Législatives 08/06/2007 à 23h50

Rueil : une transexuelle affronte Ollier, qui a refusé de la marier

Maria Malagardis | Journaliste


Qui a prétendu que les législatives de 2007 manquaient de saveur et d’inattendu ? Dans la septième circonscription des Hauts-de-Seine, un scénario digne d’un film d’Almodovar a transformé la campagne en évènement. Pour la première fois, une transexuelle se présente à une élection. Et affronte un homme qui a bouleversé sa vie privée.

Camille Barré, qui fut Gilles Barré jusqu’en 1988, porte les couleurs du Parti communiste dans une circonscripton cossue, en principe acquise à la droite. Créditée de moins de 2% des voix, la candidate « transgenre », militante de longue date aux côtés des associations gays et lesbiennes, a peu de chances de passer le premier tour.

Face à elle, le député-maire UMP de Rueil-Malmaison n’est pas un inconnu : actuel président de l’Assemblée nationale et compagnon de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, Patrick Ollier est aussi le maire qui a empêché le mariage de Camille. Accessoirement, Ollier est aussi son patron, puisque Camille Barré est employée municipale.

Leurs routes vont se croiser en 2005. Camille veut alors s’unir à Benito Martin Leon, appartenant au sexe masculin pour l’Etat civil mais se faisant appeller « Monica » et affichant tous les attributs apparents de la féminité. Une transexuelle qui n’a pas été opérée. En principe, l’union est possible. Le mariage est prévu pour avril. Il n’aura jamais lieu.

Opposé à une union jugée militante, l’édile demande une expertise médicale (pour prouver que « Monica » est toujours un homme), enclenche la procédure prévue en cas de mariage de complaisance (Monica étant argentine), et finira par renvoyer l’affaire devant les tribunaux.

Hasard du calendrier, c’est un 10 juin justement que tombera la décision du tribunal de Nanterre : pas de mariage pour Camille et Monica. Le couple ne résistera pas longtemps à cette « campagne d’agressivité inouie », rappelle aujourd’hui la candidate.

Mais ce mariage raté sert de déclic : « J’ai ressenti une vraie colère. Et j’ai compris qu’il fallait s’engager pour faire bouger les choses », souligne-t-elle. Le PC, deserté par ses propres troupes, lui ouvre les bras ? Elle y adhère aussitôt. Camille affirme pourtant ne pas faire de cette élection « une affaire personnelle ». Elle s’étonne juste de l’acharnement de ceux qui défendent des valeurs traditionnelles sans les appliquer : « Après tout, M. Ollier vit en concubinage, il est divorcé. »

Mais il est vrai qu’en matière de mœurs, le député-maire de Rueil n’en est pas à son coup d’essai : opposé au Pacs en 1999, il vient d’affirmer par lettre son soutien à Christian Vanneste, député sortant dans la 10e circonscription du Nord, condamné en 2006 par la justice pour propos homophobes. Une condamnation qui lui a valu de ne pas être investi cette année par l’UMP... officiellement du moins, puisqu’aucun candidat du parti ne se présentera face à lui. « Quelle belle hypocrisie ! “, s’emporte Camille.

Pourtant, pas question de se laisser enfermer dans un ghetto. Camille Barré sait bien que dans une campagne électorale ‘la classe sociale est plus déterminante que l’identité sexuelle’. ‘Moi je viens d’un milieu très modeste, ça fait longtemps que je fais partie de la France qui se lève tôt’, s’amuse-t-elle.

Son histoire personnelle est celle d’une ‘double inquiétude sociale et identitaire’ : élevée par une mère gardienne d’immeuble, elle s’est battue autant pour acquérir un statut social que pour affirmer sa féminité. ‘Dès l’âge de 16 ans, j’ai dû travailler. Dans une pâtisserie, puis dans un supermarché. Je me suis forgée toute seule.’

Aujourd’hui âgée de 48 ans, cette femme sophistiquée à la voix un peu grave affirme que son humour ‘borderline’ l’aide à surmonter l’adversité. Celle du quotidien, quand par exemple des collégiens l’insultent dans les rues de Rueil. Ses collègues ont jugé sa candidature courageuse, ceux du moins qui osent en parler.

Après plusieurs années passées au conservatoire municipal, elle qui rêve de se remettre au chant a subitement été transférée dans une annexe, à la bibliothèque.

Et après les élections ? ‘Le combat continue.’ Camille a découvert à l’occasion de cette campagne législative un ‘vrai plaisir à distribuer des tracts, à être au contact des gens’. Quel que soit le verdict des urnes, Patrick Ollier devrait se méfier : Camille Barré pourrait bien continuer à ‘défendre la cause du peuple’ dans les rues de Rueil !

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  • Anonyme

    L’article précise que Camille prend « un vrai plaisir à distribuer des tracts ».
    J’estime que ce plaisir est une pathologie, que cela relève de la maladie mentale. De la perversité.

    Si les électeurs commencent à voter pour des gens qui aiment distribuer des tracts, on est mal.

