A débattre

Faut-il supprimer le baccalauréat?

Hier, j’ai rêvé que je repassais mon bac. Ce n’était pas un rêve agréable. Et à en croire quelques témoignages laissés sur des forums du net, je ne suis pas la seule que le grand examen hante dans son sommeil. Le bac cause de stress ? Il serait même l’une des premières sources d’angoisse des lycéens, avec le divorce des parents. Pour gérer l’épreuve, le web fourmille de conseils, de mises en garde contre l’usage de médicaments dont les ventes explosent en cette période. On peut même trouver de petits reportages pour affronter sereinement l’épreuve.

Mais le stress n’affecte pas que les principaux concernés. Pour une écrasante majorité de parents, le baccalauréat de leurs fistons reste un souvenir important de la vie de famille. En deux siècles, le bac a acquis aux yeux des Français un pouvoir symbolique aussi fort que le coq ou le drapeau bleu blanc rouge. Et depuis l’étranger, il possède la même force emblématique, digne ambassadeur d’un système scolaire qu’on nous a longtemps envié. Pourtant, ses détracteurs sont de plus en plus nombreux, et les critiques fusent de tous bords.

Le bac coûte trop cher, entre 55 et 70 euros par candidat, selon la filière. Toutes dépenses comprises, il coûterait entre 50 et 150 millions d’euros selon les estimations. Le bac présente une surcharge de travail pour les enseignants, dont les méthodes de correction –correction doublée de systématiques réunions d’harmonisation des notes– sont souvent remises en cause. Outre stresser chaque année plus de six cent mille candidats, il raccourcit leur année scolaire d’un bon mois. Et tout cela pour quoi ? Pour éliminer moins d’un élève sur vingt. Car si 82% des élèves ont eu leur bac l’an dernier (un record), avec les rattrapages et les redoublements, on peut considérer in fine que 95% des lycéens décrochent le diplôme.

La nature des épreuves est également critiquée. Zacharia Dosseur, enseignant en ZEP et bloggeur pour Rue89* : "L’oral de français est souvent une absurdité. Il m’est arrivé de le faire passer et de demander aux candidats ce qu’ils pensaient du texte qu’ils venaient ‘d’expliquer’ en répétant mal l’explication apprise par cœur de leur professeur et ils se mettaient à pleurer. Pourtant ce n’était pas méchant, juste pour discuter sincèrement et partager la lecture. Il était donc difficile de savoir s’ils aimaient ou savaient lire, si leurs lectures leur avaient apporté quelque chose".

Les élèves évoquent souvent le facteur chance, ou angoissent sur LE sujet survolé en cours, faute de temps, et qui risque de tomber. Pour ma part, c’était la formule chimique de la saponification, et oui, elle est tombée. Quant aux inégalités entre les lycées, dont le taux de réussite peut osciller entre 16% et 100%, elles soulèvent aussi la contestation.

Le doute s’installe réellement en jetant un coup d’œil de l’autre côté de nos frontières. Nos voisins ne sont pas moins bien formés et pourtant, point de baccalauréat. En Espagne, Suède ou Belgique, seul le contrôle continu est pris en compte ; ailleurs, on mélange examen final et contrôle continu.

Mais de là à changer le baccalauréat… les Français le désirent-ils vraiment ? Dans un sondage paru avant-hier sur le JDD.fr, 50% se déclarent pour le maintien, contre 48% contre. Et curieusement, ce sont les lycéens qui semblent le plus attachés à cette épreuve.



La réforme du bac, plus d’un ministre s’y est cassé les dents, de Claude Allègre à François Fillon. Peut-être parce qu’en fin de compte, la France s’est attachée à cette expérience qu’on a tous en commun, première étape d’une vie pleine d’événements bien plus stressants.

*Zacharia Dosseur est un pseudonyme.


A lire :
Sarkozy, bachelier médiocre et alors ?
Article de Zineb Dryef.


A écouter :
"Le baccalauréat est comme la Tour Eiffel"
Entretien avec le sociologue François Dubet.


A lire :
Le bac moderne est une tentative de pacification sociale
Extrait du blog de Nestor Roméro.


A lire :
L’Abitur n’est pas un bac français où l’on parle allemand
De Berlin, par Pierre Rouchaléou.


A lire :
La Grande-Bretagne songe à importer le bac
De Londres, par Elodie Cuzin.

