La journaliste Anne Nivat répond de Bagdad aux internautes qui l'interrogeaient sur ce voyage à haut risque.

« Je voudrais juste en dire un peu plus sur 'ce qui me pousse', car j'ai vu plusieurs commentaires à ce propos. En ce qui me concerne, il ne s'agit pas d'adrénaline, c'est une explication trop facile... Mais plutôt de volonté, de persévérance : je sais que je peux aller en Irak, donc pourquoi ne pas le faire ? “Depuis que je fais ce métier, j'ai entendu ceux qui m'entourent dire qu'il n'est pas possible d'aller dans tel ou tel endroit, des endroits où je suis allée et où je retournerai tant que cela aura une importance journalistique. Je veux parler avant tout de la Tchétchénie, le pays que je connais le mieux, de l'Afghanistan et de l'Irak. Car je crois que ce qui est important dans la société de l'éphémère qui est la nôtre, où le flux de l'information est permanent, c'est de retourner encore et toujours aux mêmes endroits, d'essayer de revoir les mêmes personnes, afin de comprendre comment elles fonctionnent, de quoi elles vivent, quelles sont leurs peurs, leurs rêves.
‘Ce que j'aime avant tout, c'est mettre tous mes efforts à me fondre le plus possible dans le pays qui me reçoit, pour partager, justement, du quotidien avec ses habitants. C'est-à-dire que je ne recherche pas des événements particuliers, mais j'essaie de vivre presque la routine quotidienne, et surtout de la décrire au plus près possible.
« Ce week-end, je l'ai passé à filmer dans Sadr City, où vivent plus de deux millions de chiites sur la rive orientale du Tigre, pour la plupart très pauvres. Ce quartier de Bagdad, gigantesque, est complètement sous le contrôle de l'armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr. C'est avec l'aide d'un de ses représentants sur place que nous avons pu filmer dans un hôpital où j'ai rencontré une femme docteur formidable de 26 ans qui m'a raconté sa vie aux urgences, son salaire de 250 dollars par mois, sa déception quant à ce métier, l'insécurité à l'hôpital (elle est obligée de dormir sur place), etc.
“Mais nous avons aussi réussi à filmer dans les rues (avec un cameraman irakien, bien sûr), des scènes de la vie quotidienne, le marché, les checkpoints, les affiches de propagande chiites, celles des martyrs. Et d'eux-mêmes, sans qu'on leur pose la moindre question, des gens, hommes et femmes, ont commencé à critiquer ouvertement le gouvernement face à la caméra, à se plaindre de ne rien avoir, ni gaz, ni électricité, à raconter leur vie difficile.
‘Je vais sans doute aller manger dans une pizzeria ce soir’
‘Je suis arrivée en Irak il y a déjà neuf jours par voie aérienne, car un vol régulier de Austrian Airlines va de Vienne à Erbil, au Kurdistan irakien, trois trois fois par semaine (ce qui montre bien qu'il y a du bon business à faire, l'avion était plein ! ). Puis j'ai effectué le reste du trajet en voiture.
« Je suis d'abord restée chez des amis kurdes à Erbil, puis chez des amis turcomènes à Kirkouk, au centre d'une grande bataille qui a déjà commencé mais qui va s'amplifier et, à mon avis, mal tourner, à propos du pétrole mais aussi, et surtout, à propos du statut de la ville. Puis je suis partie pour Bagdad, malgré la destruction d'un pont qu'il a fallu contourner. Depuis, je séjourne dans la capitale irakienne.
“Jeudi, j'étais dans le quartier de Mansour pour l'inauguration d'une exposition de jeunes artistes à l'Union des artistes plastiques : j'ai pu filmer et montrerai ce film sur Rue89 en rentrant. Vendredi, je n'ai pas vraiment pu bouger car le couvre-feu est diurne en plus de nocturne : de 11 à 15 heures, à cause de la grande prière. Mais je vais sans doute aller manger dans une pizzeria ce soir [vendredi, ndlr] avec toute la famille qui m'accueille...
‘Tous les jours à 8h10 (heure de Paris), depuis une semaine, je suis au rendez-vous de RMC, et je serai encore au rendez-vous cette semaine, inch'allah ! Je parle entre quatre et sept minutes ce qui est beaucoup. J'essaie d'en dire le plus possible de la facon la plus nuancée et détaillée afin que, justement, les auditeurs puissent presque me suivre. Dès mon retour, j'écrirai aussi des papiers car je suis à l'origine journaliste de presse écrite (ancienne correspondante de Libé à Moscou).
