mémoire

Il y a dix-huit ans, Tiananmen: le témoignage d'une mère

Des étudiants sur la place Tiananmen, en mai 1989 (Robert Croma)

(De Hong Kong) Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l'Armée populaire de libération (APL) évacuait dans le sang les occupants de la place Tiananmen, à Pékin, mettant fin au « printemps démocratique » de la capitale chinoise. Depuis, des « Mères de Tiananmen », dont des enfants sont morts cette nuit là, luttent pour obtenir la reconnaissance de ces événements, la justice, et l'annulation du qualificatif « contre-révolutionnaire » appliqué à l'occupation de la place Tiananmen, qui plombe le dossier politique de milliers de personnes.

Xu Jie, 68 ans, retraitée de l’Académie des sciences naturelles, est l’une de ces courageuses « Mères de Tiananmen ». Son fils, un ouvrier de 21 ans, Wu Xiangdong est mort sous les balles de l’APL. Pour Rue89, elle raconte cette terrible nuit : le chaos dans les rues, les hôpitaux où s'entassent les victimes, les blessés qu'on refuse de soigner, le corps de son fils qu'elle retrouve mais ne peut emmener. (extrait son en chinois, traduction ci-après).



« Mon fils aimait la patrie avec ferveur »

« Mon fils Wu Xiangdong a participé au mouvement du 4 juin. Il soutenait les étudiants en sit-in, il leur apportait à manger. Il avait 21 ans. Il était ouvrier dans une usine de télévision à Pékin, et le soir, il suivait des cours du soir. Il était en troisième année, c’était un bon élève. A l’usine, il se comportait aussi remarquablement. Il s’occupait de la propagande pour les Jeunesses communistes. Donc, il a soutenu le mouvement étudiant, les manifestations et les sit-in. Après le travail, il appelait les autres ouvriers et employés de son usine à soutenir les étudiants, à leur apporter à manger, à boire.

“Wu Xiangdong aimait la patrie avec ferveur. Il aimait aussi les études, la vie. Ses talents étaient variés. Il chantait très bien, jouait d’un instrument. Sa calligraphie était très bonne. Il aimait aider les autres. Le soir du 3 juin, vers 21 heures, il a entendu la radio officielle disant qu’il restait sur la place de nombreux étudiants provinciaux.

‘Il s’est souvenu que lors de la mort de Zhou Enlai [l'ancien premier ministre], les provinciaux avaient été battus par la police. Donc, tous ces étudiants de Pékin, à l’écoute de la télévision, se sont tous retrouvés sans s’être donné le mot, ils ont convergé vers la place Tiananmen. Ils craignaient que les étudiants provinciaux soient battus. Mon fils avait peur qu’on le retienne, qu’on lui dise de ne pas sortir, alors il a dit qu’il sortait avec sa petite amie, qu’il la raccompagnait chez elle. Qui aurait cru qu’il ne reviendrait pas ? « Des étudiants, la tête baissée, l'air affligé »

« Vers 21 heures, on a commencé à entendre des coups de feu, c’était comme des pétards. Nous nous sommes inquiétés : que se passait-il ? Notre fils ne revenait toujours pas. Nous n’arrivions pas à dormir. A 4 heures du matin, nous avons pris nos vélos pour aller le chercher sur la place Tiananmen. Sur le chemin, jusqu’à Xidan, nous avons vu des étudiants, la tête baissée, l’air affligé. Certains portaient des camarades blessés, et nous avons même vu des corps écrasés par les tanks. Nous étions très angoissés. Arrivés à Xidan, nous avons vu un paysage de désolation. Ces routes si bien construites étaient marquées des traces des roues des chars. Les plaques d’immatriculation des voitures et les murs de Xidan étaient criblés de balles. Sur la vitrine d’une boulangerie était écrit en lettres de sang : “A bas le fascisme !