Rectifié le 09/06/2007. En effet, la double correction n’est pas automatique, c’est la réunion d’harmonisation des notes.


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Enki
06H04 09/06/2007

J’ai du mal à saisir si la question porte sur la suppression ou la réforme du baccalauréat.
Le supprimer, faute d’être capable de le réformer? Etre incapable de le réformer faute d’être capable de proposer une refondation cohérente de notre système éducatif, à la fois dans ses valeurs républicaines et la conjoncture mondiale?
Il est devenu utopique, voire malsain, de considérer le bac comme un jalon de citoyenneté. Utopique, parce que le but n’est plus la validation des acquis nécessaires à une citoyenneté de raison, outils littéraires et bases scientifiques, fondements philosophiques, compréhension des enjeux de société. Le but est de faire le premier pas des études supérieures, elles mêmes basées plus sur la sélection et l’échec que sur la réussite de tous, plus sur la professionnalisation que sur l’acquisition des savoirs choisis.
Malsain, parce que le fait que 95% des lycéens sortent bacheliers ne nous dit pas combien de collègiens ne le seront pas.
Pourquoi ne pas réduire les ambitions du bac, en en faisant une étape citoyenne universelle et non élitaire, en l’adaptant aussi bien aux cursus de professionalisation rapide qu’aux études de longue durée? Pourquoi laisser cette fonction à un examen de nationalité?
On a supprimé le service national avant qu’il perde sa vocation militaire, avant qu’il devienne à nouveau égalitaire par la mixité, avant qu’il redevienne la contribution universelle du citoyen à la république. Sorti par la porte, il revient par la fenêtre sous la forme d’une conscription sociale.
Jusqu’où reviendrons nous en arrière? Jusqu’à remettre en question la république?
Les enfants des riches passeront un bac privé, et les enfants des pauvres feront un service d’intéret géneral.
Les autres passeront un examen de nationalité pour avoir le droit d’avoir des enfants.

 
mickafrench | Ecossaise, mariée, ex-speakerine radio, ...
09H42 09/06/2007

Des nouvelles de Micka FRENCH

« Quand on est trop dévot, on est détruit »
http://zorpia.com/frenchmicka

Extrait :
Avant de réformer le Bac, il serait plus urgent de re-former le Certo…

Micka FRENCH en direct d’Edinburgh, à vous les studieux…

 
Enki
11H56 09/06/2007

Merci de ton témoignage, très intéressant commentaire, très lucide!
Une anecdote pour te faire flipper et une précision pour te rassurer.

Il y a … quelques années de cela, j’ai raté le bachot, série C (scientifique) à cause d’un 01 en bio, le correcteur m’ayant saqué parce que j’avais fait le schéma de la molécule d’ADN sans couleurs. J’étais en médecine deux ans plus tard, oui, parfois le bac c’est n’importe quoi, attends (un peu) de l’avoir pour t’enquérir de ce qu’est la docimologie…

Une précision quant aux lycées a 98% de taux de réussite, ne croies pas que la préparation y soit meilleure, c’est une affaire de sélection. Par exemple, dans la plupart de ces lycées, les élèves que les profs ne sentent pas au niveau ne sont pas inscrits au bac par l’établissement, et doivent le passer en candidat libre, ou se réfugier dans un lycée… à 50% parce qu’il prend tout le monde.

En fait, c’est un peu toi qui me pose problème…
Ton propos est clair et construit, ton analyse pertinente, et ton expression excellente. De plus, alors que tu es en période de bachotage, au lieu de trainer au café, de faire une partie en réseau ou de visionner un bon porno, tu prends le temps de surfer et commenter sur un site d’information. Qu’est ce qu’on te demande de plus? Pourquoi te faire perdre ton temps?
Je préfèrerais un bac un peu moins lourd et ambitieux, mais que l’on puisse mettre à la portée de tout le monde, au lieu d’abandonner les filières CAP-BEP, quite à le doubler d’un véritable examen pré-universitaire.
L’idée, en fait, c’est que l’ojectif de 100% de bacheliers ne soit pas celui des élèves ni des établissements, mais celui de l’éducation nationale.

Ceci dit… merde!

 
Lulubellule | Elève ingé parisienne
17H40 09/06/2007

Une autre petite précision concerant les lycées à 98% de réussite …

Non ces lycées, pour la plupart d’entre eux, ne font pas passer le bac en candidats libre aux étudiants qu’ils ne sentent pas au niveau !

