Les campagnes politiques américaines dépendent entièrement des dons privés, et du coup, tous les candidats n'ont pas la stature ou l'assise financière d'une Hillary Clinton, d'un Barack Obama, d'un Rudy Giuliani ou d'un Mit Romney.
Les candidats de second plan, comme les sénateurs Joe Biden ou Sam Brownback, maintiennent une certaine visibilité grâce à leur participation aux talk-shows politiques du dimanche et au rôle qu'ils ont pu tenir dans le gouvernement au cours des dernières années. Puis viennent les candidats de troisième plan, qui, en l'absence de règles strictes sur l'égalité de temps de parole, n'intéressent pas grand monde. Alors ils doivent se débrouiller autrement pour attirer l'attention.
Côté républicain, il y a le parlementaire texan et médecin Ron Paul, récemment invité sur le plateau très convoité du Daily Show avec Jon Stewart, faisant du même coup grimper en flèche son coeff » de coolitude. Enfin surtout chez ses supporters les plus jeunes. Il est en effet déjà le candidat le plus haï parmi les républicains depuis son attaque brute de décoffrage contre la guerre en Irak, alors que les autres candidats continuent à la soutenir.
Côté démocrate, le ludion incontrôlable est Mike Gravel, tonique ancien sénateur de l'Alaska, plus connu pour avoir œuvré pour la fin de la conscription pour le Vietnam. Alors que Barack, Hillary, John Edwards et les autres se contentent de regarder, Gravel, qui paraît quinze ans de moins que ses 77 ans, lance de bruyantes et parfois brouillonnes –mais toujours passionnées– attaques rhétoriques contre George Bush et apparemment aussi contre toute position politique qui n'est pas solidement ancrée dans l'idéologie de gauche.
Il est le Michael Moore du parti, toujours prêt à dénoncer les tendances impérialistes. Qu'il ait raison ou tort n'est pas vraiment le problème : les observateurs (et je suppose les autres candidats) le considèrent un peu comme l'ami fou de la famille démocrate, plus en raison de son débit postillonnant que pour le contenu de son propos, alors que ses partisans voient en lui un Howard Beale (le personnage du film « Network », de Sidney Lumet, 1976) des temps modernes (« je suis complètement dingue et je ne supporterai plus ça »).
En revanche, en ce qui concerne sa publicité, plutôt que de poursuivre dans la critique caustique qui l'a rendu incontournable pendant les débats, Gravel a opté pour une approche délibérément contre-intuitive : il s'est mis à faire de l'art conceptuel. Au lieu de se lancer dans ces pubs de campagne hors de prix montrant invariablement le candidat serrant des mains et faisant la liste de ce qu'il ou elle ferait si il/elle était élu, Gravel bricole des vidéos YouTube qui sont probablement les pubs électorales les plus déjantées de l'histoire de la politique.
La première consiste à le montrer pendant une minute en train de fixer la camera, debout près d'une mare, puis se déplacer, ramasser une grosse pierre et la jeter dans la mare. Puis il s'éloigne de la caméra, longeant le bord de l'eau. Et voilà. Pas de musique, pas de voix off. Regardez :
La seconde montre Gravel traversant des broussailles et ramassant du bois pour faire un feu, passant devant la caméra, puis s'asseyant devant le feu de camp qu'il a allumé. Voilà pour les trente premières secondes. Le reste, qui dure quand même sept minutes, c'est un gros plan du feu qui crépite, avec l'URL de son site web en surimpression.
Alors, c'est quoi l'idée ? Son porte-parole a qualifié la première vidéo d'« interprétation » –accros au cinéma de Warhol, Tarkovsky et Antonioni, Gravel est votre candidat !
Il n'a peut-être pas la moindre chance d'obtenir l'investiture, mais au moins, il y a des gens qui parlent (et se moquent) de lui, de ses critiques sur son propre parti et sur la politique de l'administration Bush, tout cela grâce à des pubs énigmatiques qui ne parlent pas de politique et ne coûtent rien à produire. Quand la campagne sera terminée, on a intérêt à surveiller ce qui va se passer dans les prochains festivals de films, parce qu'un réalisateur inattendu est peut-être né. D'ici là, j'attends la troisième campagne vidéo.
Traduction : Catherine Segal.




















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De
14H13 | 19/06/2007 |
Ouah.
Je vote pour ce mec.
De
15H01 | 19/06/2007 |
De toutes façons, comme d'habitude, ils vont avoir un taux de participation effroyablement faible à cette élection comme aux précédentes. Là bas aussi, ils doivent en avoir raz le bol de voter pour des gens qui se soucient plus de leurs propres intérêts que de l'intérêt public et qui se foutent royalement de l'opinion publique (guerre en Irak). Il y a aussi leurs machines de votes électroniques qui gâchent tout : pour moi le dépouillement est un réel investissement du peuple dans la vie politique, leur retirer (interdire) cette tâche revient tout bonnement à les écarter de la vie politique, donc à ne plus voter.
Stouve
De
17H23 | 19/06/2007 |
Ca se dit comment en anglais « un pave dans la marre' ? parce que c'est ce qu'il jette au milieu de son premier spot…
Pour le deuxieme, il nous propose une discussion “au coin du feu” (toujours a voir si ca a du sens en anglais…) sur son site.
Si c'est ca, c'est de l'illustration simple ….
G.
De Catherine Segal
Rue89 | 17H53 | 19/06/2007 |
G : Votre interprétation est intéressante, il est probable en effet que le facétieux Mike Gravel ait souhaité « créer des remous » (=« make waves » en anglais, équivalent de notre lancer de pavé dans la mare) avec son caillou !
Pour le feu de camp, c'est un peu plus mystérieux. Quelqu'un d'autre aurait une explication (linguistique ou symbolique) à proposer ?
De
08H25 | 27/06/2007 |
La première vidéo pourrait être du Bruce Nauman ! En fait, en ne disant rien, il réussit à créer ce qu'il annonce en jetant ce pavé dans la mare : attirer beaucoup d'attention autour de ses spots : « to make a splash » en anglais ! !
De
21H34 | 03/07/2007 |
M. Gravel parle tres bien francais (son pere est quebecois)
donc c'est fort possible qu'il fasse référence à « un pave dans la marre'
comparer ca aux pub de Clinton et Obama…. je voterais Gravel en 2008
De
15H22 | 24/08/2007 |
Ce type est un précurseur génial !
Je souhaite qu'un jour tous les politiciens aient son courage !
Au moins, il ose !
Gravel for President ! Quickly !