‘A la vue de tout cela, nous fûmes emplis de tristesse. Nous avons vu un soldat de l’APL, qui, mort, avait été brûlé à l’essence par le peuple. Nous leur avons dit : « Il est mort, à quoi bon le brûler ? Les gens étaient furieux : “Vous ne savez pas de quoi vous parlez ! Hier soir, nous, le peuple, étions sur le bord de la route. L’APL venait de finir son oeuvre. Alors qu’elle se retirait, celui-là s’est retourné pour tirer sur le peuple, comme s’il n’en avait pas tué assez. Nous nous réfugiions dans les hutong [ruelles du vieux Pékin, ndt], certains parmi nous n’étaient que des personnes âgées, agenouillées. Il était devenu fou, et voilà, nous l’avons brûlé”. C’est ce soldat dont la télévision officielle nous a rebattu les oreilles, Liu Guogeng, un soi-disant héros, je l’ai vu de mes yeux.

Un manifestant stoppe une colonne de chars (Stuart Franklin/Magnum)

“Ensuite, il fallait que nous continuions à chercher notre fils, nous avons roulé jusqu’à la porte Xinhua. La foule était mains nues, bras dessus, bras dessous, face aux mitraillettes de l’armée. Je me mis à trembler. L’armée tirait et les gens tombaient. Les habitants de Pékin étaient fous de haine, ils criaient : ‘Vous le payerez avec votre sang.’ Et ils se jetaient sur les tanks. Je n’avais jamais rien vu de la sorte. Ce n’étaient pas leurs enfants qui étaient sur la place Tiananmen, mais ils devaient se battre pour eux, sans se soucier de leur vie. L’armée les chassait avec ses fusils et la foule se jetait à nouveau vers elle. Je n’arrivais plus à pédaler.

‘Nous sommes allés dans quinze hôpitaux’

‘Nous n’avions pas encore trouvé notre fils, et c’était notre but, le trouver. Nous pensions qu’il n’était pas possible qu’il soit mort. Je poussais mon vélo. Nous ne pouvions pas passer par Tiananmen qui était bloquée, donc nous avons rebroussé chemin vers Xidan puis nous sommes allés vers Qianmen. Mais, à Xuanwumen, ce n’était que balles, des traces de balles partout. Surtout à Xidan, il y avait de la cervelle, du sang partout. C’était terrible. Mais nous ne pensions toujours pas que notre fils était mort. Quand nous voyions l’APL, nous leur disions : « Surtout, ne tirez pas. Ces étudiants agissent pour le bien de la patrie. » Mais ils ne nous écoutaient pas. Nous avons vu des véhicules militaires neufs, qui n’avaient pas encore été brûlés.

« Arrivés à Qianmen, l’armée nous a bloqués, elle bloquait la route. Ils nous ont dit de ne pas entrer sur la place : “Il n’y a plus personne, la place a été évacuée.” Des gens nous ont dit d’aller voir dans les hôpitaux. Nous avons pensé que peut-être, notre fils était déjà rentré à la maison. Nous sommes rentrés à la maison, mais il n’était pas là. Alors, nous avons commencé nos recherches dans les hôpitaux de proximité. Nous sommes allés dans quinze hôpitaux. Devant chaque hôpital, il y avait une liste de morts. Nous les avons consultées sans y trouver le nom de notre fils. Chaque hôpital avait plus d’une centaine de morts et de blessés.

“Quelqu’un nous a dit que notre fils n’avait peut-être pas ses papiers et que dans ce cas, il était à part avec les morts dans les sous-sols des hôpitaux. Nous les avons parcourus un à un, à voir tous ces morts les yeux grands ouverts, mais sans y voir notre fils. Nous étions très angoissés. Quelqu’un nous a dit d’aller voir à l’hôpital Fuxing, où les morts étaient les plus nombreux.