Il y a un an, je passais mon bac … résultats de mon lycée : 100% de réussite …

Pourtant, aucun départ forcé, aucune incitation à passer le bac en candidat libre … et comme partout, il y avait des élèves en difficulté pendant l’année …

La préparation n’y est pas forcément meilleure, il y a comme partout, d’excellents profs, comme d’autres dont on pourrait se demander pourquoi ils enseignent encore …

J’ajouterai que ces lycées, en général, sont, soit des lycées privés, soit des lycées publics qui sélectionnent les élèves à l’entrée en seconde (comme c’est le cas de tous les lycées parisiens). Ceci explique peut etre cela …

Je réagis sur ce propos, car j’avais cet avis sur ce genre de lycées avant d’y entrer … mais ce sont souvent des rumeurs, et puis il est de bon ton de taper sur les bons lycées …

 
Enki
11H02 11/06/2007

Un bon lycée,de mon point de vue, c’est un lycée où les jeunes sortent meilleurs qu’ils n’y sont entrés, de mème qu’un bon prof, c’est celui qui va donner leur chance à ceux à qui les statistiques ne la donnent pas. Un très bon prof étant celui (ou celle, bien sûr, bien souvent) qui a la passion de le faire.
Chère Lulubellule, je dois ce que vous appelez une rumeur à quelques amis du café du commerce, professeurs de leur état, dont certains sont révoltés chaque année par le sacrifice d’élèves au chiffre, et je ne peux affirmer être réellement heureux d’avoir à portée de main un exemple probatoire en chair et en os de lycéen dégraissé en cours de terminale. Le facteur de base est effectivement la sélection à l’entrée, elle est socio-géographique (voire pseudo-geographique) pour certains lycées publics, elle est socio-qualitative pour les lycées privés. Ils ont leurs 100% à l’entrée, et non à la sortie.
J’ai le sentiment aussi qu’il est de bon ton de taper sur les bons lycées, ce qui ne me met pas d’accord avec vous, n’appellant pas la même chose un bon lycée.
De même que l’on appelle pas la même chose un élève en difficulté, d’un point de vue d’ancien éduc, un élève qui va au lycée n’est pas réellement en difficulté.
Un bon prof a facilement 50% d’élèves qui ratent le bac. Pour le rater, c’est qu’ils se sont donnés la peine de le tenter.

 
Lulubellule | Elève ingé parisienne
22H00 11/06/2007

Excusez-moi, cher Enki, de ne pas m’être exprimée assez clairement : bien sûr par élèves en difficulté, j’entendais « difficulté scolaire ».

Je pensais à certains de mes camarades qui avaient très largement en dessous de la moyenne dans des matières à fort coefficient, et ont pourtant eu leur bac : peut être avions nous un de ces « bons profs » dont vous parlez ? Bien sur que non, sinon la moitié de ma classe aurait raté son bac …

Quant à votre définition du bon lycée, elle me semble bien vague et pourrait s’appliquer à tous les lycées ! Des lycées d’où l’on sortirait pire que l’on est entré ? J’estime trop l’enseignement public pour le croire !
Ma définition du bon lycée ? Un lycée dont la politique est d’amener tous ses élèves au bac. Tout simplement. Pas seulement une volonté des profs donc, mais tout une dynamique portée par toute l’équipe pédagogique et l’administration.
Je me rappelle le message de ma proviseur adjointe à mon arrivée en seconde, nous signifiant sa volonté que nous restions tous jusqu’à la fin de notre terminale pour passer notre bac.

Je changerai la formulation de la fin de mon message précédent, pour dire qu’il est de bon ton de taper sur les lycées ayant de bons résultats, comme s’il n’était pas normal que certains réussissent, sous prétexte que d’autres peinent.

L’égalité des chances ce n’est pas l’anti-élitisme et le nivellement par le bas, mais donner les moyens à l’enseignement public pour que tous réussissent …

