
Les Echos, premier quotidien économique français, va-t-il tomber dans l'escarcelle du témoin de mariage de Nicolas Sarkozy, Bernard Arnault ? Depuis quelques jours, une bataille à coup d'intox et d'agit-prop se déroule entre Paris et Londres, où se trouve l'actuel propriétaire des Echos, le groupe Pearson, dont le fleuron est le Financial Times.
Depuis une semaine, des amis d'Arnault racontent à qui veut que le patron de LVMH est sur le point de payer le prix fort pour racheter le journal. Le Figaro parle même, au conditionnel, d'une vente imminente au prix extravagant de 250 millions d'euros.
La rédaction des Echos est affligée par ces rumeurs. Elle tient fort à son indépendance, restée intacte pendant toutes les années Pearson. Or Bernard Arnault, propriétaire du concurrent La Tribune, n'est pas, aux yeux des journalistes, un champion en la matière.
Chacun cite des anecdotes dont ont été victimes les journalistes de l'autre quotidien économique. En septembre dernier, par exemple, un sondage CSA très favorable à Ségolène Royale avait été purement et simplement trappé.
Par ailleurs, Arnault est très proche du nouveau pouvoir. Il n'est pas seulement le témoin de mariage de Nicolas et Cécilia Sarkozy : son bras droit, Nicolas Bazire, est le vieux complice du nouveau Président (c'est l'ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur à Matignon).
Lors d'un comité d'entreprise ordinaire aux Echos, vendredi, la question de la vente du quotidien a été soulevée par les représentants des salariés. La direction n'a pas fait de commentaire, expliquant qu'elle n'était pas au courant des discussions engagées par Pearson. Les syndicats ont décidé de tenir une assemblée générale lundi après-midi.
Pendant ce temps, le président de la nouvelle Société des journalistes, Vincent de Féligonde, au nom de toute la rédaction, a adressé à la présidente du groupe Pearson, Marjorie Scardino, une lettre très ferme pour s'opposer à la vente des Echos à Arnault. La lettre, que nous reproduisons en français ici, fait part de « l'extrême inquiétude » de la rédaction :
« Il nous paraîtrait tout à fait incompréhensible et choquant que notre maison-mère choisisse de nous céder à un groupe industriel sur lequel nous écrivons quotidiennement. (...) A ce titre, une vente éventuelle du groupe Les Echos à Bernard Arnault, PDG de LVMH et propriétaire de notre principal concurrent La Tribune, nous paraîtrait dangereuse. »
Au sein des Echos, on s'interroge en outre sur l'orchestration soudaine des informations annonçant l'arrivée d'Arnault. Au début de l'année, Marjorie Scardino, soucieuse de préserver l'indépendance éditoriale des Echos, avait en effet refusé une offre du patron de LVMH.
« Tout se passe comme si Arnault était en train de faire le forcing, en utilisant les médias, dans le but de contourner Scardino, et de se signaler aux autres actionnaires. S'il répète qu'il est prêt à offrir 250 millions d'euros pour un journal qui en vaut 150, ces actionnaires de Pearson finiront par vouloir signer », commente ainsi un journaliste. Le prix qui circule est énorme : Les Echos ont réalisé un bénéfice de 11,5 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 122 millions.
Mais la bataille des Echos se déroule dans un contexte plus large, celui de la recomposition de l'actionnariat des grands quotidiens économiques anglophones. Rupert Murdoch a proposé de racheter le groupe Dow Jones (Wall Street Journal) à un prix 75% plus élevé que son cours de bourse. Et Pearson a songé à vendre le Financial Times (ce qui pourrait intéresser le même Bernard Arnault...).
Les 220 journalistes des Echos ne sont pas les seuls, en France, à s'inquiéter des appétits de Bernard Arnault. Ceux de La Tribune, au nombre de 130, craignent encore plus pour leur avenir. Les plus pessimistes redoutent la disparition du titre. D'autres parlent d'une revente (Fabrice Larue, l'ancien PDG de Desfossés International, qui édite la Tribune, serait intéressé). Certains, enfin, jugent qu'Arnault aura intérêt à conserver le titre, pour empêcher un concurrent d'entrer sur le marché des quotidiens économiques. Aucune de ces options, toutefois, ne promet un avenir très souriant à un quotidien qui a toujours perdu de l'argent.
► Addendum, 18 juin 2007 : réunis en Assemblée générale lundi matin , les salariés des Echos ont voté à l’unanimité (et 3 abstentions) contre la vente des Echos à Bernard Arnault. Selon des informations précises et concordantes, Bernard Arnault est entré en négociation exclusive avec le groupe Pearson.
En attendant la tenue d'une nouvelle Assemblée générale à l'issue d'une réunion du Comité d'entreprise mardi, l’Assemblée générale a décidé d’un préavis de grève mardi qui empêcherait la parution du titre mercredi 20 juin.
