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Etats-Unis: des démocrates réclament plus de propagande

La propagande américaine, ça n'existe pas : dès qu'il s'agit de défendre leur image, les Américains parlent pudiquement de « diplomatie publique ». Après deux mandats désastreux pour la voix de l'Amérique dans le monde, plusieurs chercheurs démocrates implorent le prochain président d'instiller une sérieuse dose de « public diplomacy » en politique étrangère. Principale cible : le monde musulman.

Le premier appel est venu de la célèbre Brookings Institution. Le think tank a lancé avec la chaîne ABC News le projet Opportunity 08, qui vise à informer le public -et les candidats- des enjeux de la prochaine présidentielle. Parmi lesquels on trouve, selon eux, « une stratégie de communication pour gagner la guerre des idées ». Les deux auteurs de l’étude ainsi titrée, Hady Amr et Peter W. Singer, ont travaillé au département de la Défense sous Clinton, avant de conseiller Al Gore et John Kerry pendant leurs vaines campagnes. Ils préconisent rien moins que la création d’un America’s Voice Corps (une « brigade de la voix de l’Amérique »), ou la privatisation des vecteurs de propagande américaine vers le monde arabo-musulman que sont Al-Hurra et Radio Sawa (que nous évoquions ici).

Pour eux, privatiser ces diffuseurs est un gage d’efficacité, au motif que le secteur privé « peut souvent être un messager plus crédible que le gouvernement américain ». Il faudrait aussi « lancer des C-SPANs” (l’équivalent américain de Public Sénat et de LCP-AN) dans la région, qui retranscriraient les débats politiques en cours dans chaque pays. Une sinécure, quand on sait combien ces débats y sont libres, et surtout à quel point l’Amérique se conduit en philantrope ; mais la “rue » arabe, elle, a la sottise de l’ignorer. Autre idée brillante : renforcer les programmes d’échange avec des étudiants du Moyen-Orient, qui pourront, une fois de retour au pays, ‘attester de la profondeur et de la réalité de la bienveillance américaine’.

Chantres de la « public diplomacy », les deux chercheurs n’emploient que deux fois en 18 pages le mot de « propagande ». Pour qualifier le message de l’ennemi, et comme une chose à éviter à tout prix. « Ce mot passe mal aux Etats-Unis », reconnaît Nancy Snow, professeur de communication à l’Université de Californie à Fullerton, et ancienne membre de l’US Information Agency (USIA) sous Clinton. Le président démocrate a supprimé en 1999 cet organe officiel de la propagande américaine créé dans les années 50. Le message US est aujourd’hui géré par la sous-secrétaire d’Etat Karen Hughes, née à Paris et très proche de Bush depuis leur jeunesse texane.

Appeler la propagande « diplomatie publique’ n’est donc rien d’autre... qu’une forme de propagande : « “Parce que la propagande est, aux Etats-Unis, associée par erreur aux seuls régimes totalitaires, fascistes ou fermés, nous sommes arrivés à une version démocratique de la propagande, que nous appelons ‘public diplomacy »’, poursuit l’universitaire californienne. ‘C’est une définition plus actuelle, affinée, de la propagande.”

Ex-conseillers à la Maison Blanche sous Bill Clinton, William Galston et Elaine Karmack font preuve de la même pruderie langagière dans leur papier “Security First : A Strategy for Defending America”. Pendant 56 pages, ils tirent à boulets rouges sur “l’arrogance et l’incompétence des années Bush” et l'obstination du Président à exporter la démocratie, qui ont provoqué ‘un revers drastique pour les Etats-Unis, qui prendra des années à s'inverser’. D’où la nécessité de ‘priver nos adversaires de la possibilité d'utiliser notre propre conduite contre nous’, qui les amène à reprendre les conclusions de Singer et Amr.

Seule réponse d’une représentante du parti démocrate à Paris, un dicton : “Ce qui est bon pour l’oie peut être bon pour le jars”. En clair, la propagande américaine n’est qu’une réponse du berger à la bergère. Si elle ne conteste pas l’utilité d’une diplomatie publique visant au dialogue, Nancy Snow, elle, constate que les Etats-Unis sont “beaucoup plus doués pour vendre l’image de gens célèbres (...) que pour vendre les idéaux démocratiques dans le monde.”


