie Le Pen à l'Elysée ?
Nicolas Sarkozy n'a jamais fait mystère qu'il voulait réduire au maximum le score du Front national. Quand on regarde les résultats de la présidentielle, on voit qu'il a réussi à ramener fortement à lui des anciens électeurs de Jean-Marie Le Pen dès le premier tour. L'une des principales raisons de voter en faveur de Jean-Marie Le Pen était sa capacité à apparaître en-dehors du système. Et Nicolas Sarkozy souhaite le sortir de cette spécificité, démontrer qu'il a la capacité de s'exprimer. Aujourd'hui, il est dans cette continuité.

S'est-il senti redevable après lui avoir pris tant d'électeurs à la présidentielle ?
Je ne pense pas que cette visite soit un renvoi d'ascenseur. Nicolas Sarkozy n'a pris aucun engagement précis en direction du Front national durant la campagne. A court terme, il n'a plus d'intérêts électoraux. Et, en tant que président de la République, il a une vision de long terme aussi bien pour sa politique que pour sa popularité.

Jean-Marie Le Pen a-t-il commis une faute politique en répondant à cette invitation ?
Cela lui a permis de faire passer son message, de donner sa vision de l'Europe. Mais le risque est grand pour le Front national d'apparaître comme une formation politique comme les autres. Lui qui a refusé jusqu'à présent toute forme d'alliance et de compromis avec la droite traditionnelle, il ne pourra plus capitaliser sur le fait de faire partie des gens d'en bas et d'être ignoré par les responsables politiques. Il perd de sa spécificité à un moment où son parti connaît de grandes difficultés.

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  • Anonyme

    Marine Le Pen à 42 %, score jamais atteint par le FN, dans le Nord Pas de Calais, cela devrait relativiser votre analyse, le FN est-il mort et enterré ? j'en doute surtout si Nicolas Sarkozy déçoit et si la gauche persiste dans son « angelisme » et ses conflits d'intérêts.

    • Ded Zep Line
      • Posté à 17h47 le 21/06/2007

      en quoi sarko pourrait-il decevoir un ex-electeur du FN ?

      • Anonyme répond à Ded Zep Line

        En ne combattant pas efficacement l'immigration, la racaille, le bobo-fonctionnariat, etc. Tout simplement.
        En tout cas pour moi, et je suis de ceux qui ont voté Le Pen au premier tour de la présidentielle, et Sarkozy au second.

  • Anonyme

    au niveau global du FN Sarko peut en effet recevoir Le Pen pour finir de lui servir de la victimisation ; ceci étant c'est aussi une marque de politesse à celui qui lui a fourni une part de programme et les voix qui vont avec. Le vrai danger ce n'est pas l'outrance raciste et zénophobe, c'est l'ultralibéralisme que prendront dès cet été dans la gueule les gogos des classes moyennes et populaires qui vont se faire tondre. C'est à ce moment là que le vrai danger populiste sera fort si il ne se trouve pas une réponse crédible de type social démocrate, (ce n'est un gros mot que dans la bouche des staliniens et des trotskistes curieusement unis). Mais il n'est pas évident que les chevaux de retour du mittérandisme seront légitimes.

  • Anonyme

    c'est d'autant plus dangereux que l'electorat fn
    est fondu dans celui de sarkozy,mais n'a pas disparut pour autant

  • Ded Zep Line
    • Posté à 17h58 le 21/06/2007

    Serait-il iconoclaste de tirer un coup de chapeau à Sarko pour avoir fait manger son chapeau à le Pen ?

    Le tout sauf Sarko contenait il le FN ?

    On parle de recomposition de la gauche, ne serait-il pas possible de recomposer nos propres tètes et de dire bravo l'artiste quand bien même l'artiste serait du bord d'en face que c'est pas le mien ?

  • Franz
    Franz
    ingénieur stagiaire
    • Posté à 14h35 le 23/06/2007
    • Internaute
      ingénieur stagiaire

    La droite va appliquer toutes les mesures phares (à part les débilités qu'il raconte sur l'Europe) de Jean Marie Le Pen : lutte anti immigration violente, destruction des services publics, intensification de la répression policière etc...
    Dans 5 ans, la partie applicable du programme du borgne sera mise en place. Quand on se sera rendu compte que ce n'est pas ça qui fait baisser le chômage et le développement de la précarité que va-t-il se passer ?