 
poing-trop-n-en-faut
12H54 10/06/2007

Il me semble qu’il y a plusieurs problèmes avec le bac: le premier, c’est que pour qu’il ait une valeur il faut qu’il y en ait qui ne l’ait pas (si tout le monde l’a, on s’en tamponne), le deuxième, c’est le niveau de plus en plus faible et toutes filières confondues (y a qu’à voir, les sujets tombés il y a 15 ans -soit, dans les années 1990- sont infaisables pour nos élèves aujourd’hui).
On va ensuite dire que « ça dépend des lycées " et " ça dépend des profs dans les lycées » puis « ça dépend du milieu social des candidats ». Autant de paramètres que l’examen ne peut pas prendre en compte, on est d’accord. Bon. Mais, en général, si on est arrivé jusqu’au bac, et qu’on veut se donner les moyens de l’avoir, il est tout à fait possible de l’avoir. Il existe des CDI, des bibliothèques, qui offrent un savoir gratuitement: qu’on s’en serve!
Finalement, je considère que le bac est le premier examen important sans qu’il soit pénalisant (avec 82% de réussite, ça va). Parce qu’ensuite, il y a les concours blancs de prépa, les partiels pour les facs, et les vrais concours. Quand on dit qu’en Belgique et partout ailleurs ils ont pas de bac et qu’ils s’en sortent bien les gamins quand même, on oublie de dire qu’en France, on doit passer des concours pour tout, alors qu’en Belgique, en Suède, etc., ce n’est pas le cas. Il ne faut donc pas tout confondre. Soit on réforme le bac ET tout le système d’intégration sociale, soit on le maintient, mais on fait pas les choses à moitié.

 
Enki
14H36 11/06/2007

« pour qu’il ait une valeur il faut qu’il y en ait qui ne l’ait pas »

Comme le dernier sac de chez Vuitton, le droit de vote, l’argent… la liberté, l’égalité, la fraternité…

?

 
Ophélie Neiman | Rue89
19H40 09/06/2007

Courageux anonyme, c’est vous, c’est lui, c’est elle, ce sont tous ceux qui ne se sont pas inscrits sur le site. Ils peuvent donner leur avis mais leur pseudo, par défaut, est celui-ci.
Vous remarquerez aussi que les courageux anonymes ont une écriture gris clair, alors que les inscrits ont une écriture noire. Une façon comme une autre d’inciter les internautes à s’identifier.

 
annakarénine
10H23 11/06/2007

c’est drôlement mieux quand on sait à qui on parle même si c’est en différé et que la parole n’a pas de grain, seulement le plat relief de l’écriture en ligne. C’est Annakarénine qui y est !

 
poing-trop-n-en-faut
12H56 10/06/2007

Celle-là, elle est énorme!

 
Alexandre Berneau | Etudiant ingénieur
22H11 09/06/2007

Je vais être clair : le bac, de nos jours, ne vaut rien. En tant que tel. Comparez à un bac pro, un bac pro vous ouvre des portes dans l’industrie, les services, tandis qu’avec un bac général, vous n’aurez aucun boulot.

De plus, le bac ne vaut rien : le niveau est faible. C’est peut-être méchant pour ceux qui le rate, mais c’est pourtant la vérité. La personne en terminale parle « d’énorme quantité d’informations emmagasiné ». C’est tout le contraire, j’ai fait un Bac S, option SI, spécialisation Physique Chimie, section européenne. E, physique par exemple, je n’ai pour ainsi dire pas eu de prof de toute l’année, mais j’ai réussi à avoir 14 au bac dans cette matière, et non grace à la chance comme j’ai pu le lire, mais juste parce que la quantité d’information n’était pas très importante, et que même avec des lacunes dans le cours (je n’avais pas le droit à la calculatrice quand j’ai passé mon bac, j’en ai été bien embêté quand il fallait citer certains théorème), les exercices sont ainsi fait que l’on peut s’en sortir quand même.
Par contre, après la terminale, tout change. Que ce soit en médecine (des amis) ou en prépa (surtout la deuxième année, expérience personnelle), la quantité d’information devient énorme, et les calculatrices ne sont jamais autorisées, il faut donc retenir toutes les formules, les démonstrations, et toute les conditions qui vont avec…

Je n’étais pas dans un grand lycée, dans une classe asser bizarre (là où au niveau nation, la fillière SI à le plus fort taux de réussite, dans ma classe le taux était d’environ 60%, mais avec 4 mentions très bien, et 12 mentions bien). Ce qui ont réussi n’étaient pas forcément les plus aisés, aucun ne prenait de cours particuliers.

Evidemment que les gens cherchent une mention, comme je l’ai dit, le bac a un niveau médiocre. Quand on a pris conscience de ça, on cherche une certaine satisfaction tout de même.