‘Le premier nom de la liste des morts : mon fils’

‘Nous y sommes allés à vélo en pensant que notre fils pouvait avoir été blessé. Arrivés à Fuxing, c’était déjà l’après-midi du 4 juin, vers 17 heures. A Fuxing, il y a avait une liste des morts. Le premier était Wu Xiangdong... Mais, dans ma tête, je me suis dit qu’il était seulement blessé. Je demandais à tout le monde dans quel lit il était, à quel numéro. Personne ne me répondait. Son père avait compris qu’il était mort et était parti le trouver. Ensuite, quelqu’un est venu et a dit : « Mais, ceux-là, ce sont tous des morts. »

« J’ai senti ma tête exploser et je me suis évanouie. Je ne sais pas comment je me suis réveillée. On m’avait portée à l’intérieur de l’hôpital. A mon réveil, j’ai entendu un grand vacarme, comme une secousse. C’était l’armée qui venait chercher les cadavres, pour faire disparaître les preuves de sa culpabilité. Mais la foule du peuple s’y opposait. Le jour venu, les membres de l’armée étaient en civil. S’ils avaient été en uniforme, le peuple les aurait battus sous le coup de la haine. Il y avait aussi un journaliste étranger qui voulait prendre des photos des corps.

“A mon réveil, je me suis agenouillée, j’ai supplié les médecins : ‘Sauvez mon fils, il peut encore vivre. » Ils m’ont dit : « Il n’est plus vivant. Il l’était encore quand il est arrivé ici, mais les échelons supérieurs nous ont ordonné de ne pas sauver les étudiants. Il ne faut soigner que les membres de l’APL.’ Sa blessure faisait un centimètre à l’entrée et trois à la sortie, près du cœur, une grosse brûlure causée par les balles. Donc, à l’origine, il aurait pu être sauvé. Mais on ne lui a même pas transfusé de sang, on l’a laissé se vider de son sang.

‘J’ai dit : « Je vais aller voir mon fils.’ Les jeunes médecins m’ont dit : “Allez-y vite.” Ils me soutenaient sous les bras car je ne pouvais plus marcher. Ils m’ont dit : ‘Quand vous l’aurez vu, débrouillez-vous pour l’incinérer sinon l’APL va l’emporter. » Dans l’entrepôt de vélos, les corps étaient alignés sur plusieurs rangs. A côté de mon fils, c’était un étudiant de l’Anhui, l’université des sciences et techniques.

« Tous les cadavres avaient les yeux grands ouverts. Pas un n’avait les yeux clos. J’ai vu le corps de mon fils couvert de sang, il lui manquait une chaussure, il était pied nu. Je n’ai prêté attention à personne ni à rien et je me suis jetée sur mon fils pour le prendre dans mes bras. Je voulais l’embrasser. Ils m’ont éloignée de lui car je pleurais, je criais. Il y avait des enfants, des vieilles femmes, mais la majorité était des étudiants.

“Tout le monde était de notre côté”

“Finalement, nous n'avons pas pas emmener le corps de notre fils. L'armée, dans les rues le soir, menaçait de mort toute la famille des gens qui auraient osé le faire. Nous ne trouvions pas de véhicule. Nous ne savions pas où aller l’incinérer. Des gens de bon coeur m’ont dit : ‘Tante, ne sois pas triste, nous sommes tous tes enfants.’ Un taxi nous a ramenés gratuitement à la maison.

‘Nous avons réfléchi à un moyen de vite incinérer notre fils comme les médecins nous avaient dit de le faire. Mais, comment faire ? Nous n’avions pas de solution. L’hôpital voulait que nous remettions un certificat attestant que notre fils n’avait pas été tué, mais qu’il était mort de maladie. Nous sommes allés trouver notre comité de résidence. Les comités de résidence de Pékin, la police de Pékin, tout le monde était de notre côté. Ils m’ont fait un faux certificat disant que mon fils était mort de maladie. Mon unité de travail a envoyé un véhicule pour aller le chercher le lendemain.

« J’étais à l’hôpital. Nous devions laver mon fils et le vêtir des vêtements qu’il aimait porter. Mais, nous n’avions accompli que la moitié de notre tâche et déjà l’armée fermait les routes, le pays était en état de siège. On nous a dit de nous dépêcher, de l’emporter en vitesse. Au risque de notre vie, nous l’avons changé dans le véhicule. J’ai pu voir sa blessure de près. J’ai à peine eu le temps de voir mon fils, nous étions déjà chassés et nous l’avons incinéré en banlieue est où les soldats n’étaient pas. Nous étions alors déjà le 7 juin. »

Rassemblement de commémoration du massacre de Tiananmen - Ce dimanche à 15h30 - Parvis des Droits-de-l'Homme, Trocadéro, Paris - Voir le plan.


