
Lauréat du prix Nicolas-Bouvier au festival Etonnants Voyageurs pour « Nullarbor », écrit après un séjour en Australie, le jeune écrivain ne voyage pas pour se trouver, mais pour s'oublier. Rencontre avec un auteur à suivre.
« Excusez moi, je suis sa mère et il repart bientôt en Argentine, alors j'en profite… Tu vas bien, mon fils ? “ Sur le stand Hoëbeke, au salon du livre du festival Etonnants Voyageurs qui se tenait à Saint-Malo le week-end dernier, l'heureuse génitrice vient refaire des provisions d'exemplaires dédicacés de ‘Nullarbor’, de David Fauquemberg.
Il faut dire que le fiston a reçu samedi à Saint-Malo le prix Nicolas-Bouvier, décerné par un jury composé, entre autres, d'André Velter et Gilles Lapouge. Une consécration vite arrivée, pour un auteur français de 34 ans dont le livre, son premier, est sorti il y a à peine un mois. Cette rapidité tranche avec le temps que David Fauquemberg a mis pour écrire son récit : six ans pour accoucher d'un livre rugueux aux dialogues cinématographiques et à l'écriture ciselée, parfois lapidaire. ‘J'ai écrit aussitôt en rentrant d'Australie, parce que j'avais besoin de donner du sens à ce tourbillon par lequel je m'étais laissé déborder. Comme un boxer qui aurait baissé sa garde au troisième round et voudrait comprendre comment il est arrivé KO au cinquième.’
De ce voyage qui a ‘clairement dérapé’, il a tiré une éloge de la fuite qui ne verse pas (trop) dans la posture romantique d'un trash virant au mièvre. Son livre est réaliste parce qu'il est dru, physique. Viril ? ‘Le bush est un monde d'hommes, mais je ne sais pas si brut et sombre sont nécessairement des qualités masculines.’ ‘Nullarbor’ est un livre organique, dont la nature, hostile, est sans doute le personnage principal. Un livre tellurique où la violence et la peur affleurent comme l'absurdité à la surface d'une plaine sans arbres (‘nullarbor’ dans les atlas).
Tellurique : l'adjectif ne déplait pas à David Fauquemberg, qui assume se contrefoutre du distinguo entre fiction et non-fiction. Et relève le pari de prendre pour combustible des expériences vécues sans pour autant céder à l'autofiction. ‘L'écriture n'est jamais fun, c'est un engagement. Je voulais que le narrateur s'efface, rendre compte de l'intensité physique, restaurer cette intimité brute. Pas faire un livre sur le voyage ou l'Australie. J'ai beaucoup élagué pour éviter les poncifs. Quitte à ce que le livre commence sur un faux rythme : c'est le propre des voyages !
Pour que le lecteur fasse le voyage’, ajoute-t-il, ‘j'ai cherché à revenir au ras des choses, alors que la langue française est très baroque.’ Des auteurs de récits de voyage, le frais lauréat ne dit pas grand-chose, ne lit rien ou presque, sinon Nicolas Bouvier ou Bruce Chatwin, ‘évidemment’.
Normalien dans une autre vie, prof de philo le temps d'une unique rentrée avant de tout envoyer balader pour s'en aller promener, traducteur et auteur de guides de voyage, il dit avoir organisé sa vie autour du voyage. ‘J'ai toujours eu besoin de me frotter au monde. L'Atlantique en voilier, la Laponie à pied, la boxe à Cuba… J'ai grandi dans le bocage normand, et ce n'est pas un hasard si je vais là où l'horizon va plus loin qu'à cent mètres. Je voyage parce que je recherche cet abandon, cette friction avec le monde. Pas pour me trouver, mais pour m'oublier.’
‘Quand je suis chez moi, je suis trop là. Ça ne me viendrait pas à l'idée d'écrire sur moi’, relance-t-il alors que deux dames, conquises, viennent le féliciter et s'évertuent à lui trouver ‘un petit air de David Hallyday’. Fauquemberg cherche à éviter les écueils du baroudeur écorché, et a fait venir à Saint-Malo ses deux petits garçons, qui criaient ‘papa’ à la remise du prix. ‘C'est important qu'ils soient là aussi quand vient la reconnaissance, vu ce que je fais peser sur ma vie de famille.’ Un peu crâneur quand même : il aime dire qu'il vit ‘parfois’ dans le XIII° arrondissement à Paris et cite volontiers Victor Segalen : ‘Le voyage, c'est quelques mois d'épuisement physique et moral qui donnent ensuite le droit de se consacrer à un an de méditation.’
► Nullarbord de David Fauquemberg - éditions Hoëbeke - 190 pages - 18 €.




















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De a.guillaume
12H35 | 30/05/2007 |
mouais,l'attitude ,la demarche de ce type est bonne,mais pourquoi cherche-t-il a se justifier ?
il ne voyage pas « pour se chercher mais pour s'oublier »
là j'ai un doute…
qu'ils dise franchement qu'il peut pas assurer ses rseponsabilités de père de famille
on peut difficilement ecrire
et vivre une vie de famille normale
c'est incompatible
à a.guillaume
De
01H29 | 31/05/2007 |
Il faut peut-être voyageur pour comprendre cela.