(Non je ne suis pas fils de riche, mes parents sont fonctionnaire pour l’un, femme au foyer pour l’autre, j’étais dans un collège basique avec ses problèmes, dans un lycée tout aussi basique, je suis maintenant en école d’ingénieur).

http://politique.heaven-hosting.biz

 
daniel
08H21 09/06/2007

AMHA, supprimer le bac revient à instaurer des concours pour l’entrée à l’université.
Pourquoi pas.

Sinon, les arguments, de stress, de cout sont un peu léger dans ce genre de débats, je trouve.

Personellement, je suis pour le maintien, ne serait parce que c’est une longue tradition (je sais c’est encore plus léger comme argument ;) ).
Je trouve positif que les étudiants ait un objectif de travail en fin d’année.

Comme cela a été suggéré, on pourrait y mettre une dose de controle continu, ce qui devrait apaiser le stress et encourager les lycéens à travailler tout au long de l’année.

 
René B.
09H08 09/06/2007

D’accord pour que le contrôle continu joue un rôle plus important.
Mais, essayons de faire en sorte de garder le rituel du passage, très important pour la constitution de l’individu, jeune ou moins jeune.
Le moment où on franchit la frontière entre un espace et un autre, un temps et un autre, demande à être souligné. Cela, dans les rituels initiatiques, porte le nom d’épreuve. Pas pour en « baver " et renforcer la notion de " mérite »- fichtre, non!- mais pour baliser la route. Or le rendez-vous, tel jour, telle heure, est irremplaçable même s’il a besoin d’être accompagné d’un suivi d’appréciation.
Pas de mythe du grand soir mais pas de banalisation non plus. Les gens qui pratiquent l’apprentissage de la pratique théâtrale, par exemple, le savent bien. On suit un atelier toute l’année et on peut y apprécier de jour en jour ses progrès et ses manques. Mais le moment de la représentation est un temps particulier et essentiel de l’apprentissage qui souvent permet à la personne de concrétiser et de potentialiser ce qu’elle a appris.
Donc, considérons l’épreuve du Bac comme un moment singuler qui possède sa valeur propre et nécessaire. N”en faisons pas l’aboutissement. Pas de quitte ou double. Mais donnons lui toute sa dimension de tremplin pour la vie. Et pas seulement pour la vie du monde du travail mais pour la vie de l’individu.
Pour ce faire, j’ai bien conscience que c’est tout le système de l’éducation qui est en jeu. Et pourquoi pas? On veut des réformes? Faisons-les en plaçant le développement de l’individu, au centre du processus.
Pour un Bac « humain ". Reste à définir ce que c’est qu’être"  humain ». Cela fera peut-être l’objet d’un prochain commentaire…

 
ebolavir | Tianjin
10H18 09/06/2007

Tout à fait d’accord sur l’idée du rite de passage. Je viens d’être témoin du déroulement du 高考 gaokao, le grand examen national unifié d’entrée dans l’enseignement supérieur en Chine. 10 millions de candidats. Un symbole national, cette année est la 30e de son rétablissement après la Révolution Culturelle. Le grand monument à la méritocratie, successeur des examens de district, premier degré des concours impériaux de l’ancien temps.
Mais aussi le couronnement d’années de bachotage (le mot) car le but de l’enseignement, c’est de préparer à l’examen.
Un des arguments en sa faveur, c’est que le remplacement de ce grand test anonyme par quelque chose de varié et ouvert ouvrirait la voie à « une inondation d’abus et de corruption ».

On ne sait pas comment faire autrement, alors on le garde. Un Français ne se sent pas vraiment dépaysé.

A lire (en anglais)

http://www.chinadaily.com.cn/opinion/2006-06/10/content_613553.htm
http://www.chinadaily.com.cn/china/2007-06/07/content_889597.htm

 
daniel
19H05 09/06/2007

très intérressante mise en perspective.
Cela dit, il faut rappeller qu’en Chine, cet examen est autrement plus important que notre Bac puisqu’il conditionne l’entrée à l’université : les meilleurs notes allant dans les « meilleures » universités.

 
Ophélie Neiman | Rue89
19H58 09/06/2007

Vous avez raison: mon clavier a tapé plus vite que ma pensée, je voulais parler de réunions d’harmonisation de la notation, (Note de service n°95-113 du 9 mai 1995: http://eduscol.education.fr/D0056/bacg-harmonisation.htm ) qui sont elles systématiques. La double correction, à la différence de l’Allemagne, est assez rare en France.
Merci pour cette précision, je m’empresse de corriger cette erreur dans l’article.