« Pour la personne qui demandait quelle langue je parle à Bagdad, eh bien je ne suis pas encore suffisamment bonne en arabe oral, même si je l'apprends. Mais je parle avec des gens qui parlent une des langues que je connais : français, anglais, allemand, russe... En fait, surtout l'anglais.
“Je veux mieux faire mieux connaître la cause turcomène”
“Je voudrais aussi répondre à l'internaute qui parlait des Turcomènes en Irak, la troisième ethnie du pays : oui, j'ai interviewé Ali Mahdi à Kirkouk, je vois que les nouvelles vont vite... Et j'ai bien l'intention d'essayer de faire mieux connaître la cause turcomène en Europe car, malheureusement, je pense que la situation va vers le pire à Kirkouk et qu'elle sera de plus en plus tendue à mesure que le deadline pour le fameux référendum approchera (fin de l'année). Je pense que, finalement, il sera reporté, mais les Turcomènes de Kirkouk craignent vraiment d'être attaqués par les Kurdes en cas de départ précipité des Américains, qui, eux, n'ont absolument pas pris parti dans ce guêpier.














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Chère anne,
j’espère que vous pourrez un jour nous parler de leurs reves,de leurs espoirs…
Difficile de deviner leur « positif » dans cette stuation…
enfin une réalité irakienne qui n’est pas formaté pour le 20h de tf1 ou france2.
on ne s’attarde pas sur les soldats américains et leurs pertes mais sur le quotidien de tout un un peuple en proie à la guerre depuis 4 ans.
ce regard différent nous permets de cerner une compléxité sur une situation
qui c’est complétement banalisé avec son lot de mort quotidien et ces atrocités.
on sort des chiites ,des sunites, des kurdes, des clans, de la real politique…
pour voir le quotidien d’un peuple en souffrance c’est à dire tout simplement des êtres humains et non pas des statistiques.
merci anne nivat pour ce travail.
merci Anne.
Voila une raison pour rue89 d’exister…
Cet article par exemple.
Qui veut l’Irak aujourd’hui ?
La focalisation sur l’armée americaine sert qui ?
bon fait gaffe à toi quand meme et « si c’est trop profond… laisse mesurer les autres » !
Il faudrait traduire cet article en Anglais, que je le passe a mes amis americains sur d’autres sites. Je peux le faire si necessaire.
Très bonne idée, Araraquera, renvoyez-nous la traduction en cliquant l’enveloppe (en haut à gauche de la page d’accueil), nous mettrons en ligne.
Merci
Au plaisir de vous lire et voir les vidéos.
« Khamsa »
Madame Nivat,
Cette article est fascinant. Même si beaucoup de gens doivent vous le dire, vous prenez un tel courage pour habiter en Irak. Je souhaite vous féléciter. Ce que vous faites n’est pas l’équivalent d’un journaliste en Irak, mais vous êtes avec les habitants et au sein de la terreur en Irak. C’est beaucoup intéressant à écouter ce qui se passe vraiment au sein de la population que de déchiffrer le nombre de morts en Irak. Demain matin, je serai à l’écoute de RMC pour écouter votre reportage.
Je voudrais travailler dans l’humanitaire, et je ne sais toujours pas précisément sur quelle voie m’orienter. Je crois que ce que vous faites est de l’humanitaire, et vous m’inspirez une voie ! Je vous souhaite beaucoup de courage et une bonne continuation ! Si seulement des informations comme celles-ci pouvaient être entendues sur les grandes chaînes peut-être que les gens se sentiraient plus concernés !
P.S : A ceux qui s’intéresse aux actions américaines au Moyen et Proche Orient, regardez le film (docu-fiction) « road to Guantanamo ». C’est criant de vérité et personellement ça m’a énormément touchée.
Vous êtes bien pessimiste sur la nature humaine… Vous pensez vraiment que les gens n’ont en tête que de vendre leur soupe. Vous croyez vraiment que de la publicité subliminale, au détour d’un papier sur rue89, va changer la vie d’Anne Nivat, prix Albert Londres et journaliste reconnue ?
Je suis d’accord avec vous, il faut combattre le politiquement correct, qu’il soit de gauche ou de droite, et je serais tenté de dire, sutout s’il est de gauche, parce que la gauche a une plus grande responsabilité, de mon point de vue, vis à vis de l’interprétation qui est faite du monde.
Bref, ce qui compte pour moi c’est l’esprit critique, quel que soit le contexte.
Oui, c’est à vous que je réponds :-)
Merci pour votre passion et votre courage. C’est une chance de pouvoir bénéficier d’un tel témoignage.
Continuez s’il vous plait, cela m’est indispensable, comme pour nombre d’autres personnes.
Eureka!!! Rue89 vient d’inventer la machine à remonter le temps!!! :-)