
En permettant à ses chalutiers de pêcher au large des pays du Sud grâce à des accords bilatéraux, l’Union européenne est accusée de fragiliser l’économie locale. Et de favoriser l’émigration.
Un samedi matin, dans les allées bondées d’une grande surface parisienne. Au rayon poissonnerie, la tranche de thon est à 12 euros. Idéal pour un dîner en famille, devant le journal télévisé. Lequel montre régulièrement des images de barques s’échouant aux Canaries ou en Sicile, avec à leur bord des dizaines de migrants subsahariens. Dans l’assiette, un morceau de poisson; sur l’écran, des clandestins africains. Aucun rapport? Voire.
Après la Chine, l’Europe est l’une des principales pêcheries, avec 7,5 millions de tonnes de poisson récoltées chaque année par une flotte de 97 000 navires. Mais les réserves halieutiques, surexploitées depuis un demi-siècle, s’épuisent. Les trois-quarts du stock disponible ont été péchés, selon l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le risque de voir certaines espèces disparaître est réel, et l’activité pour les pêcheurs des états membres est menacée.
Ce problème d’approvisionnement s’est compliqué au milieu des années 70, lorsque de plus en plus de pays du Sud ont élargi leur Zone économique exclusive (ZEE) de 12 à 200 milles nautiques. Les chalutiers basques, bretons ou allemands, habitués à mouiller dans ces eaux étrangères depuis plusieurs siècles, ne pouvaient plus y accéder.
Des accords contestés avec les pays du Sud
Pour aider ses 400 000 pêcheurs -et le reste de la filière-, l’Union européenne a signé des accords bilatéraux avec plusieurs pays de la zone ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Le principe: en échange d’une participation financière (par exemple près de 86 millions d’euros par an avec la Mauritanie), les pêcheurs européens ont eu le droit de venir prélever une certaine quantité de poissons, les pays ACP n’ayant pas toujours la flotte nécessaire pour exploiter eux-mêmes ces ressources.
Jusqu’en 2002, ces deals dits de « paiement pour accès » étaient uniquement commerciaux, entérinant le principe du « payer-pêcher-partir ». « Ces accords participent à la surpêche, menacent la sécurité alimentaire des pays en développement et empêchent le développement des industries de pêche locales. Les pays industrialisés sont accusés de payer une somme très faible pour des zones de pêche très riches », dénonçait le World Wildlife Fund (WWF).
Prenant en compte en partie ces critiques, la réforme
de la politique commune de la pêche, en 2002, s’est orientée vers des Accords de partenariat dans le domaine de la pêche (APP) plus responsables et plus équitables. Un pourcentage de la compensation financière touchée par le pays est affecté pour « moderniser le secteur de la pêche locale, le rendre plus compétitif, améliorer les normes phytosanitaires et aider au développement des secteurs ayant des liens avec la pêche, notamment les infrastructures de débarquement », explique le Commissaire européen à la pêche et aux affaires maritimes Joe Borg.
Des pêcheurs qui deviennent passeurs
Des intentions louables. Mais les bateaux européens sont toujours perçus comme des pilleurs, particulièrement par les pêcheurs d’Afrique de l’Ouest. « Quand les grands chalutiers de haute mer européens pêchent dans la zone sud de la Mauritanie, ça se ressent directement sur les prises des artisans de Saint Louis », explique Dao Gaye, président
du collectif national des pécheurs du Sénégal.
A Dakar, au marché de Soumbedioun, où l’arrivage du jour est trié, les espèces nobles comme la daurade sont acheminées vers le marché européen. Les espèces communes comme la sardine finissent dans les échoppes locales. Ici, le poisson est l’un des rares sources de protéines abordables et fait vivre de nombreuses familles. Mais au fil des ans, les pêches artisanales sont de plus en plus maigres.
Les locaux n’ont plus les moyens de subvenir à leurs besoins et les jeunes sont tentés par l’émigration. Les quais d’Afrique de l’Ouest bruissent également d’histoires de pêcheurs reconvertis passeurs de clandestins vers les Canaries. Le propriétaire d’une « patera » (barque) peut obtenir plus de 500 euros par clandestin. Une véritable pêche miraculeuse dans un pays où le PIB par habitant dépasse à peine les trois dollars et demi par jour.
La concurrence des chalutiers européens n’est pas la seule explication à l’augmentation du nombre de candidats à l’émigration. Mais à l’heure où la Commission européenne a fait du développement l’un de ses chevaux de bataille, le problème des accords de pêche montre la nécessité pour l’Europe d’instaurer des rapports économiques Nord-Sud plus équilibrés. Nos tranches de thon ont des arêtes dures à avaler.





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Article très pertinent dans la mesure où il met bien en évidence les liens existants entre deux sujets à priori sans rapports.
Effectivement, le thiof est aujourd’hui hors de prix, voire introuvable dans la presque totalité des ports du Sénégal et de la Mauritanie, notamment à Saint-Louis qui est pourtant le berceau du thieboudienne (riz zu poisson traditionnel)… L’explication réside dans le fait que la majeure partie des prises est effectuée par des navires étrangers (européens en général et espagnols en particulier) pour être exportée.
Pour alimenter la réflexion sur le sujet, je suggère deux considérations.