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Hélène Crié-Wiesner | Ecrivain, spécialisée en environnement
15H14 02/06/2007

A la décharge de ces chercheurs, je peux témoigner que la plupart des Américains, fussent-ils profondément de gauche et anti-Bush, sont très fiers de leur démocratie, plus exactement de leur Constitution qui leur assure, en théorie, cette belle démocratie. Ils sont aussi très fiers de leur culture et de leur mode de vie, absolument persuadés que le monde entier leur envie tout cela. Deux exemples…
Peu de temps après la le déclenchement de la guerre en Afghanistan, mes beaux-parents américains (cathos de gauche, ayant beaucoup voyagé dans le monde) visitent avec nous une expo d’oeuvres d’art violemment anti-guerre, dénonçant l’arrogance américaine. Ils sortent de là secoués. Commentaire admiratif: « Dans quel autre pays au monde pourrait-on exposer des choses pareilles sans aller en prison? » J’avoue que j’en suis restée muette de surprise.
Après le 11 septembre, une entreprise de construction pétrolière très internationale organise une sortie pour ses « team members » et leurs conjoints. En l’occurence, un match de baseball dans l’immense stade de Houston (Texas). Ça commence toujours par l’hymne national, puis une prière collective (oui, parfaitement), et enfin des mascottes arrivent sur le terrain en faisant les pitres. Délire dans le stade. Une secrétaire se tourne vers les Français, presque en larme: « Est-ce qu’on ne vit pas dans le plus merveilleux pays du monde? » Euh, ben, c’est que… ailleurs, tout le monde n’a peut-être pas la même conception du bonheur? Elle a été vraiment malheureuse d’entendre ça, d’ailleurs elle n’y a pas crû.
Tout ça pour dire que les Américains moyens 1) n’ont pas la moindre idée de l’image de leur pays à l’étranger, 2) quand par hasard ils le savent, ils pensent que c’est parce qu’on ne les connait pas bien et qu’il faut expliquer. Le travail de Karen Hughes est très admiré par le public, qui la considère comme quelqu’un de très courageux. Et, en effet, la notion de propagance n’a pas cours dans ce sens.

 
Ferdinand.Bardamu
16H08 02/06/2007

Merci pour ce témoignage très intéressant. Bien que je n’y ai jamais vécu, j’y suis allé assez souvent en déplacements professionnels pour des période de une à deux semaines et, au bout de 4 jours, je n’en pouvait déjà plus. Ce qui me manquait le plus, c’était l’esthétique, c’est à dire le fait de se trouver dans un bel endroit dont la beauté ne sert à rien, c’est à dire ne profite pas au business, style les quais de seine à Paris, l’île St Louis, la conciergerie, etc..
C’est vrai que là-bas, ce qui m’a frappé (je ne parle pas de New-York), c’est que tout parait avoir été construit pendant la nuit :-) : beaucoup de maisons en bois, centre commerciaux « style » foyers sonacotra (j”exégère à peine), sauf les mall, etc..Je suis allé voir par exemple, les chutes du niagara (j’en avais un souvenir éblouissant grâce au film Niagara, avec la non moins éblouissante Marylin Monroe) et bien quelle déception!!! chez nous on y aurait trouvé sans doute un ou deux restau avec terrasse et vue imprenable sur les chutes, masi là que des fast-food et même une espèce de parc d’attraction avec des dinosaures en plastique…Bref, pour moi, comme vous les dites, le bonheur à l’américaine c’est l’enfer…Sans compter leurs bon sentiments dégoulinants qui ne sert en fait qu’à aliéner les autres, leurs bondieuseries non moins dégoulinante, et le poids énorme de la « communauté » sur l’individu….Lire à ce sujet Stephen King (notamment « Ca »), qui décrit assez bien l’atmosphère oppressante des commautés américaines des petites villes. Je pourrais en parler des heures car je vois avec horreur la france s’américaniser à vitesse grand V. Les gens ne savent pas ce qu’ils perdent.

 
Hélène Crié-Wiesner | Ecrivain, spécialisée en environnement
16H59 02/06/2007

Vous avez raison sur tout. Sauf que, quand je rentre en France, je trouve souvent les gens « méchants » (comme disent les gamins), brutaux, pas sympas, quoi! Cette gentillesse dégoulinante américaine, qui m’horripile tant ici, me manque un peu. En plus, le poids de la communauté est pénible, oh que oui, en revanche les relations de voisinage sont nettement plus cools qu’en France.
Bref, deux conclusions:
1) Chaque culture a ses propres traits, inutile d’essayer de la plaquer sur d’autres.
2) C’est quand on s’expatrie qu’on prend le mieux conscience de ses propres défauts. (Tous les gens dans ce cas devraient lire « Nord perdu », de Nancy Huston, Acte Sud, un essai magistral sur la double culture et le multilinguisme.)

 
Hélène Crié-Wiesner | Ecrivain, spécialisée en environnement
17H01 02/06/2007

Impossible d’accéder à l’interview en anglais de Nancy Snow. Pourquoi?

 
Pascal Riché | Rue89
20H04 02/06/2007

Hélène, je descends dans les soutes pour réparer le lien.