Cette année, comme à chaque printemps, Annecy accueille d'étranges petits bonshommes, de drôles de machines et des ballons plein le ciel. Des personnages venus d'ailleurs, plein de poésie. Cette année, comme à chaque printemps, le cœur d'Annecy va s'animer.
Une vieille histoire damour
La ville vit une histoire d'amour avec le 7eme art. Cette histoire-là débute en 1945, avec la création du tout premier ciné-club de France. Il est alors dirigé par Alain Moret, commis d'architecte et passionné de cinéma (membre du jury et refoulé à l'entrée sous prétexte qu'il ne portait pas de smoking, il se fit servir du champagne sur les marches du palais à Cannes). Dans les années 50, le CNC (centre national de la cinématographie) organise à Annecy une semaine spéciale au ciné-club, en collaboration avec L'Association pour la Diffusion du Cinéma. C'est alors que l'ADC et le ciné-club décident de présenter au festival de Cannes un programme de films d'animation.
Nous sommes en 1956, une centaine de films sont projetés sur la Croisette. Deux ans plus tard, la seconde édition des J.I.C.A (journées Internationales du Cinéma d'Animation) se renouvelle, toujours dans le cadre du festival de Cannes, avec cette fois-ci la caution des plus grands créateurs, comme Norman Mac Laren ou John Hubley. Mais même si l'intérêt du public et des professionnels de l'animation est réel, on est bien loin de l'univers strass et paillettes ; et l'équipe ne se sent pas très à l'aise dans cet environnement.
Parallèlement, la ville d'Annecy cherche un évènement afin de commémorer le centenaire de l'annexion de la Savoie, auquel le général De Gaulle doit assister. C'est donc tout naturellement que le festival d'Animation fut transféré dans la cité lacustre en 1960, notamment sous le patronage de Paul Grimault, co-auteur, avec Jacques Prévert, du « Roi et l'oiseau ». Déjà, plus de vingt pays sont représentés et Annecy ne met pas longtemps à devenir le rendez-vous incontournable du cinéma d'animation. Les festivaliers de la première heure s'accordent à dire que, dès le début, Annecy et son festival furent un formidable baromètre et un lieu de rencontres privilégié.
Virage sur grand écran
Jusque dans les années 80, la programmation reste académique. Elle passe à côté des nouvelles technologies et semble réservée aux court-métrages et aux films d'auteurs. Trop confidentiel. En 1982, la nouvelle équipe de direction intégre l'ensemble des nouvelles technologies dédiées à l'animation. Dans le même temps, la sélection s'élargit aux longs-métrages, aux films de commande, de télévision, de fin d'études, ainsi qu'aux films spécialement conçus pour l'Internet.
Le festival du film d'animation d'Annecy est devenu au fil des années une énorme machine, l'Evènement mondial de l'animation. Incontournable. Consciente des enjeux économiques, la ville apporte non seulement une importante contribution financière, mais aussi son concours technique. Les associations culturelles sont parties prenantes de l'évènement. Les films sont projetés au centre culturel de Bonlieu, mais aussi dans de nombreuses salles mises à la disposition du festival (la Turbine à Cran Gevrier, les 4 salles du 1er étage de Decavision, et la salle de projection de la MJC de Novel).
Le Marché international du film d'animation (M.I.F.A)
En 1983, les organisateurs décident de créer, parallèlement aux projections, un marché. La première année, il est installé sur des tréteaux dans le hall d'accueil du centre culturel de Bonlieu. On y trouve que quelques rares producteurs qui souhaitent rencontrer les talents du monde de l'animation. Deux ans plus tard, c'est de ce timide essai que nait le M.I.F.A, le Marché International du Film d'Animation. Aujourd'hui, il s'étend sur 3000 m2 et héberge plus de 600 sociétés. En 1998, il devient annuel, tout le comme festival. Cette année, c'est pour répondre à une très forte progression de la clientèle Asiatique qu'il s'est aggrandi. Les acheteurs internationaux sont attendus très nombreux, et le nombre de distributeurs cinéma est de plus en plus important. Pour Serge Bromberg, délégué artistique du festival, l'alliance du festival et du Marché du Film est la clé de cette réussite.
