Indécence et cynisme autour de Guy Môquet

Indécent  : le mot est venu immédiatement à la lecture de cette invocation de Guy Môquet par le nouveau Président. Indécente aussi cette lecture obligatoire de la fameuse lettre. Puis, je me suis étonné de l’approbation quasi-générale, aussi bien des partis de gauche que des syndicats et de celle de pédagogues dont je partage le plus souvent les analyses.

Et puis j’ai appelé Jacques. Lui, son premier mot a été  : "cynisme  ! " Alors je suis monté le voir dans sa maison construite de ses mains, là haut, sur le plateau qui domine la vallée de la Dordogne, au-delà du Pas du Raysse. Nous avons parlé.

Il aurait pu être Guy Môquet, subir son sort, en tout cas  : Jacques Laporte, né en 1925, ferronnier d’art et poète, Président de l’ANACR (Association nationale des anciens combattants de la Résistance) du Sarladais, résistant maquisard alors qu’il n’avait pas dix huit ans, membre du Parti communiste. Sa mère est fusillée le 8 juin 1944 par la division "Das Reich", dans son village où dix huit personnes sont massacrées en représailles des actions menées par les groupes de résistants… dont celui de Jacques.

Nous étions des idéalistes, poursuit-il, des internationalistes et nous luttions contre le nazisme et le fascisme comme d’autres avant nous avaient lutté contre le franquisme dans les Brigades Internationales. Nous ne luttions pas seulement pour libérer la France et l’Europe, mais pour faire advenir une autre société, plus juste, plus fraternelle, une société dans laquelle nul ne s’autoriserait à brûler en quelques heures un fagot de billets de banque en hôtels étoilés, avions et bateaux luxueux.

Sans compter, dis-je, pour ma part, que c’est une bien curieuse idée de l’éducation que celle qui impose à des élèves (au garde-à-vous  ? ) la lecture d’un texte émouvant, bien curieuse idée de l’éducation que celle de faire appel à l’émotion (et non à la raison) pour "faire passer" des idées qui sont ainsi données comme indiscutables. Quelles idées  ? Celles que résument parfaitement ces formules de campagne et dont on sait dans quel arsenal elles ont été "piquées"  : "Fiers d’être Français  ! " et "si on n’aime pas la France on la quitte  ! ". Un mot les résume qui dégouline du sang de toutes les guerres passées, actuelles, et, sans doute, à venir :  nationalisme.

Non, moi, je n’aime pas la France, pas cette France-là, celle qui brûle des fagots de billets en quelques heures. Et je ne suis pas fier d’être Français. Comment pourrais-je être fier d’un fait du hasard, d’un fait dans lequel mon intention et ma volonté ne sont pour rien  ? Pure ineptie, commente Jacques.

Mais moi j’aime bien la France de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, celle de la Commune, de 36 et de 68, oui, de Mai 68  ! Car nous voyons bien où ils veulent en venir les "fiers d’être Français", il s’agit de mettre du "lien social", du "liant" tant qu’on y est  : tous Français, tous membres de la même famille, pauvres et riches, ceux qui vont "travailler plus" (si le patron le leur permet) pour gagner un (peu) plus qui ne leur permettra toujours pas de vivre décemment, ceux qui ne pourront pas travailler parce qu’ils ne trouveront pas de travail et ceux qui continueront à brûler des fagots de billets  ! Tous Français  ! Et que les choses aillent ainsi, à jamais, et que ceux qui n’aiment pas la France, cette France-là…
Il est indécent de faire parler les morts. Jacques lui, ferronnier d’art et poète, résistant maquisard à pas dix-huit ans, est bien vivant. Ils n’ont pas le droit… murmure-t-il alors que la première brume du soir sourd de la vallée.


