Une enquête de Canal+ montre comment les autorités françaises ont défendu contre toute évidence la thèse du suicide.
Bernard Nicolas est un enquêteur tenace, surtout lorsqu’il est convaincu de l’importance d’un sujet. Ce qui est le cas avec l’affaire Borrel. Bientôt douze ans que les plus hautes autorités djiboutiennes et françaises s’efforcent de masquer la vérité. Une vérité plus complexe que pouvait l’être la vie de ce magistrat français, marié, père de deux jeunes enfants, envoyés en coopération dans la Corne de l’Afrique et victime d’un assassinat, le 18 octobre 1995, à 40 ans.
Depuis, sa veuve, Elisabeth, elle aussi magistrate, se bat pour obtenir justice. Une guerre de tous les instants, car en douze ans, l’Etat s’est toujours opposé à la manifestation de la vérité judiciaire. Contre toutes les évidences du dossier. C’est le grand mérite du documentaire diffusé ce lundi, à 22h55, sur Canal+, de révéler la face française de l’affaire Borrel. En l’intitulant "Assassinat du juge Borrel : une affaire française", Bernard Nicolas a choisi de remonter des fils inattendus.
Avec d’abord les témoignages troublants d’anciens membres des services de renseignement français. Deux anciens militaires racontent qu’à l’annonce de la découverte du corps, à moitié calciné au pied d’une falaise, personne à Djibouti ne croit au suicide. Et pourtant, d’emblée, cette thèse est accréditée à tout prix par le chef de la mission de coopération. (Voir l’extrait du documentaire)
Plus tard, au début de l’enquête, la brigade criminelle va poursuivre son oeuvre de désinformation. "On voulait nous faire dire qu’il était pédophile", dit Thérèse Tonnot, l’un des témoins interrogés par les policiers, en évoquant le défunt.
Dans une deuxième partie, le film avance de nouveaux éléments d’enquête. Par exemple, lorsqu’il est vu pour la dernière fois à Djibouti ville, le 18 octobre, Bernard Borrel n’est pas seul. Il est accompagné par un Français, assis juste à côté du juge dans son 4x4. Ce "Français", précise l’enquête, est arrivé à Djibouti le 10 octobre 1995. Mais on ignore son identité.
Enfin, dans la dernière partie de ce 52 minutes, la question du mobile de l’assassinat est abordée. Sans conclusion définitive, mais en mettant en exergue des pistes prometteuses. En Ethiopie, l’équipe de Bernard Nicolas a fini par dénicher des trafiquants de matières fissiles. Dans une séquence étonnante, le journaliste montre un container apparemment rempli de plutonium que des Ethiopiens sont prêts à livrer moyennant un paquet de dollars.
Héritage de la guerre froide et du régime pro-soviétique de Mengistu, l’engin de mort est entreposé dans les environs d’Addis-Abeba. Or, quelques jours avant sa mort, Bernard Borrel s’était vu proposer de l’uranium enrichi. Une filière confirmée par les agents du renseignement militaire. Faut-il voir un lien de causalité entre ces évènements ? (Voir l’extrait du documentaire)
Dernière interrogation : l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République marquera-t-elle aussi une rupture dans la gestion de ce genre de dossier ? Sur le front judiciaire, il existe désormais trois enquêtes distinctes sur l’affaire Borrel. Aucune d’elle n’a, pour l’instant, fait vaciller le dogme de la raison d’Etat. Deux juges se sont même arrêtées aux portes du Palais de l’Elysée où il voulait mener une perquisition. Mais c’était juste avant le 6 mai… Depuis, dit-on, tout devient possible.

A lire :
Trois procédures judiciaires en cours
Le point sur les instructions en cours dans l’affaire Borrel.
► Projection-débat "L’assassinat du juge Borrel : une affaire française", documentaire de Bernard Nicolas et Jean-Claude Fontan, suivi d’un débat avec Elisabeth Borrel et Bernard Nicolas. Le mercredi 27 Juin, 19h00 à AGECA, 177 rue de Charonne, 75011 Paris, M° Alexandre Dumas ou Charonne.










En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
« Tu me tiens, je te tiens par la barbichette ».
Cette affaire est une forfaiture de plus dans un système qui n’en est pas avare.
Ce que l’on nomme « crime d’Etat » est d’abord un crime couvert par des politiques protégeant leurs seuls intérêts présentés comme des intérêts supérieurs.
Comme d’habitude, quelques soient les charges pesant contre eux, les vrais responsables ne seront même pas nommés. Les courageux enquêteurs seront découragés, harcelés ou neutralisés. Une fois de plus, la justice ne passera pas par là.