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pene-r
23H47 02/06/2007

Y a des moments on se sent tout petit :-(

Et la photo de la colonne de char devrait être inscrite au patrimoine de l’humaité.

magnifique témoignage en tous cas.

 
Daniel R | Visiteur d'entreprise
10H28 03/06/2007

Tout à fait d’accord.

Le courage désespéré mais résolu de cet homme inconnu face à l’image même de la puissance totalitaire me laisse pantois.

Respect.

 
Cyrille
09H47 03/06/2007

En lisant cet article j’ai ressenti la meme rage qu’il y a dix-huit ans, j’avais alors 16 ans…

La démocratie dans le monde a-t-elle beaucoup évoluée ?

Les démocraties ont-elles, elles même évoluées dans le bon sens ?

Je crois malheureusement que le monde n’a pas fini de voir de telles images.

 
Pierre Haski | Rue89
12H48 03/06/2007

désolés, mais le fichier complet était trop lourd, et nous n’avons récupéré qu’un extrait du son original. Je vais essayer de récupérer l’intégral.

 
Buzhidao
01H39 04/06/2007

J’aimerais pouvoir récupérer l’intégralité du fichier, et le passer en classe. Pas par provocation, mais les profs ne sont pas complètement fermés au sujet. Certains pensent que la critique est presque exclusivement occidentale, mais je répondrai aux autres commentaires en disant que de nombreux étudiants que je connais en ont ras-le-bol de cette censure, de cette désinformation, bref du manque de liberté. Mais encore beaucoup, dont ceux qui n’ont pas eu la Chance d’aller à l’étranger, n’ont aucune idée de ce que « liberté » signifie, parce que ceux là commence à avoir de l’argent, consomment et profitent d’une « belle vie » (à ce propos la vie des citadins est sans commune mesure avec celle des ruraux), et en effet c’est ce qui parait le plus important dans un premier temps… mais on finit toujours par s’en lasser.
Voilà, ceci n’est pas une analyse, mais mes impressions et mon expérience d’étudiant après pas loin d’une année passée dans ce qui reste hélas, une dictature (je remercie tous les jours les services de censure de me laisser librement accéder à rue89, mais si quelqu’un peut m’expliquer comment à présent même les proxys comme anonymouse ou proxify sont contrôlés, je suis tout ouïe ;-)

ps : nerf les questions de vérification je me suis encore trompé :p
ps2 : ah non c’est pas possible, c’est un bug ?

 
Santiano
10H22 03/06/2007

Honte sur le PCC ; honte sur les gouvernements occidentaux qui collaborent avec ce monstre totalitaire ; honte sur tous les complices qui nous vendent entre phantasmes touristico-exotiques et miracle economique une Chine frequentable ! Merci Rue89 pour ce temoignage bouleversant et sans appel… souvenez-vous quand le president Hu Jintao - surnomme le boucher de Lhassa pour sa politique genocidaire au Tibet - fut accueilli en France : Tour Eiffel en rouge (sang), standing-ovation a l’Assemblee nationale… et avec Chirac le laquais sinolatre… oui honte…

 
ebolavir | Tianjin
16H39 03/06/2007

Santiano, vous en faites trop. Hu Jintao en a fait beaucoup au Tibet. Mais rien à voir avec un génocide. Ou bien, si c’est ça qu’il voulait, c’est raté et il est incompétent.

Les dernières actions comparables faites par des Français sont très anciennes, certes. Purtant les acteurs et les témoins ne sont pas tous morts, et certains occupent encore des positions officielles.