 
Nestor Romero | Ancien enseignant
22H06 11/06/2007

J’espère que vous lisez les copies de vos élèves plus attentivement que les articles de Rue89: Ce sont les corrections qui sont doublées de réunions d’harmonisation. Ce qui est exact.

 
GastonLagaffe
11H02 09/06/2007

Le contrôle continue est parfait pour renforcer les inégalités et l’arbitraire. Les inégalités parce qu’un bac qui viendra d’un lycée où il n’y a que des cancres sera vu comme plus facile à obtenir car les professeur seront perçus comme plus indulgents. Et arbitraire car comme on passe le bac en contrôle continue le prof sait à qui il met la note donc sa relation avec l’élève peut rentrer en jeu dans la notation, c’est parfait pour les lèches cul.

Alors qu’aujourd’hui tout le monde passe le même sujet dans toute la France métropolitaine et la correction est anonyme, ce qui réduit énormément la subjectivité de la note (les correcteurs ne savent rien des copies qu’ils corrigent), et celle ci a la même valeur quelque soit le lycée d’origine.

Mais cette volonté de casser le coté national du bac va tout à fait dans le sens de la suppresion de la carte scolaire, c’est à dire renfocement des inégalité et enfermement des mauvais lycées dans leur statut de mauvais lycées (et de même pour les élèves).

 
GastonLagaffe
18H39 09/06/2007

Par rapport au taux de réussite de 80% je trouve étonnant de mettre ça directement sur le dos de la facilité du bac. d’abord parce qu’on pourrait tout à fait mettre ça au compte de la bonne qualité de l’enseignement (bien meilleurs qu’en Espagne où le bac est bien plus facile à obtenir). Ensuite parce que ça ne repose sur aucune étude sérieuse, mais uniquement sur le pifomètre de gens qui ont passé leur bac il y a plus de 10 ou 20 ans et qui quand ils le repassent pour s’amuser ne l’obtiennent que raz du cul au rattrapage.

Et puis si on trouve qu’il est trop facile pourquoi ne pas le rendre plus difficile plutôt que de chercher à casser encore plus sa valeur à travers le contrôle continu. C’est une étrange logique que de vouloir réduire encore la qualité du bac en réponse à sa trop grande facilité.

Pour son prix, j’ai envie de dire qu’à l’heure où la formation est primordiale dans la compétitivité d’un pays ce n’est peut-être pas là qu’il faut pinailler. Surtout quand on voit qu’en parallèle Sarko fait des baisses d’impôts pour les plus riches qui coûtent entre 5 et 10 milliards et ne servent à rien.

 
alexisgirszonas | Etudiant en Première Année de Droit et S...
11H34 09/06/2007

Comme vous pouvez le voir dans mon profil, je vais passer mon bac lundi. En fait, ce qui est certain c’est que si on a travaillé régulièrement tout au long de l’année on arrive à mieux aborder les épreuves parce que finalement tous les sujets finissent par se ressembler et après avoir étudié la question je crois pouvoir dire qu’ils ne sont pas d’une très grande originalité. Quant à savoir si il faut supprimer le bac, en fait je ne le crois pas. Il faut surtout le réformer tout en faisant en sorte que le diplôme garde une certaine valeur. Après c’est vrai qu’il y a des choses abérantes. L’article évoque le reste de l’Europe. C’est vrai ça, parlons en de nos voisins! Eh bien savez vous que nous sommes le seul pays où existe une épreuve de philosophie. C’est un peu incohérent zet surtout l’efficacité d’une telle épreuve n’est pas prouvée. En plus, essayer d’avoir un raisonnement philosophique à l’âge de 17 ou 18 ans ce n’est pas chose aisée. Alors peut être que la solution résiderait dans l’idée d’accorder une plus grande place à des épreuves orales dignes de ce nom(je fais référence au professeur qui évoquait les élèves qui n’ont pas d’avis sur les textes), parce que tout le monde sait que les oraux sont plus faciles. Après tout, je ne sais pas je dit ça comme ça… Ce qui est sûr et je peux d’autant plus le dire que j’en ai eu une fois de plus la preuve en passant un oral d’espagnol lundi dernier dans tout les cas, le terme d’épreuve que l’on donne à chaque matière de cet examen est un terme très approprié. Si je prends mon exemple, je peux dire que j’ai vraiment eu l’impression d’avoir du aller chercher au plus profond de moi même pour donner le meilleur aperçu du travail que j’ai effectué au cours de l’année.

