Pour le centenaire de sa naissance, Rue89 est allé à l’Isle sur la Sorgue sur les traces de sa vie. Dossier.

Poète exigeant et méconnu, René Char demeure une énigme. Presque vingt ans après sa mort, une seule biographie ("L’éclair au front, la vie de René Char" de Laurent Greilsamer, Fayard 2004) a tenté d’éclairer les heures sombres de ce personnage solaire. La fréquentation des surréalistes, qu’il influença ; la guerre, où il fut un chef de maquis redoutable ; la philosophie d’Albert Camus, dont il fut un frère de lettres. Artiste provincial admiré par les intellectuels parisiens, René Char a toujours refusé de se laisser enfermer dans une case. Libre et rétif aux modes, il le resta jusqu’à son dernier souffle, le 19 février 1988.
Ours pour les uns, guerrier des mots pour les autres, il laisse une œuvre majeure du XXe siècle et le souvenir d’un homme hors du commun et terriblement attachant. A l’Isle sur la Sorgue, dans le Vaucluse, une Maison René Char expose sa vie et son œuvre. Indispensable pour comprendre une poésie intensément ancrée dans une terre sèche et violente. Un peu plus près du Mont Ventoux qu’il aimait parcourir, nous avons rencontré l’un de ses amis, Claude Lapeyre, prof de maths amoureux des "Chants de la Balandrane" qui lui sont dédicacés. Enfin, pour ceux que la poésie vivante attire, quelques rendez-vous vont rythmer cette saison 2007 célébrant le centenaire de sa naissance, le 14 juin 1907.
Balade dans les champs de Char avec Rue89.

A lire :
"La poésie de Char c’est comme une montagne"
Entretien avec Claude Lapeyre.

A lire :
A la Maison René Char, l’homme a disparu
pas son souffle.

A lire :
Quelques rendez-vous à venir
A la Maison René Char.

A lire :
Entre fureur et mystère
Un site dédié au centenaire du poète.
► Le Bruit de l’alumette lu par David Servenay.