 
Pierre Haski | Rue89
17H28 03/06/2007

Oui, je suis d’accord. Utilisons les bons mots, politique génocidaire n’est certainement pas le bon mot pour le Tibet (c’est l’afflux de Han, pas la disparition des Tibétains qui change l’équilibre démographique), même si on parle aisément de « génocide culturel », mais vous admettrez que ce n’est pas la même chose…

 
Buzhidao
19H17 03/06/2007

Ce n’est pas parce qu’un gouvernement n’est pas fréquentable que le pays qu’il dirige ne l’est pas. Sinon je ne suis pas près de rentrer en France !
Blague à part, si vous mettez quelques centaines de millions de Chinois dans le même paquet que l’oligarchie au pouvoir, pourquoi se plaindre et se désoler ?
Et puis de toute façon le PCC a promis la démocratie…
Pour dans 100 ans.
Ou pas.

 
Daniel R | Visiteur d'entreprise
10H43 03/06/2007

Le Tibet n’a pas de pétrole comme le Koweït, la Chine peut donc continuer à l’occuper sans être mise au banc de l’honorable communauté internationale.

Le sang a séché sur la place Tienanmen. Les affaires sérieuses ont enfin pu commencer. Les dirigeants chinois nous connaissent bien, l’un d’entre eux a dit « Ils vendront la corde qui servira à les pendre »?

Que pèse la douleur des peuples martyrisés, exploités, spoliés, face aux gros dividendes servis à nos gras actionnaires?

 
ebolavir | Tianjin
16H30 03/06/2007

Je confirme pour les quelques jeunes Chinois que je connais: ça ne leur dit rien. Pour ceux qui ont l’age d’avoir compris ce qui se passait à l’époque, ils n’ont pas du tout envie d’en parler.

136e anniversaire: Le 28 mai 1871, c’était la fin de la Commune de Paris. Plus tard, on a reproché au général Galliffet les massacres de la dernière semaine. Il répondait: « Si vous en tuez trente, les autres deviennent enragés. Si vous en tuez trente mille, vous avez réglé le problème pour une génération. » Les vieux dirigeants comme Deng Xiaoping connaissaient l’Histoire. Pour l’instant, le général Galliffet a gagné en Chine. Mais une génération c’est 25 ans. Bientôt passé.

 
Buzhidao
19H23 03/06/2007

On ne connaît pas les mêmes alors… ou plutôt si, en fait, et je reviens sur ce que je disais précédemment, je trouve que la différence se fait entre ceux qui déjà sont sortis hors de Chine (autrement qu’en voyage organisé) et ceux qui sont toujours restés au pays et qui n’imaginent pas que les choses puissent être autrement. Mais côtoyant en majorité des gens qui apprennent les langues étrangères, je n’ai pas une vue globale sur la situation des jeunes chinois.
Votre expérience confirme t-elle mes dires ?

 
ebolavir | Tianjin
03H28 04/06/2007

J’ai l’age d’un vieux professeur et pas l’age d’un étudiant. Il y a donc des chances qu’ils n’aient pas voulu m’en parler, sachant ce que chez eux les gens de ma génération pensent de ça. Votre témoignage a plus de valeur que le mien.

Détail qui n’a peut-être rien à voir: la télévision a passé des images d’émeutes dans les pays occidentaux avec encore plus d’insistance que d’habitude. Le sujet: la réunion du G8, avec un historique des manifestations hostiles d’année en année.

 
Buzhidao
04H57 05/06/2007

Votre commentaire me rappelle un anecdote. Fin 2005, crise des banlieues. Nous recevions dans notre établissement français un professeur chinois, genre pékinois, bien dans le ton du Parti. Les parents chinois s’inquiètent pour leurs enfants (nous dit-il) et il leur répond : pas de soucis, ce sont juste quleques excités. Exactement comme chez nous en 89, il n’y a aucun souci à se faire.

En gros, il ne s’est rien passé en 89, et de toute façons chez les autres ce n’est pas mieux.

Bref tout ça pour dire que j’ai mis la main sur trois documentaires d’une heure sur les « évènements », critiques et en chinois, très durs, pleins de sang et de larmes, le genre de chose que je n’avais jamais vu même en France. C’est ce que s’échangent les étudiants chinois en sous-main (enfin pas ceux qui préfèrent se bander les yeux et vous traiter de traître si vous émettez une quelconque critique du PCC).
Encore merci à Rue89 de nous donner ce genre d’articles, et l’envie d’aller plus loins. Continuez !