Dans une démocratie, celà ne pourrait pas existé.
D’accord avec Daniel !
Sauf qu’il confond l’idéal démocratique avec la nation profondément démocratique qu’est la France.
La meilleure preuve est la possibilité même avec difficulté de faire ce genre de reportage.
En Russie, ce reporter aurait eu un « regrettable accident en percutant une balle de 22 long riffle ».
C’est la seule grosse différence que je fais entre une démocratie et un état dictatorial.
Et encore cela est bien plus complexe, car il faut faire aussi une différence entre la Russie et la chine, entre la chine et la Corée du nord, entre la Corée du nord et la Syrie (nannn là je déconne !).
L’humain c’est paradoxal est un merveilleux animal tant qu’il ne cherche pas à briguer le pouvoir.
Car dans ce cas peu sont élus à mériter de l’idéal démocratique.
99% estiment pouvoir prendre quelques aises avec ce que le pouvoir peut offrir comme dopant, excitant.
Regardez le nombre d’élus entourés de bimbos (pas à la télé… mais dans la vie)
Le pouvoir rendu fou et c’est une litote que de le dire.
Si j’étais moi-même au pouvoir ?
Sans dèc ! je ne sais pas, probablement ne serais-je pas mieux…
Où qui sait !
Aurais-je ma statue pour avoir rendu à l’idée de la démocratie et du pouvoir ces lettres de noblesse (non là, je rêve : je serais un gros pourri avec un petit (pourquoi petit ?) compte dans une île quelconque) !
Alors que retenir de tout ceci, et pourquoi une telle tartine semblant s’éloigner du sujet…
Parce que justement il faut arrêter d’être gnangnan ! nous sommes tous de grands garçons non ?
Non ?
Bon ok aussi de grandes fifilles !
Ca va mieux la ?
Toute famille à des secrets de familles, des trucs beurks, des trucs lourds à porter, des trucs dont on ne sait même pas d’où finalement ça vient !
Eh bien la France, ou tout état dans le monde c’est pareil !
Je trouve même crétin d’avoir à l’écrire !
Alors des coups foireux, des trucs morbides, de vrais crimes (mais sans coupables vu que les coupables sont à la tête des institutions censées juger au nom de la nation) il y en a eu, il y en a, il y en aura toujours.
« mais je ne suis pas folle vous savez…. »
Seule la folle croit pouvoir juger de son état.
« L’état, c’est moi ! »
Seul le pouvoir croit pouvoir juger de ce qui sera bon pour la France.
Car seul le pouvoir à entre ses mains toutes les informations qui nous manquent pour prendre du recul ?
Parfois oui, parfois non.
Alors ces affaires ?
Ici ce juge, mais a t’on oublié le juge Fayard, Renaud ou le juge Michel assassiné de trois balles par un tueur à moto, à Marseille ?
Et les affaires Elf ?
Juste du fric facile pour élite en mal de château à retaper ou moyen de positionner la France pour que nous restions dans le peloton des pays prospères Youp la boum ?
Probablement les 2.
Le monde est-il une vaste partie d’échec avec comme seule règle : pas vu - pas pris ?
Et encore je peux remplacer le mot « monde " par la " France »
Finalement je ne vois qu’une seule limite.
Lorsqu’un président américain voit les membres se son parti espionner le camp adverse : il démissionne.
S’il se fait « masser " par une stagiaire, il fait à la tivi son " méat – cul pas » !
S’il envoie des « terroristes " en " first-class torture » au dessus de l’espace aérien européen cela se sait ou fini par se savoir.
Est-ce la seule chose qui nous différencie des dictatures ?
Il y a les réponses aux revendications :
dans les unes : « Ferme ta gueule… et d’ailleurs je te la ferme… Pan ! »
dans les autres : « Cause toujours… tu m’intéresses… »
Hélas ! les blogs et autres forums sont devenus les derniers endroits où l’on cause… mais à quoi bon ? Pour lancer une pétition, peut-être, c’est cela, la politique à petits pas… et c’est déjà ça. Un long travail de sape.