L'économie en trois dimensions
Mais qu'apporte réellement le Festival d'animation à la ville ? Pour Patrick Eveno, directeur de Citia (cité de l'image en mouvement), il est le seul évènement annécien d'échelle internationale. Un excellent argument touristique donc. Pour Dominique Puthod, du conseil général de la Haute-Savoie, le projet Citia, directement lié au festival, a généré une vingtaine d'emplois fixes. Parallèlement, la création par le conseil général, en 2006, d'un fond d'aide à la production d'œuvres audiovisuelles d'animation numérique, d'une valeur de 100000 euros, en partenariat avec le CNC, incite les studios de création à se délocaliser sur Annecy.
Ce fond d'aide a été attribué l'année dernière aux studios Pïnka (Paris), pour la réalisation d'une série d'animation 3D de 366 épisodes, « La Terre vue d'Alban », diffusée sur Canal Plus depuis la fin du mois de mai. Pour cela, Pïnka a installé un studio à Annecy comptant huit salariés.
Bénélux à l'honneur
Cette année, Annecy accueille non pas un invité d'honneur, comme il le fait chaque année, mais trois : le Luxembourg, la Hollande et la Belgique. Il existe en effet au Benelux, et notamment en Belgique, une fantastique tradition de bande-dessinée et d'animation. Autour de cette édition 2007, des animations, des expositions, des débats, des rencontres, et toute une kyrielle de manifestations, seront organisés dans la cité. Jusqu'au 16 Juin, 1882 films, dont 233 issus de 35 pays en sélection officielle, vont être projetés sur tous les écrans de la ville.
Lorsque vous aurez dégusté votre menu animé du jour et que vous rentrerez vous coucher, les yeux encore plein de bruits colorés, pensez à regarder sous votre oreiller. Ces petits personnages bizarres se glissent partout ; jusque dans votre sommeil…



















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De christine h.
14H32 | 12/06/2007 |
merci de parler de cet évènement un peu trop « confidentiel » face aux monstres de Cannes ou de Deauville.
Le cinéma d'animation est un art majeure, et vous le dites très bien.
De marc freder
08H30 | 13/06/2007 |
belle programation cette année. Vive l'animation !
De pascale-louise
journaliste | 12H36 | 13/06/2007 |
C'est vrai, l'animation est réellement un art majeur, surtout si l'on voit la qualité de production de ce crû 2007 !
Pascale Godin
De Pierre A
17H29 | 13/06/2007 |
Quel des(t)in s'anime ?
Le cinéma d'animation, art majeur certainement… qui attire de plus en plus de jeunes, enthousiastes et pleins de qualités (voir l'excellent niveau des « films d'étudiants »).
Mais en même temps, industrie à grande échelle, de grande consommation, avec concentration des acheteurs et mondialisation de la production.
Et les studios indépendants, nés dans la dynamique des années 80 (tel La Fabrique, en Cévennes) ont bien du mal à survivre malgré le talent qui leur est reconnu.
Aux obsèques, les hommages seront nombreux.
De
14H08 | 14/06/2007 |
je suis fan des films d'animation, mais je suis très déçue, nous ne pouvons visionner les films nomminés !
De pascale-louise
journaliste | 06H26 | 15/06/2007 |
Il est possible de visionner tous les films nominés en s'y prenant suffisement tôt, les longs comme les courts. Un quota de place assez important est réservé au non professionnels. Et Dimanche, l'ensemble des séances des films primés sera gratuit, et réservé au public. Pensez à aller prendre vos places à la billetterie le plus tôt possible !
Pierre, s'il est vrai que les majors monopolisent et vampirisent la production des longs métrages, les courts restent produits, pour bon nombre d'entre eux, par de petits studios indépendants(si l'on exclut les Pixar et autres dreamworks). Consultez le catalogue de l'officiel 2007 et vous verrez qu'il y a très peu de majors concernées par les courts. Par contre, l'animation coûte très cher et nécessite un investissement matériel et humain important, pour peu de gains au final. Ce qui explique que de petites maisons aient tant de mal à se maintenir la tête hors de l'eau.