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« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. » (René Char)
» Ils sont privilégiés ceux que le soleil et le vent suffisent à rendre fous, sont suffisants à saccager ! »
Le lien:
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/travaux/fich…
Par exemple, ne marquer nulle part en évidence le livre publié en 1990 sous le titre René Char en ses poèmes (chez Gallimard), relève de la bévue, dans la mesure où il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’on tient là, l’introduction sans pareille à la poésie verticale de René Char.
Gardez vos 7,80 euros pour acheter un livre de René Char et renvoyez Télérama lécher les bottes de Lagardère.
Désolé de vous dire, Nikolakis, que les injonctions à l’impératif relèvent typiquement de la phraséologie des boutiques: les premiers à « lécher les bottes de Lagardère » sont ceux qui ont employé pendant de longs mois les impératifs de cette sorte.
Lit René Char qui veut, - ou qui peut.
Et par dessus le marché, bien qu’il donne le prix du Hors-Série de Télérama, notre courageux anonyme encourageait à lire - et non pas comme vous le faites à acheter. Maintenant, je suis d’accord avec vous: mieux vaut lire du Char, que d’acheter du Lagardère. N’empêche, pour le grand public, je trouve moi aussi que le Hors-Série de Télérama est très bien fait - cochon qui s’en dédit!
J’ai en mémoire un passage des Feuillets d’Hypnos, qui correspond tout à fait à la période que nous vivons en ce moment : « Ce qui importe le plus dans certaines situations, c’est de maîtriser à temps l’euphorie »…
il faut savoir que pendant l’occupation, ce sont les poètes qui ont aidé les populations à garder l’espoir. Des avions jetaient des tracts sur les campagnes, et c’étaient des po!èmes d’Eluard.
« j’écris ton nom, libert », et René Char ne s’est pas posé la question d’^$être un intello quand il est entré daéns la résistance.
Intéressez-vous à des choses qui ne servent à rien, elles serviront toujours à quelque chose
Non pas chiant du tout. Mais ça demande un petit effort d’écoute et quand on a franchi ce seuil de l’effort, c’est du miel.
On peut essayer de goûter ce qu’on a jamais mangé et ça peut être délicieux.
Merci pour ce très bel article à propos de ce poète si particulier.
« Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m’intéresse pas. » (extrait des Feuillets d’Hypnos).
Résistant, et poète,… Un homme qui choisit de ne plus écrire le temps de la guerre pour se concentrer sur son combat,… et qui détestait le Général de Gaulle :-)) Comme quoi tous les gouts sont dans la nature,… humaine.
« L’essentiel est menacé par l’insignifiant » (René Char)
Pour les parisiens : ne manquez pas d’aller voir la belle exposition sur René Char à la bibliothèque Miterrand jusqu’au 29 juillet.Un régal pour les yeux également. Vous y verrez aussi une affiche qu’il a rédigée pour des législatives du 5 mars 67
« Il faut élire leurs vrais représentants et non des commis mimétiques affolés, aux pieds d’un pouvoir qui idéalise et exalte, par la grâce de son orgueil et de son génie du faire valoir, ses exhibitions, sa duplicité, ses fautes, les donnant comme de fallacieuses preuves de grandeur. »
Que ne dirait-il aujourd’hui en juin 2007 !
« L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant. Cycle bas. »
(Recherche de la base et du sommet (1971), IV, « À une sérénité crispée », 1952)
« Allez à l’essentiel : n’avez-vous pas besoin de jeunes arbres pour reboiser votre forêt ? »
(Les Matinaux (1947-1949), « Rougeur des Matinaux », VI.)
la bêtise aime à gouverner. Lui arracher ses chances. Nous débuterons en ouvrant le feu sur ces villages du bon sens. (Moulin Premier - XLII)
Bonsoir
René Char fut un ami de Pablo Picasso. Un hommage à René Char eut lieu au musée d’art moderne de Céret en 1969. L’affiche représentait la tête de René Char dessinée par Picasso en 1964. Qui penserait aujourd’hui, que sous cette « Tête de René Char » se cache une femme assise? Cette oeuvre de Picasso, comme des centaines d’autres, est une interprétation et métamorphose de « Madame Cézanne dans un fauteuil rouge » vue en miroir. Si cette annonce vous laisse froid, c’est que vous croyez comme Malraux et Char dans la magie de Picasso. Picasso ne fut pas que magicien. Il put l’être grace à un modèle. C’est ce que ma thèse défend sur mon blog. Ceci n’est pas une plaisanterie! Qui osera envisager que cette thèse est possible? A celui là, je l’invite à cliquer pikasso02 sur Google. De préférence, commencer par les articles 29, 34 et 39. Qui acceptera aujourd’hui de croire que Picasso n’a jamais été confondu! (à suivre)
Bonjour,
Votre appréciation du poète René Char est indiscutable, comme vos goûts, et vos couleurs: on ne va pas pinailler - ce serait là aussi « très décevant ».
(Le comble de la méconnaissance, c’est de croire connaître soi-même, et de croire que citer, s’extasier, se pâmer… ou vomir, est l’indice d’une connaissance.)
Voyez Claude Roy:
« Ce que René Char disait, en parlant de la crise cardio-vasculaire qui le frappe en mai 1968, peut s’appliquer à son œuvre entière. « La foudre, écrit-il, que j’avais si souvent regardée avec envie dans le ciel, éclata dans ma tête. » Avant d’être un travail d’écrivain et la mise sur papier d’un « texte », l’écriture de Char est ce qu’il appela un jour « une expérience de pensée », la recherche et la retrouvaille des états intérieurs que l’homme traverse, états intérieurs de l’amant et du combattant, de l’ami et du méditatif, du campagnard et de l’amateur d’art. Brutalité de la foudre ou douceur de la caresse, explosions de la nécessaire colère ou écoute calme du ruissellement des Eaux Mères, on sent toujours que Char ne s’est jamais assis à sa table de travail en se disant : « Je vais écrire un poème. » Il préfère prêter constamment l’oreille aux grondements d’orages et aux battements d’ailes de son « espace du dedans ». Le poème s’écrit en lui comme il a été vécu, ressuscitant et faisant ressurgir les « éclats dans la tête » et la mélodie dans le corps. Il y aurait dix façons possibles d’envisager les « expériences de pensée » de Char. Il est un artisan du style profondément original. Il est ce qu’on est bien obligé de nommer, pour aller plus vite qu’il ne conviendrait, un mystique sans théologie. Il est plusieurs, et il est un, et ces plusieurs, inséparables de cet un, font exploser les images et les mouvements intérieurs d’un inspiré. »
Si le lecteur veut se faire une idée du rapport de René Char à ces auteurs, se procurer d’urgence le livre de Paul Veyne, René Char en ses poèmes. Par rapport à la vulgate de base, fondée précisément sur la méconnaissance, la réalité du poète - pour ne rien dire du Résistant que fut le Capitaine Alexandre -, la réalité à ce sujet déniaise plus que toute déception.
Bien entendu, on peut ne pas accrocher du tout à la poésie, et en particulier à la poésie de René Char - qui laisse peu de prises aux pieds et aux mains. Reste que la phrase citée par Nanni est justement impeccable: « Poète exigeant et méconnu, René Char demeure une énigme ». Vrai.
Cher Nanni,
Vous avez du flair pour l’essentiel: fraternité à la base et solitude au sommet - c’est presque, ou pour un peu ce serait une définition du réfractaire. Grand astreignant, René Char était tout le contraire d’un animal grégaire; ses poèmes n’avaient pas vocation à draîner les foules (ils étaient plutôt voués aux dieux).
Je crois comprendre à votre « réaction » de gêne ce qui pourrait agacer plus d’un connaisseur, dans le bruit et la fureur du centenaire. On va donc faire beaucoup de bruit « autour »? «La brûlure du bruit. Louée soit la neige qui parvient à en éteindre la cuisson.» (Chut!)
Que cette poésie soit difficile, n’est pas un argument contre elle, ni contre lui. Aussi le reproche d’élitisme serait aussi déplacé que de reprocher à l’Aiguille verte d’être ce qu’elle est - inaccessible à la plupart d’entre nous.
On apprend pourtant à le lire. Pas forcément dans les écoles, mais enfin on apprend à le lire, par exemple, que «la sécurité est un parfum»: une essence d’un autre ordre que celui maintenu - ou restauré - par les forces du même nom. (S’il y a énigme, disons que les vers de Char sont des mantra ou des koân - s’il est permis de parler, à propos de poésie occidentale, la langue des bouddhistes.)
Lire certains poèmes de Char confine parfois de but en blanc à l’exorcisme: on se surprend à sortir du cycle bas. Par le haut. Alors oeuvre au noir, oeuvre au rouge - quelle couleur encore?
Je vous salue Nanni - de ma main amie.
Merci pour ces beaux articles de ta part, David. Je me rappelle avoir eu quelques difficulés à lire ce poète au début. Et puis progressivement on se laisse entraîner par sa langue (car c’est vraiment l’invention d’une langue). L’étude que lui a consacré Jean-Pierre Richard (Onze études sur la poésie contemporaine, 1964) me paraît vraiment de qualité pour entrer dans l’univers de ce poète. Il y a aussi le Cahier de l’Herne de 1971, dont certains articles (pas tous, hélas) sont vraiment passionnants. Il faut continuer ainsi !