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a.guillaume
17H08 31/05/2007

bien qu’exprimant les plus hautes reserves
quant a la générosité la fraternité fièrement revendiquée par les combattants de la liberté j’approuve pleinement ce « il est indecent de faire parler les morts ».Plus que de l’indecence
c’est de l’obscénité
la vraie

 
GastonLagaffe
10H49 01/06/2007

Ah la belle France nationaliste qui se cache encore derrière des mots comme patriotisme. Ah ça on a bien besoin aujourd’hui d’un nationalisme/patriotisme celui là même qui fut la base du Nazisme. Et oui National socialisme. Le socialisme qui fut soutenu par tout les grands patrons d’industrie et pas le socialisme internationaliste réprimé dans le sang par ces mêmes grands patrons. Ah les biens-fait du patriotisme qui nous amena cette merveilleuse guerre de 14-18 dont les plus grands bénéficiaires furent les marchands d’armes tel Renault. Tient ce ne serais pas cette même entreprise familiale, Renault, qui collabora pendant la deuxième Guerre Mondiale ? Mais non ! Renault c’est la fierté nationale ! C’est grâce à eux que nous misérables travailleurs avons du travail ! Nous devrions les remercier ! De la même manière que Sarkozy souhaita à Notre Nation plein de Bolloré et autre Bouygue. Tient d’ailleurs ce n’est pas ce même Martin Bouygue (Parrain d’un des fils Sarkozy, faut-il le rappeler) qui a collaboré avec le régime dictatorial du Turkménistan ? www.caucaz.com/home/depeches.php?idp=1989
Mauvaises langues !!
Ah pauvre Guy Môquet ! Réduit à l’état de nationaliste alors qu’il se battait pour des idées de liberté d’égalité et de fraternité entre les hommes. Cette même fraternité qui renvoie évidement chaleureusement ces enfants de 10 ans dans des pays qu’ils ne connaissent pas et où ils y risquent parfois leur vie. Et où leurs conditions de vie bien que parfois déjà mauvaise en France sont pires. Et tout ça pour répondre au doux slogan : “La France et les Français d’abord”. Mais oui Guy Môquet s’est battue pour la France et pas pour des idéaux bassement communistes. Pauvre Guy Môquet.

 
Luke
11H43 01/06/2007

11H18 il me semble que la réponse t’a été donnée par Nestor Romero, dans son article : « Nous ne luttions pas seulement pour libérer la France et l’Europe, mais pour faire advenir une autre société, plus juste, plus fraternelle, (…) ». Pour le reste libre à toi de penser qu’un Guy Môquet, s’il était encore vivant et fidèle à ces idéaux, ferait autre chose que haïr tout ce que représente la voyoucratie-RPR (on appelle çà aujourd’hui des UMP) : mais ta position paraît tout de même, un peu spécieuse.

 
GastonLagaffe
13H38 01/06/2007

Vous avez vraiment de drôle d’interprétation. Le PC est pour qu’on lui rende hommage pour son :
« choix de la Résistance et l’attachement à des valeurs d’émancipation humaine »
et non pas pour des idées nationalistes qui l’aurait guidé, comme Sarkozy a tenté de le faire croire. Car avec son ministère de l’identité nationale ET de l’immigration, les arrestations de sans papiers et sa haine de la repentance, Sarkozy se met bien dans le camps des nationalistes.
Et ce n’est pas des petites combines de la part du PC que de dénoncer cela. Par contre il y a des grosses combines de la part de Sarkozy pour gagner les législatives avec les débauchages indignes qu’il a effectué.

 
GastonLagaffe
16H08 01/06/2007

Mais vous croyez que le patriotisme dans l’histoire, à cette époque et aujourd’hui c’est quoi ?

Le patriotisme c’est justement ce qui était la base du nazisme (regardé mon intervention plus haut) et donc ce que combatait Guy Môquet.
Guy Môquet ne combattait pas des « boches » ou des « traitres de la patrie » mais des nazis et des colaborateurs au régime nazi.
Le patriotisme était la base du fascisme ou du franquisme.
Le patriotisme ce que l’on peut entre autre observer aux Etats Unis où des gens n’hésite pas à bafouer leurs idéaux de liberté pour leur patrie.

