A la Une

A Melle, la protégée de Ségolène Royal doit faire ses preuves

Batho dans le jardin de la maison de Royal, à Melle (Antoine Victot/Rue89).

Après Ségolène Royal samedi, c'est Jean-Pierre Raffarin qui a fait le déplacement dans la 2e circonscription des Deux-Sèvres jeudi. Dans un département où la candidate socialiste est arrivée en tête avec plus de 54% des suffrages, la droite tente d'endiguer une vague rose.

Royal ayant renoncé à son siège de député pour ne pas cumuler les mandats, c'est Delphine Batho qui s'y colle. Chargée de mission au Conseil régional d'Ile-de-France, secrétaire nationale du Parti socialiste et spécialiste des questions de sécurité (elle contribue au blog du PS sur le sujet), cette proche de Julien Dray tente « de faire bouger sa famille politique » en prônant l'ouverture.

Si le cofondateur de SOS Racisme et la finaliste de la présidentielle avaient eu une fille, elle s'appellerait Delphine Batho. La jeune candidate revendique l'héritage de Royal. « Je m'inscris totalement dans son action. » Maladroite et froide à son arrivée, elle a pris de l'assurance à force d'arpenter les marchés et de serrer des mains. Certes, elle ne porte pas la « biquette » aussi bien que la Dame du Poitou, mais elle s'y efforce : le deuxième marché aux bestiaux de France se trouve sur ses terres, à Lezay. « Vous êtes aussi belle qu'elle », lui lance-t-on souvent.

Au milieu des étals, elle s'installe. Et ne se démonte pas, même quand ses collègues de l'extrême gauche, qui la surnomment « Delphine Royal ou Ségolène Batho », font semblant de ne pas la voir. « On apprend en marchant », s'amuse-t-elle, avant d'ajouter : « Rien n'est joué d'avance. » Si Royal a rassemblé près de 60% des suffrages dans le Mellois, Batho doit entretenir la dynamique.

A 34 ans, l'ancienne vice-présidente de SOS Racisme, également ex-présidente de la FIDL (organisation lycéenne), n'est pas exactement une parachutée dans la circonscription de l'ex-candidate socialiste, puisqu'elle habite Melle depuis presque un an. Mais sa désignation n'a pas plu à tous les sympathisants socialistes du secteur. Eric Gautier, conseiller général de Celles-sur-Belle et président du syndicat mixte du pays mellois, s'est toujours déclaré hostile à l'arrivée de la protégée de Royal. Le futur ex-suppléant de Ségolène a même poussé cette dernière à organiser des primaires socialistes dans la circonscription. Mal lui en a pris : avec 54,74% des suffrages, Delphine Batho l'a devancé, et il n'a ensuite pas souhaité assurer la suppléance. C'est donc Jean-Luc Drapeau, maire d'Azay-le-Brûlé, qui a pris le relais.

À droite, Jean-Pierre Griffault peut se vanter de connaître toutes les fesses de la circonscription. Infirmier à domicile, ancien UDF et membre du parti radical de Jean-Louis Borloo, il revendique son ancrage local. Et l'ouverture affichée à droite le rend confiant. « Nous sommes dans une logique de l'action, toutes les compétences réunies au sein de l'UMP vont s'associer. »

Griffault ne manque pas de soutiens. Après l'ancien ministre de l'environnement Serge Lepeltier et le porte-parole du parti radical André Rossinot, Jean-Pierre Raffarin est venu apporter son soutien au conseiller général de La Mothe-Saint-Heray, jeudi. Il faut dire que ce dernier a à son actif une victoire face à Ségolène Royal aux élections cantonales de 1998.

« Les gens le connaissent ici, c'est une élection particulière, l'impact personnel est plus important. Je suis venu le soutenir car il est le représentant des valeurs auxquelles je crois. Madame Royal a installé des pratiques de politique spectacle. Avec Jean-Pierre, ce sera la politique du territoire », a expliqué l'ancien Premier ministre.

Un duel qui pourrait être arbitré au centre. Simone Gendreau, fidèle de François Bayrou, représente le MoDem. Quand on lui parle du fief de Ségolène Royal, elle convoque l'Histoire : « Nous sommes dans un pays de radicaux socialistes, peuplé de gens qui ont appartenu au centre et qui ont besoin de se retrouver. »

Dans cette reconquête, elle revendique sa différence et sa volonté de changement : « Il y a trois types de députés : les greffiers, qui enregistrent et défendent la ligne du parti en dépit de leurs opinions personnelles ; les députés tiroir-caisse, qui distribuent les réserves parlementaires dans leur circonscription ; les autres, qui n'ont pas peur, n'ont pas pieds et mains liés et sont en capacité d'écouter le terrain et de le défendre. » Et conclut : « Doit-on se battre pour les choses qui ont un impact ou pour les choses qui ont du sens ? Réponse dimanche soir.


A lire :
Royal part à la conquête du PS (avec bravitude)
L'ex-candidate portera sa propre motion au prochain congrès.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
Ded Zep Line | La manipulation des élites est encore pl...
15H21 08/06/2007

juste une question…

savez vous comment elle a été désigné pour cette élection ?

 
Yann Guégan | Rue89
15H33 08/06/2007

Pour le résultat du vote des militants locaux, cliquer ici.

 
Nadine
17H07 08/06/2007

Démocratiquement… grâce aux nouveaux adhérents à 20 euros.

 
lihns
18H14 08/06/2007

Curieux votre article, il ressemble beaucoup à celui paru sur Libé.fr le 5 juin, de la structure aux « fesses de la circo »… Peut-être étiez-vous avec Mathieu Coiffier, embarqué dans le même voyage de presse ?
Sur le fond, c’est un peu en faveur de la dame du Poitou et de sa dauphine, euh pardon, delphine, pour l’épisode « parachutée contre ex-suppléant » (gautier voulait surtout un vote des militants dès le départ, et pas une candidate imposée un an plus tôt par le seul fait de la princesse), mais ça reste honnête comme tableau, surtout pour des lecteurs parisiens que les détails de notre microcosme politique deux-sévrien n’intéresseront guère.
POur l’instant, j’aime bien Rue89. Continuez.

 
Gotch | ancien ouvrier de la banque
18H22 04/10/2007

Je me souviens d’avoir serré la main de Ségolène Royal, à l’époque où elle était toute jeune députée de mon lieu de naissance. Elle était moins sûre d’elle, dans l’environnement de l’atelier où je travaillais alors, petit et très bruyant, qu’aujourd’hui! Delphine Batho a besoin de faire ses armes, et je lui fais confiance. Aujourd’hui, je me retrouve dans la circonscription d’un jeune Vert aussi vert qu’elle, lui aussi ne connaît pas encore tout des méandres et des traditions républicains, si j’en crois son blog…..