Voyager s'est s'oublier pour être toujours disponible pour découvrir ce qui est devant soit.
Il n'y a probablement pas chez un rejet de la responsabilité, mais toujours le besoin d'aller vers l'inconnu. Je vis ça tous les jours, avec la terrible envie de remettre le sac sur le dos, pour le moment je reste sédentaire mais pour combien de temps ?
combien d'histoires à découvrir, combien de sourire ou de colère à partager, combien de paysages à traverser ou retraverser.
tout est possible voyager, écrire, photographier, avoir une vie normale…
Mais c'est quoi une vie normale ?
Dul
http://flickr.com/photos/dulconte
De
19H43 | 30/05/2007 |
Décidément, en France, il n'y a que les normaliens qui écrivent (et sont publiés ! )…
De
23H16 | 30/05/2007 |
Je ne comprends pas vos 2 commentaires…
a.guillaume -> « on peut difficilement écrire et vivre une vie de famille normale ». Moué.Je pense qu'il existe tout de même des écrivains ayant une vie normale =) C'est quoi cet avis à 2 balles ?
Courageux anonyme -> fauquemberg est normalien d'après le texte.. (« normalien dans une autre vie »).
De a.guillaume
10H33 | 31/05/2007 |
oui pour des ecrivains comptables,de bons narrateurs qui suivent un plan de travail
comme un chef de contentieux ou tout autre fonctionnaire,mais des ecrivains d'émotion…
De Santiano
15H04 | 31/05/2007 |
J'avoue que le ecrivains voyageurs sont loin de me convaincre - Segalen, Bouvier accepteraient difficilement l'epithete (Segalen certainement pas ! ) - on est ecrivain - point - le reste vient histoire d'accuser une posture (je pense aux Tesson et autre Priscilla) ou un genre… et puis que dire de ce discours mystico-tellurique qui vise a faire de l'ecrivain-voyageur une sorte d'ascete new-age ou de Dandy-shaman ? ! ? Rimbaud le poete voyant qui a beaucoup voyage a arrete d'ecrire quand il s'est mis en route comme quoi le genie ne vient pas en marchant mais en ciselant son verbe - mais bon Les ecrivains voyageurs & la litterature-monde c'est le meme marketing (ah les beaux normaliens a la David Halliday qui vont par monts et par vaux… De quoi faire phantasmer non ? ) Le public aime. Vive le public. Mais qu'on arrive a institutionnaliser des auteurs aussi peu institutionnel comme Bouvier me sidere - comme quoi on peut tout reccuperer meme le mouvement…
Mais comme j'ai pas lu le livre ; benefice du doute pour notre auteur qui est sans-doute bon, n'est-ce pas ?
à Santiano
De a.guillaume
15H55 | 31/05/2007 |
sûr !
à Santiano
De
14H57 | 01/06/2007 |
Bonjour
En l'occurence, l'auteur explique plutôt ne pas revendiquer l'étiquette, très « markettée » en effet, des écrivains-voyageurs. Dans l'interview d'où sont tirées les citations, il revendique avoir cherché à s'affranchir des postures dont vous parlez en veillant à ce que le narrateur s'efface afin que le lecteur ait un rapport plus immédiat à la nature. Ce qui se sent à la lecture du livre, peu égocentré in fine. Quant à une éventuelle ressemblance avec David Halliday… faut-il réellement théoriser à ce sujet ? Je serais d'avis de laisser les deux fans répondre de cette évocation…
Chloé Leprince
De
19H47 | 14/06/2007 |
Chère Chloé,
Franchement j'ai le sentiment que vous avez loupé votre rencontre avec David Fauquemberg. Si vous avez retenu de lui sa mère, ses enfants et la ressemblance qu'on lui prête avec David H, vous avez manqué ce qui fait le charme de l'homme. Sa modestie extrème, son recul par rapport au bruit du monde, et puis il est bien plus beau et séduisant que le rejeton Halliday ! David Fauquemberg brille dans ce livre parce qu'il a un ton et c'est ce qui manque le plus souvent à tous ceux qui écrivent. Et aussi parce que justement il est totalement absent de son histoire. Crâneur dites-vous, c'est vraiment tout l'inverse !
Allez deux vacheries avant de partir
- boxer s'écrit avec un u
- on dit un éloge et pas une
Au fait je ne suis ni sa mère ni son éditeur seulement un lecteur qui l'a écouté longuement à Etonnants Voyageurs et qui a eu la chance de partager une tranche de vie et pas trois minutes au coin d'une table.
Bernard
De
21H55 | 14/10/2007 |
Au moins, on sait que l'on n'est pas sur un site intellectuel, vu le niveau des commentaires, vue la « qualité » des articles, vue la vacuité de cette page.
Qu'il est commun de critiquer sans avoir lu, de recracher des phrases toutes faites, souvent issues de jalouses ambitions, ou de désirs brisés… ; -)
Retournez donc lire vos Beigbeder et autres C. Angot…