 
Santiano
18H06 03/06/2007

Pardon Pierre Haski pour Hu jintao le genocidaire… mais comme sur ce site on compare souvent Nicolas Sarkozy a Petain ou Hitler je pensais qu’en gardant les memes proportions je pouvais appeler Hu Jintao un genocidaire… Je voulais juste rester dans le ton de Rue89…

 
Seam | Chargé d'études
20H48 03/06/2007

Pekin 2008… Vive les jeux olympiques…

 
quyuan2
22H58 03/06/2007

En 1989, j’avais 13 ans, j’ai suivi l’évènement par la CCTV. A cause de la censure, on ne pouvait pas savoir ce qui se passait au juste à Pékin.
Quand je suis arrivé en France, par curiosité j’ai acheté le livre “La vérite de 64″ (Zhangliang). Et j’ai consulté sur internet ce sujet. Je pense que beaucoup d’étudiants chinois en France comme moi ont fait la même chose.
Le problème, c’est que, les chinois n’osent pas parler de cette évènement sous la pression de PCC. Au contraire, ceux qui tirent profit du régime, comme beaucoup de fonctionnaires, commerçants, partagent l’idée de PCC, et expriment leur satisfactions en faveur de PCC. Cela donne l’impression aux français que les chinois ont oublié cet évènement. Mais c’est faux. Je pense que tous les chinois se souviennent de cette évènement.
Ces jours-ci sur le forum “l’oeil de chat”, j’ai découvert plusieurs personnes qui tentent de publier des sujets sur 6.4. sous des titre implicites suscitant l’imagination. Par exemple, un sujet en titrant “1789, Prise de la Bastille”, les chiffres 89 font penser à l’évènement de Pékin.
En bref, en chine, les internautes commémorent 64 avec les façons plus discrètes et intelligentes.

 
Ded Zep Line | La manipulation des élites est encore pl...
09H57 04/06/2007

J’espère juste que ce « printemps de Prague » à la chinoise ne sera que l’étape (nécessaire ???) à la disparition du communisme chinois.

NE-CE-SSAI-RE ?
glups ! Je m’explique !
Aussi ignoble que puisse être ce que je vais dire, cela me semble dans un monde aussi pourri qu’inhumain, une nécessité !

Et lisez ou relisez « le prince » de machiavel pour vous en convaincre.

L’urss passait aux yeux des intellectuels français comme un vrai paradis. L’écrasement de Prague et son lot de morts (hélas) permirent à chacun de se positionner face à ce carnage.
* Au PCF français de montrer son vrai visage (et encore il en a fallu du temps pour que la masse l’admette) et de faire rire tout le monde avec une URSS au bilan « globalement positif ».
* Aux adeptes de la liberté de ne plus être traité de « ringards » et « d’anti-communistes primaires ».

Alors s’il existe encore des admirateurs du communisme à la chinoise, Tienanmen sera (comme le printemps de Prague) une gifle cinglante rendant impossible la défense de l’indéfendable ?
Peut être pas ! Mais au moins cela nous permettra de voir le vrai visage des défendeurs de ce régime fasciste.

Quand à la question des jeux olympiques (à l’instar de ceux de Moscou (fallait-il y aller ou pas ?)), cet organisme étant suffisamment discrédité pour moi que la valeur soi-disant morale qu’il pourrait représenter me laisse perplexe.

La seule question que je me pose : comment les résistants chinois perçoivent nos palabres bien au chaud à quelques 10 000 kilomètres de là ?

 
Buzhidao
05H33 05/06/2007

Les résistants je ne sais pas, mais les Chinois en général vous répondront selon leur avis sur la question : s’ils trouvent ce qui s’est passé normal, ou que malgré tout ils continuent à soutenir indéfectiblement le PCC, ils vous diront que cela ne regarde que la Chine et que vous feriez mieux de vous mêler de vos affaires, si au contraire ils sont indignés de ce qu’ils s’est passé ils vous remercieront de vous soucier de leur sort. Beaucoup de ceux que je connais sont très touchés lorsque des étrangers s’intéressent à la politique et aux libertés, et ne répondent pas « maintenant vous avez le capitalisme, vous pouvez devenir riches, de quoi vous plaignez-vous ? ». Ce qui arrive trop, malheureusement.

 
quyuan2
16H14 04/06/2007

le soir du 3 juin, Le couple Ding Zilin et Madame Xu Yu rappele la mémoire de leurs fils à Muxidi
Liu Xiaobo, traduit par quyuan2

Près de la minuit le 3 juin 2007, j’ai reçu un coup d’appel de Monsieur Jiang Peikun, il m’a raconté qu’il a rendu hommage de son fils à Muxidi avec Madame Xu Yu et Madame Ma Xueqin.