 
NR
11H55 09/06/2007

Le plus amusant est la façon dont chaque année on se gargarise sur les pourcentages de réussite qui sont encore plus élevés que l’an passé (miracle!).

MAIS C’EST LE MINISTÈRE QUI LES FIXE !

Demandez à n’importe quel prof ayant participé à une commission d’harmonisation. Mais sans doute les journalistes préfèrent-ils reprendre en coeur la litanie du record battu plutôt que de faire leur travail…

 
caro | délinquante avérée
13H35 09/06/2007

Je me pose des questions sur la suppression éventuelle du bac.

J’ai bien peur que sa suppression soit dans le droit fil de l’éclatement de l’Education Nationale, à rapprocher de l’autonomie des Universités. Le diplôme, en cas de contrôle continu, risque fort de ne plus être national, chaque établissement agissant à sa convenance pour les contrôles.

Le bac, examen, est la porte d’entrée pour l’Université. Sa suppression et l’autonomie des U. ne vont-ils pas conduire vers un examen d’entrée à l’U avec numerus clausus etc ?

Le coût est une bien piètre excuse, sauf pour réaliser des économies de bout de chandelle sans prendre en compte la portée de la suppression du bac.

Dans les commissions, les notes obtenues par les élèves au cours de l’année sont déjà prises en compte et un bon élève ayant raté la moyenne générale peut être rattrapé.

Le taux exceptionnel de réussite de l’an dernier ne serait-il pas une sorte de compensation aux méfaits de la proposition d’instituer le CPE et aux révoltes qui ont suivi ?

 
jlc
16H48 09/06/2007

« (…) en fin de compte, la France s’est attachée à cette expérience qu’on a tous en commun, première étape d’une vie pleine d’événements bien plus stressants. »

Qui est donc ce « tous » ?

Aujourd’hui, seulement 64 % d’une classe d’âge obtient un des trois bacs (général, technologique, ou professionnel - le « bac pro »).

Seulement 52,70% de ceux-ci, soit donc au total 34% de la classe d’âge (327 590 exactement) passent le bac général (L, S ou ES), celui dont il est question en fait quand on dit « le bac » dans ce genre de discussion.

Pour info, dans les années 70, c’était moitié moins. [Ces données sont bien sûr publiques, et disponibles en quelques clics.]

Alors, pour « cette expérience qu’on a tous en commun », il faudra préciser qui est ce « tous » : tous les journalistes de Rue89 ?

 
Ophélie Neiman | Rue89
20H23 09/06/2007

Au temps pour moi.
Quand j’écrivais « avoir en commun », je songeais non seulement à ceux qui ont le bac, mais aussi aux parents, grands parents ou proches qui ont un jour soutenu un lycéen qui allait le psser, qui ont partagé l’expérience à défaut de l’avoir vécue. Ceci dit, merci pour votre rigueur.
Autre précision, non dans « ce genre de discussion » pour vous citer, le bac, c’est le bac, général ou pas. D’ailleurs, des lycéens de cette vidéo, un seul préparait un bac général.
 Cordialement

 
Infovite | Plébéien.
21H02 09/06/2007

La question concernant la suppression du bac n’a aucun sens si elle ne s’inscrit pas dans une nécessaire transformation du système éducatif dans son ensemble.

 
Raphaël Duroy | Rue89
23H03 09/06/2007

top le dossier, complet et tout et tout!…
du tonnerre!
toi au moins t’es pas à poil! lol ;-)
bravo mon ophélie, entre les cakes au chocolat et tes dossiers t’es au top…

 
babayaga | musique du monde
00H24 10/06/2007

Eh ben ! rue89 va-t-il devenir le site de référence pour déclaration de grand timide ? J’espère, Raphaël, que vous ne vous êtes pas contenté d’écrire toutes ces gentillesses, mais que vous les avez aussi dites de vive voix à Ophélie !

Ophélie serait-elle apte à passer un bac pro pâtisserie ? Ce serait donc dommage de l’en priver si le bac disparaissait… mais peut être en contrôle continu de cakes et de dossiers… ?

Ophélie, ne faites-vous donc pas de vélo, ou tout simplement vous n’êtes pas vélorutionnaire ?