A lire :
Chère Marjorie...
La lettre de la Société des journalistes à Marjorie Sardino














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S’il le veut, il l’aura et ça fera un journal de plus à la botte par ami interposé de Sarkozy.
Un problème technique… Nous sommes en train de travailler là-dessus. Bravo pour votre vigilance :)
au secours, c’est une blague le commentaire (anonyme) de 18H07, sinon faut aller se faire soigner…
vive la pensée binaire qui permet d’évaluer un fait 1 que par un autre fait 0. Au final on a:
1 proche de Sarkozy, ooh Sarkozy=bien donc évènement entre dans la case du bien 1.
A part de cette manière, vous pouvez juger des faits avec des critères, comment dire, qui reposent davantage sur l’intellect ou c’est encore quelque chose que vous assimilez au 0 (0=socialiste?). C’est peut être ça finalement la pensée unique, le fait de réfléchir…
Mais je tiens quand même à citer cette formidable phrase « Le temps de la rose est mort! Nous avons au moins dix à quinze années de gtranquilité » qui dit finalement dans le contexte où vous l’avez placée que le temps des opinions divergentes est mort et que vous espérez avoir 15 années de tranquillité avec une seule vision des choses. Quel démocrate vous faites :D
Courageux anonyme 18H07 16/06/2007, ici le bureau des vérifications de M. Sarkosy.
Vous avez utilisé les mots « gauche », « Rose », « Nantis ».
Ces mots sont totalement prohibés du Sarkolangage.
Le gouvernement, dans sa grande mansuétude vous octroie le droit de vous amender dans un de nos nombreux camps de remise à niveau.
Vous avez droit à quinze années de gtranquilité (grande tranquillité en Sarkolangage) durant lesquelles vous pourrez servir votre patrie en aidant à karchériser les déviationnistes 68tards
Longue vie à notre grand Konducteur
et qui mangera Challenges ? .
lui qu est si tout beau, c est quel groupe ? .
un bon miammiam ce vaillant petit canard…
toktomi
Journaliste à La Tribune (dessinateur) je n’ai pour l’instant aucunes pressions de ma rédaction,plus mes dessins sont politiquements incorrects plus ils sont contents.je n’épargne ni les patrons ni les riches,et Nicolas Sarkozy n’est pas vraiment à la fête avec moi,bien sûr tout cela est relatif La Tribune n’est pas Charlie Hebdo.
bien sûr je m’autocensure ,mais je le sais! j’ai déjà collaboré au pélerin et à la vie catholique et là je ne dessinais pas des curés à poils.
Le personnel des Echos refuse la vente ? Dans quel pays est-ce possible ? Un propriétaire peut refuser une vente, il est le seul. Les journalistes sont la seule corporation - à ma connaissance - à pouvoir faire jouer une clause morale (de conscience) si la ligne éditoriale fixée par le propriétaire ne leur convient pas. Que le personnel prenne ses responsabilités et fasse jouer cette clause ! Où est le problème ?
Depuis que quelques articles ont fait la notoriété de Rue89 comme site « anti-censure » (ex. celui sur Cecilia Sarkozy), j’ai l’étrange impression que le thème est sur-représenté. Hasard de l’actualité? Dérive réelle de la liberté d’expression? Ou fond de commerce et manière de fidéliser les nouveaux lecteurs?
Je ne connais pas la réponse, et je reconnais l’importance de ce thème. Mais avoir deux articles en « Une » qui en parlent, plus ou moins franchement (France 5 et Les Échos), c’est peut-être un peu exagéré non? Le risque d’une telle surabondance est d’assister à une suramplification de la méfiance des internautes pour les médias professionnels, quels qu’ils soient. Ce qui au final, ne fait qu’alimenter les rumeurs en tout genre, paranoïa ou manipulations politiques d’un camp ou de l’autre.
Selon moi, vous devriez clairement assumer ce rôle de « surveillance » : faites donc un encart spécial sur votre page d’accueil, sorte de baromètre de la liberté d’expression, qui selon l’actualité variera du rouge au vert, et qui renverra aux articles sur le sujet. Et laissez la place libérée sur votre Une à plus d’analyses, sur des sujets plus variés. Qu’en pensez-vous?
LVMH a fait de même pour l’achat de la société Kenzo. De fausses info et rumeurs dans la Presse, afin de provoquer, déstabiliser, désunir et ouvrir une brèche avant de s’engouffrer, de réorganiser et de licencier ! Et je peux vous dire qu’être licencié pour raison économique du groupe de luxe n°1 dans le monde, appartenant à l’homme le plus riche de France et la septième fortune du monde ; ça fait plutôt bizarre et ça n’interpelle personne, car à priori c’est devenu « normal » ! …