Le temps se fige vers 11:10 le 3 juin 1989, l’enfant unique du couple Ding Zilin et Jiang Peikun est trouvé la mort à l’entrée du métro près de la fameuse Place Tiananmen. Presque en même temps, Wu Xiangdong, le fils de Madame Xu Yu est tué sur le pont de Muxidi.

Madame Ding Zilin et Madame Xu Yu font partie de « Mères de Tiananmen », depuis 18 ans, elles pouvaient pas rendre hommage de leurs propres fils le jour de sa mort. Chaque année, à cette période, elles étaient consignées à leurs domiciles, ou poursuivies par les agents de la sécurité d’état. Cette fois-ci, deux « mères de Tiananmen » peuvent enfin se rendre à lieu de massacre pour commémorer l’évènement.

Inimaginable, c’est la première fois depuis 18 ans. Cette commémoration est aussi pour les autres victimes du soir de 3 juin 1989.

Muxidi, est le lieu de massacre le plus atroce de cette époque. Jusqu’à présent, parmi les 180 victimes identifiés par « Mères de Tiananmen », 35 sont tués à cet endroit. Il devient un lieu de mémoire pour les familles de victime, et devient aussi un terrain interdit pour l’autorité.

Cette nuit, Madame Ma Xueqin est venue participer la commémoration malgré sa santé préoccupante, sa fille de 19 était tué à Pékin pendant la massacre. Mais elle n’a pas pu tenir à cause de la pénible tristesse et l’état cardiaque.

Madame Ding et Madame Xu, ont préparé des fleurs, bougies, alcool, et photos de portrait de leurs enfants, elles ont créé un simple autel devant l’immeuble où leurs fils sont tombés. Les photos de portrait sont entourés de fleurs, bougies, et du boisson, fruits que leurs fils préférés de sont vivant.

Sous la silence, les mères ont versé une verre d’alcool de riz par terre. Une fois de plus, elles pleurent silencieusement de la tristesse et de l’injustice qu’elles ont vécu depuis 18 ans.

Combien qu’elles ont envie de pleurer et crier pendant ces 18 ans devant le lieu de victime.

Aujourd’hui, elles ont enfin une chance.
A 11 heure du soir, les voitures et passagers sont encore nombreux dans la rue. Chaque fois il y a quelqu’un passe, ils stoppent systématiquement, et repartis silencieusement.

le 4 juin 2007, à domicile de Pékin (Cai Chu, Boxun)

Je vous invite à voir des photos sur mon blog:
http://quyuan2.canalblog.com/archives/2007/06/04/index.html

 
Buzhidao
07H18 05/06/2007

Je n’ai pas trouvé l’information, à combien estime t-on les morts parmi les manifestants ? dans l’armée ? Est-ce 180 comme vous le sous-entendez ? ou ce chiffre n’est-il que le nombre d’étudiants dont les mères animent aujourd’hui cette association ?

ps : réglez cette histoire que question de calcul s’il vous plaît, ça ne marche qu’une fois sur trois.
(ou alors envoyez moi votre calculette^^)

édit : j’ai trouvé une réponse, mais est-ce la bonne ?
source :
http://www.france24.com/france24Public/fr/nouvelles/monde/20070604-tiana…
« Le 30 juin 1989, un rapport de la mairie de Pékin avait fait état de « dizaines de militaires morts, 6.000 membres des forces de l’ordre blessés, plus de 3.000 civils blessés et plus de 200 morts, dont 36 étudiants ». »
mais après ?