La première est d’ordre démographique et sociétal. En effet, en considérant qu’un homme de la région est souvent le père de 8 ou 9 enfants nés de mères distinctes, il est aisé de comprendre qu’il ne pourra transmettre son patrimoine (qui est en fait son outil de travail c’est-à-dire sa pirogue) qu’à un seul d’entre eux, l’aîné en règle générale, les autres, après avoir mené une existance caractérisée par l’errance et été rejetés par les leurs, n’auront d’autre choix que de grossir les rangs des candidats à l’émigration.
La deuxième est plus pragmatique dans le sens où les bénéficiaires des licences de pêche ne sont pas les européens à parts égales mais plutôt les espagnols de manière presque exclusive, chose que l’on omet souvent de mentionner. Il s’avère que les espagnols sont, de par leur position géographique, en première ligne est que l’on a tendance à les victimiser alors qu’ils ne récoltent que les fruits de leur lobby auprès des institutions européennes. Le pire est qu’ils ont ensuite recours à des fonds européens pour se donner les moyens d’imposer, à la limite de l’ingérence, leur politique de maîtrise des flux migratoires (axée sur l’aspect policier plus que sur celui du développement) aux pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest. Le beurre et l’argent du beurre en quelque sorte…
U Rossu
Lorsqu’en Une, il y a l’article qui traite de la rencontre des chercheurs de la Cité de l’Immigration et du ministre de l’Immigration nationale, article qui déchaine les passions, il est agréable de constater qu’il y a d’autres articles qui traitent des problèmes de fonds, c’est-à-dire des raisons de l’immigration.
Je voudrais ajouter que si ce problème des accords de L’UE avec les pays ACP pour les zones de pêche concerne essentiellement les chalutiers espagnols, ce n’est pas le cas de la PAC (politique agricole commune) dont les dirigeants français successifs, de droite comme de gauche entravent les tentatives de réforme. En effet, elle protège les intérêts agricoles français (électorat trop précieux pour se le mettre à dos), sans jamais prendre en compte le fait que la PAC étouffe l’agriculture des pays du Sud; ceux ci ne pouvant pas concurrencer les prix subventionnés des pays européens et en particulier de la France.
Je suis guadeloupéenne et j’ai envie de vomir chaque fois que je vois les affiches qui font la pub des bananes de Guadeloupe et de Martinique car je sais comment sont cultivées ces bananes : les agriculteurs empochent des subventions européennes pour maintenir un prix bas, pour compenser la destruction des récoltes par les cyclones… mais ils engagent des haïtiens sans papiers pour la récolte et ils roulent en 4x4 Mercedes qu’ils changent chaque année !
On ne se rend pas compte que chaque décision de l’UE sur l’agriculture ou sur la pêche frappent de plein fouet les pays du Sud: il y a quelques années, on a autorisé les fabircants de chocolat à baisser le pourcentage de véritable beurre de cacao par KG de chocolat; immédiatement, des pays comme la Côte d’Ivoire se sont retrouvés avec des tonnes de fèves qu’ils ne pouvaient plus écouler. Des familles qui ne pouvaient plus survivre et qui envoyaient leurs enfants tenter leur chance en Europe.
Merci pour cet article qui contribue à briser l’hypocrisie qui consiste séparer nos décisions économiques de nos politiques d’immigration.
je serai aujourd’hui un courageux anonyme mais dans les accords de pêche je me demande ou vont les subventons accordées par les accords entre états.
pour ma part je suis arrivé au sénégal en 1993, 6500000 habitants taux de chomage inconnu, en 2006 dernier recensement 12000000 de sénégalais, taux de chomage toujours inconnu, nombre d’entreprises de plus en plus faibles, smig à 60000 francs cfa, femmes de ménage 15 jours de présence chez le particulier 1 journée de repos et encore 15 jours 20000 francs cfa soit 25 euros et bien souvent la seule ressource comment voulez vous s’acheter un thiof à 2000 f cfa le kilo; comme me le disait une senégalaise heureusement que le yaboy contient beaucoup d’arêtes sinon les riches les achèteraient.
por trouver du travail même avec bac plus 4 il faut avoir des conaissances et si vous arrivé à être embauché stagiaire pas de rémunération .
dans un pays ou le nombre de mosquées prolifèrent au détriment des écoles publiques que cherchent les jeunes l’immigration.
le grand problèmes est à mon sens les dirigeantsafricains qui laissent leur peuple dans la misère et savent à leur manière stopper les vélléités de manifestations ,et ou le calme règne artificiellement a la grande satisfaction des pays européens .
Je trouve particulièrement bien vu l’article de J.A. d’exposer ainsi une des raisons de l’émigration africaine.
Par contre, je trouve complètement déplacées les réactions qui reportent l’origine du problème sur le libéralisme ambiant. Ca n’a strictement rien à voir. Dans ce cas-ci, il s’agit bien du protectionnisme européen qui, pour assurer le bien-être de ses propres pécheurs, n’hésite pas à s’accorder le droit de piller les seules ressources de protéine des plus pauvres. C’est presque aussi absurde que la PAC qui, par le jeu des subventions à l’exportation et le protectionnisme général qui va avec, freine le développement de l’agriculture du tiers-monde en annihilant par des prix subventionnés, toute chance de survie des plus pauvres. Les Européens, et les Français en particulier, en portent une large responsabilité. Et quand pour pérenniser ce système absurde, on vient pleurer sur les milliers d’exploitations agricoles qui périclitent chaque année en France, on se garde bien de dire que 80% des subventions vont en réalité à 20% des exploitants (une des 5 plus grosses fortunes de France est un céréalier du bassin parisien). Merci le contribuable. Bravo l’Europe.