(re)méditons P. Valéry : « la politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. » (citation à vérifier)
et ceci, du même … puisque l’homme semble vouloir rester un loup pour l’homme, si on éduquait mieux, instruisait davantage l’ensemble des Terriens, plutôt que de les laisser s’abrutir dans les jeux du cirque offerts par les complexes (bientôt au singulier ?) « média-militaro-industriels » (v. aussi un commentaire infra)… hélas ! Valéry n’y croyait pas …
» Le pouvoir n’a que la force qu’on veut bien lui attribuer ; même le plus brutal est fondé sur la croyance. On lui prête comme devant agir en tout temps et en tout point la puissance qu’il ne peut, en réalité, dépenser que sur un point et à un certain moment. En somme, tout pouvoir est exactement dans la situation d’un établissement de crédit dont l’existence repose sur la seule probabilité (d’ailleurs très grande), que tous les clients à la fois ne viendront pas le même jour réclamer leurs dépôts. Si, à chaque instant, à un moment quelconque, un pouvoir quelconque était sommé de produire ses forces réelles sur tous les points de son empire, ce pouvoir serait en tous ces points à peu près égal à zéro… » [rem de ma pomme : avec les caméras et micros de Big Brother… pas sûr que Valéry ne se corrigerait pas !]
« Remarquez aussi (considération plus intéressante encore) que, si tous les hommes étaient également éclairés, également critiques, et surtout également courageux, toute société serait impossible !…
La confiance ou la crédulité, l’inégalité intellectuelle et la crainte sous mille formes lui sont également indispensables. À ces éléments essentiels, s’ajoutent la cupidité et la vanité – et autres vertus – qui sont les condiments, les compléments psychiques de ces bases psychiques de la société et de la politique. »
Paul Valéry, Variété – La politique de l’esprit, 1932.
Si il est difficile, voir impossible pour une magistrate démontré que son mari fus assassiné, qu’en est t’il pour un simple quidam ?
l’histoire fait peur…
Triste affaire, mais il est vrai qu’à Djibouti tout prend une autre dimension de par la nature du pays lui-même. Situation géopolitique en particulier sur laquelle il est inutile de s’étendre.
Une précision tout de même. Les responsables militaires français avaient dés 1991 des élements qui permettaient de penser que des trafics de matières fissiles en provenance d’Ethiopie se passaient sous l’égide non pas du Chef de Cabinet Ismael Omar Guelleh, mais de son frère décédé depuis (à Rome). Rien à voir avec IOG.
La réalité est un peu différente, à la chute du régime de Mengistu Hailé Mariam toutes sortes de trafics existaient avec l’Ethiopie. Mais evidemment tous les « marchands de la région » s’y sont mis avec son lot d’escrocs. Il n’y a jamais eu de matière fissile exploitable qui soit rentré dans un commerce quelconque, mais par contre une énorme quantité de mercure (attention ne croyez pas au mythe des années 80 du mercure rouge qui n’existe pas). Pour le mercure le grand marchand à l’époque se trouvait être A. BOREH patron actuel du nouveau Port de Djibouti et ami du Président.
Monsieur BOREH ne peut plus se rendre en Ethiopie depuis cette époque ce qui pour un directeur de Port est assez surréaliste.
Ceci pour répondre à la piste développé par Bernard Nicolas au sujet de l’uranium.
Sur l’affaire elle-même, que des services aient pensé que la mort du Juge n’étaient pas normale tout ceci est assez logique quand ont pense au cloisonnement des services, au bordel qui a toujours régné dans ce domaine là à Djibouti, tout le monde se melant de tout. De plus il faut savoir que la principale activité des services français n’est pas la surveillance d’un pays ami mais au contraire assurer la sécurité du Détroit de Bab El Mandeb et la lutte contre le terrorisme. Il faut rappeller ici que Djibouti est un pays ami.
Le renseignement qui concerne la vie intérieur du pays répond en particulier à l’ambiance qui régne dans le microcosme français à Djibouti et aux etats d’âme politique des différents ministres français qui a atteind son apogée en 1992.
Ce qui est génant dans cette affaire au delà de l’aspect eventuellement criminel (il y a franchement deux écoles sur cet aspect), c’est surtout que parmi les pistes exploitées celle du grand marché de la nourriture et du matériel destinés à l’armée française n’est pas été comment dire… un peu plus suivie.
Le régime présidentiel et la démocratie
J’ai proposé cet article à Rue89 mais je n’ai pas reçu de nouvelle. J’espère n’être pas hors sujet.
Le président Sarkozy met en place un régime présidentiel et ne s’en cache pas. Il tire les conséquences politiques de la synchronisation des élections, présidentielle et législative. Va t-il en tirer les conséquences constitutionnelles?