    • Anonyme

      quelle différence entre distribuer des tracts et aller au contact des électeurs et Occuper tous les ecrans de tv pour étre « au contact des électeurs »
      ....Je trouve cette femme trés courageuse ! et il est important que les personnes comme elle soient visibles et que leur parole soit prise en compte au méme titre que celle d’autre candidats plus officiels et non moins avec un comportement plutot louche ...je pense au soutien d’Ollier à Vaneste condamné pour propos homophobes qui liu méme « tracte “ sur les marchés de Rueil

  • Anonyme

    Ne dit on pas que l on hait ce qui nous ressemble ?
    Il est interessant de faire le tour des differentes circonscriptions , ou Ollier est passe , (78, Bordeaux , Serre Chevalier 05 ) et de voir la reputation qu il a laisse derriere lui !
    Serre Chevalier qui a beneficie des largesses de l Etat lorsque Alliot Marie etait ministre des sports ( cf le journal Gratin Dauphinois a Gap ) epoque d ailleurs ou elle se servait d avions de l Etat pour aller voir des matchs de rugby en australie , nlle zelande, afrique du sud , a titre prive ...
    Le but supreme d Ollier est d etre ministre et a chaque fois ,il avait mise sur le mauvais cheval , sauf cette fois , remarquez cette fois il n y en avait qu un a l UMP qui se presentait , c etait plus facile pour lui . Je predis qu avant la fin du quinquennat , il sera ministre de quelque chose !

  • Anonyme

    Camille Barré dit bien les choses : l’identité sociale détermine le vote et la conviction plus que l’identité de genre ou d’orientation sexuelle. Cette clarification est essentielle face à ceux qui flattent les communautarismes.

  • Fantou
    • Posté à 12h04 le 09/06/2007
    • Internaute 6653

    Témoignage très intéressant, bon courage à Camille Barré qui a l’audace de ceux qu’on veut toujours mettre dans des ghettos (sociaux, politiques, sexuels).

  • Anonyme

    ollier ferait bien de balayer devant sa propre porte, ce catho vit dans le péché avec la non moins catho alliot marie
    qui d’ailleurs n’est pas très féminine au demeurant

    • Anonyme

      ah vous m’avez doublé.C’est vrai qu’il y a un gEnre masculin,un genre feminin,et un genre alliot-Marie

  • Anonyme

    C’est vraiment n’importe quoi : ce sont des élections pas le lieu de règlements compte perso ! ! ! ! !

  • Anonyme
  • Anonyme

    vive la diversité ! et bonne chance a camille :)

  • Ji_my
    • Posté à 18h27 le 09/06/2007
    • Internaute 8282

    Il était grand temps ! ! Même si Camille ne se présente que pour « régler ses comptes » sa candidature est une bonne chose, histoire de remuer un peu des mentalités douteuses...

  • Anonyme

    Mouais bof pas vraiment d’accord avec cette histoire

  • Anonyme

    J’ai du mal à lire cette phrase
    « Le PC, déserté par ses propres troupes, lui ouvre les bras ? Elle y adhère aussitôt. »
    La politique n’en sortira pas grandie.....mais au niveau ou elle se situe le risque n’est pas trop important.
    Donc Mme est communiste par opportunisme et transsexuelle de naissance sans doute ? ? ?
    je sais chaque jours un peu plus pourquoi je ne vote plus.
    Ce qui me choque est que Camille Barré soit plus communiste,que Frontiste.

  • Anonyme

    Il est chouette que différentes opinions soient représentés à une élection. Toutefois, le ton de l’article me fait bien rire.

    A ma gauche, Camille Barré, gentille, ouverte, pauvre, martyrisée, bref, victime.
    A ma droite, Ollier, le méchant pas beau qui n’a surtout pas le droit de dire ce qu’il pense, d’ailleurs c’est un sale catho hypocrite de droite, voilà.

    C’est facile ! Mais au-delà ?
    La différence, il faut la respecter. Des deux côtés ! Respecter ce n’est pas tout accepter, c’est s’ouvrir à l’autre ; les opinions de Mm.Barré sont tout aussi valables que celles de M.Ollier, dont on n’a d’ailleurs pas la version des faits dans l’article...

    • Gabriele
      • Posté à 11h16 le 10/06/2007
      • Internaute 9766

      Discriminer n’est pas une opinion.

    • Anonyme

      Les différences appelent plus de respect du coté
      de Madame Barré que de chez ce député qui devrait plutôt se cacher lorsqu’on voit les magouilles
      pouvant aller jusqu’au crime de la part des plus hauts dirigeants UMP que nous d’apprendre (affaire
      de la mort du juge Borrel)

  • Anonyme

    Bravo !

    Je ne suis pas communiste mais j’approuve complètement la démarche de Cammille Baré.

    Son « changement » permettra t-il d’effectuer celui plus difficile des mentalités, et surtout au sein des politiques ?

    Merci au Parti Communiste d’avoir entériner ta candidature.

    En donnant la parole à tout(e)s ces candidat(e)s issu(e)s des « minorités » (visibles ou pas), de toutes les « différences » - faites par le bout des doigts par les autres grands partis (même au Parti socialiste bien timorés pour ne pas facher sa base bien trop peu moderne) - c’est la seule chance pour ce parti, en présentant des candidatures parmi « ceux qui souffrent et qui luttent » de redevenir un mouvement influant.

    Quant aux transsexuel(le)s, cet acte citoyen permettra à la société de leur reconnaître une légitimité autre que sur des plateaux de télévisions où on les exhibe pour faire de l’audience, au détriment d’une véritable information sur leur véritable souffrance et la difficulté d’être intégré(e).

    Au Canada, aux États-Unis, en Europe, les choses pourtant avancent, malgré les « ligues de vertus » : un(e) historien(ne) québécois vient de faire son « coming-out » ; à Los-Angeles, un journaliste sportif appelé Mike se fait appeler dorénavant Christine.

    En Angleterre, une transsexuelle vient d’être élue maire de la très sage Cambridge.
    En Espagne, les transsexuel(le)s peuvent changer d’identité sans obligatoirement passer par le bistouri.

    Mais en France, on en est encore à discuter du sexe des anges...

    Il serait temps que les mentalités évoluent. C’est ça, la vraie rupture !

    caphi, journaliste et transsexuelle

  • Anonyme

    Pouffiasse de gauche.

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