:-))

 
Ophélie Neiman | Rue89
04H04 10/06/2007

Pour le dossier, merci tout plein, Raph, mais je suis loin de l’avoir fait toute seule.
Le cake, en revanche…! C’est ma maman qui va être contente que mon bachotage culinaire auprès d’elle m’ait permis de réussir :)

 
gelsomina
00H25 10/06/2007

Je pense que la question du stress et du baccalauréat est une fausse question. En effet, le stress de cette épreuve est quand même mineur face à celui que l’on connait par la suite (études supérieures, premier emploi…). Le baccalauréat est devenu maintenant une formalité pour beaucoup d’élèves. En revanche je ne suis pas sûre que cet examen soit très utile. Un contrôle continu ferait mieux l’affaire. Mais justement c’est là dont vient le problème. Avant de s’attaquer au bac, il faudrait s’attaquer aux disparités des établissements scolarités, à l’inégalité des chances à l’école. Le système éducatif dans son ensemble doit être remis en cause.

 
Enki
15H29 11/06/2007

Education, instruction, etudes et formation, cela fait beaucoup de mots différents.

Oubliez tout le reste, et laissez vous convaincre que l’école est là pour former des travailleurs, vous aurez fini de la vendre au MEDEF et la France au CAC 40.

Gagnons du temps! Pourquoi le perdre à enseigner des matières improductives comme les lettres ou la philo ?
Et puis d’abord, pourquoi ne pas supprimer l’école? Pourquoi ne pas laisser ceux qui veulent travailler plus tôt gagner plus vite? Après tout, les élites de la société ont les moyens de faire de leurs enfants les élites dont notre avenir a besoin, qu’est ce qu’on en a à faire qu’un ouvrier ait de la culture générale?

Que les familles éduquent, que l’école instruise, que l’université transmette les savoirs, et que les entreprises forment.

 
Yaumegui_from_Paris | Sur mon fauteuil.
19H04 10/06/2007

Rue 89 se présente comme un média original et nouveau, mais ça ne l’empêche pas d’utiliser l’un des marroniers les plus éculés de la presse française la plus planplan : pour ou contre le bac.

 
annakarénine
10H07 11/06/2007

Oui les symboles ont la vie dure. Mon père a eu son CEP dans les années 30 en Algérie. Ma mère ne l’a pas. J’ai stressé comme une timide que j’étais pour mon premier VRAI examen cela s’appelait le BEPC. J’en garde un bon souvenir, principalement parce que on avait mangé tous ensemble dans un café près du bahut où on planchait. C’était en 69. En juin 72, j’ai stressé comme une folle. Je me souviens encore de ma nuit presque blanche avant l’épreuve de philo. J’étais une très bonne élève dans les matières à fort coefficient de réflexion. Pourtant j’ai eu 4 à l’écrit et 16 au rattrapage ! Parce qu’évidemment j’ai eu la joie du rattrapage. 10 jours pendant lesquels je me réveillais en sursaut parce que j’avais le sentiment de ne plus rien savoir. C’est là, probablement que j’ai appris 2 choses : 1/ rien n’est jamais acquis à l’homme et encore moins à la femme en devenir que j’étais…
2/ tout est possible à condition d’assimiler les codes !
Et là je me suis dit que je ne voudrais pas faire vivre cette simili torture à mes enfants.
J’en ai 3. Le premier a pris la tangente très tôt en refusant la discipline scolaire. A 18 ans, il passait son CAP sans stress, puisque fondé sur des connaissances éprouvées par la pratique ! A 19 ans, ma fille a tenté l’année dernière le bac en section ES et s’est plantée. Elle recommence cette année à 20 ans en doutant de tout, à commencer par elle et en gâchant, irrémédiablement la part de satisfaction que donne le sentiment d’être à la bonne place… puisque justement, selon les stastistiques de sa classe d’âge, corrélées aux stats de la CSP de ses parents… elle devrait être en 3ème année d’école de commerce ! Le benjamin devrait l’avoir sans difficulté par contre.
Donc, oui, si j’avais à voter, je dirais NON au Bac qui n’est plus un symbole puisqu’à l’époque où le Certificat en était un, il n’y avait une poignée de l’élite à y accéder. Mais surtout, au delà du symbole qu’il n’est plus, le bac est un « décourageur » de talents. Mais ça… ça supposerait que l’Education Nationale remette en cause ses mécanismes de reproduction du savoir annôné et réhabilite, l’intelligence de l’esprit autant que celle du corps, histoire de favoriser le plaisir d’apprendre !
Bien à vous (une bac + 7)