Je ne le crois pas. Il serait vain d’attendre une initiative de celui qui a tous les pouvoirs. L’homme fort est ainsi fait qu’il finit par se croire tel qu’il veut qu’on le voit. Ses opposants deviendront des ennemis et ses amis comme des courtisans. L’homme-orchestre n’est en réalité qu’un homme seul et angoissé. Au premier revers, il clamera « incompétence! », au deuxième « trahison! », au troisième « complot! ».
Je ne reviendrai pas sur le rôle prépondérant des médias et de l’influence des sondages. La France a été prise à la hussarde, elle en rêvait peut-être. Au passage, il est amusant de constater que le président Sarkozy réalise le fantasme de Villepin. Ce poète exprimait ses pulsions avec un style si fleuri que je ne résiste pas au plaisir de le citer de mémoire: « La France veut être prise de force. Elle n’attend que ça. Ca la démange entre les reins. ».
Prétendre qu’en France, la répartition des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire respecte l’idéal démocratique, serait ridicule. Le parlement est souvent comparé à une chambre d’enregistrement et la justice sous tutelle est dans une camisole. Ce qui est nouveau, c’est la concentration des pouvoirs dans une seule main sans contre-pouvoir audible et surtout efficace. Les groupes média-militaro-industriels font partie du premier cercle et quelques exemples récents prouvent l’efficacité de ce réseau en matière de contrôle de l’information. Ce n’est pas acceptable.
Des fabricants d’opinions (trop) proches du pouvoir prétendent que les Français ne s’intéressent pas à ces problèmes constitutionnels. Si c’est le cas, c’est une erreur. Lorsque le pouvoir est à ce point concentré dans les mains d’un seul homme qui semble de plus, vouloir l’exercer pleinement, il est de notre devoir de citoyen d’exiger une remise à plat des règles du jeu démocratique. Ne faisons pas comme si nous étions à l’abri de tout sous prétexte que nos ancêtres ont fait la Révolution et qu’ils ont donné les Droits de l’Homme au monde. Une nouvelle constitution doit être rédigée par une assemblée ad hoc et proposée au peuple. Il est temps que notre pays se dote d’institutions solides, dignes de l’idée que nous nous faisons de la démocratie.
Je suis entierement d’accord avec vous, je connais bien la situation du pays et le poids de la France dans les domaines…..franco-africain.
Effectivement, Elisabeth Borrel a mis beaucoup de temps à réagir.
Pourquoi ?
Quand à Bernard Nicolas que j’ai connu dans d’autres circonstances, je ne suis pas aussi sévére que vous, c’est un bon journaliste d’investigation mais il est vrai que sur cette affaire tous les ingrédients sont réunis pour en donner une perspective « vendeuse ». La réalité est je crois malheureusement plus simple, qu’elle soit crapuleuse (problémes très personnels… de Mr BORREL par exemple ou les quelques difficultés qu’il a pu avoir avec sa hiérarchie avant son affectation l’aient poussé à un excés de zéle dans son travail par exemple un dossier de corruption),à moins que le suicide est été la seule façon pour cet homme de se sortir d’une situation personnelle comment dire ?…compliquée à vivre.
Comme vous dites, « arrêtons de fantasmer sur Djibouti » qui il faut le signaler fête le 30 éme anniversaire de son indépendance le 27 juin prochain. Il est vrai que l’émission de Canal Plus sort à une date tactiquement interressante, pour les avocats…
Bonjour Salam93,
D’abord, une petite précision, RFI n’est plus mon employeur et ne l’était plus à l’heure où vous avez pu lire ce dossier consacré à l’affaire Borrel. Les « éléments » dont je fais état sont ceux rapportés par l’enquête de Bernard Nicolas, qui n’est pas employé par RFI. Et il est clair dans ce dossier que nous relatons les résultats de SON enquête, à laquelle nous accordons le plus grand crédit.
En ce qui concerne les « éléments » auxquels j’ai fait allusion, la lecture attentive des nombreux articles que j’ai consacré à cette affaire par le passé pourra vous éclairer. Dans le désordre : premier constat de scène de crime baclé, radiographie du corps introuvable, rapport de synthèse ubuesque de la brigade criminelle, pressions en tout genre émanant des plus hautes autorités de l’Etat, tentative de subornation de témoins, menaces… Bref, le tableau est assez complet.
Les réactions des autorités djiboutiennes sont en général toujours les mêmes : nous n’avons rien à voir dans cette affaire, c’est une affaire « franco-française ». Je reprends ici les termes utilisés par le président Guelleh.
Enfin, quand vous dites « bridé », je ne vois pas à quoi vous faites allusion. Soyez plus précis.
Pour terminer, Rue89 est un espace de liberté auquel vous semblez attaché. Profitez-en.
DS