Et si vous avez des document permetant d’affirmer que Guy Môquet était un nationaliste alors montrez les nous.

quand au problèmes du régime soviétique et des divers régimes se disant communistes et qui était des dictatures, à l’époque personne ne savait vraiment ce qu’il se passait. à lépoque il n’y avait pas d’internet, de télévisions en directes de l’autre bout du monde. Quand on voit la difficulté aujourd’hui de voir ce qu’il se passe en Russie ou au Darfour on imagine à l’époque où les transports n’étaient pas les même la dificulter d’obtenir des informations. Par ailleurs ces régimes était par leur régime dictatorial en opposition aux idées communistes qui défendent justement l’émancipation des peuples face aux classes minoritaires oprimantes. Lisez le programme du CNR (largement écrit par des gens de gauche) et vous verrez que oui les communistes d’alors se battaient pour des valeurs d’émancipation humaine.

 
GastonLagaffe
21H01 01/06/2007

Au nom de l’amour de sa patrie tellement de crimes ont été commis. La différence entre l’amour de sa patrie et l’adhésion à une idéologie, c’est que l’adhésion à une idéologie se base sur un minimum de logique et de raison tandis que l’amour de sa patrie ne repose que sur l’émotion et un certain fanatisme non raisonnable quand il est bien ancré. Il n’y aucune trace de raison dans l’amour de sa patrie.

 
René B.
10H57 03/06/2007

Apparement, vous êtes français. Je le suis aussi. Et pourtant, à moins que votre commentaire ne soit au second degrès, nous ne sommes pas d’accord sur la définition « être français ».
Je pense que si Guy Môquet a écrit cette lettre c’est au moins autant parce qu’il était communiste que français. S’il faut définir ce que c’est qu’être français - ce dont je suis peu convaincu- je refuse de penser que c’est ce que nous avons en commun lorsque nous avons gommé nos différences et nos divergences. Une identité - soit-elle française ou autre- se construit avec du plus et non avec du moins. On ne s’ampute pas d’une partie de soi-même pour devenir un français. Joli tour d’escamotage auquel précisément Nicolas Sarkozy se livre avec la complicité de quelques autres. La démarche - allez! osons le mot - l’idéologie qui orchestre cette « liquidation » des identités profondes et constitutives de chaque individu est dangereuse. Elle nous promet, à moyen terme, pas mal de frustrations et de marginalisation. De violence, donc.
Nicolas Sarkosy n’agit pas comme un rassembleur mais comme un réducteur. A ce compte-là, on peut constituer un groupe d’individus formatés et l’appeler « France ». Ce n’est pas celle qui me fait envie et ce n’est surtout pas celle dans laquelle nous vivons.

 
GastonLagaffe
19H14 04/06/2007

Si vous confondez Communisme, Soviétisme et Stalinisme vous feriez mieux de retourner à l’école.
Lorsque vous dites qu’ « être Français (…) c’est être un Républicain intransigeant » que faites vous des monarchistes, des prodictatures, des Bonapartistes, des anarchistes qui sont Français ? Vous leur enlevez leur nationalité (comme ce qu’un député UMP avait voulu faire pour les émeutiers de 2005) et exigez qu’ils quittent la France parce que « La France on l’aime ou on la quitte » (je cite « napoléon le nano » et pas le borgne qui est roi au pays des aveugles) ?

 
René B.
09H33 04/06/2007

Merci de votre réponse.
Ce n’est pas le communisme que je défends dans mon propos. Il a, semble-t-il, fait son temps, et pas forcément du bon temps.
Cependant, je veux insister sur le fait que ce jeune garçon a identifié ses espoirs de vie à cette idéologie (moins facilement rejetable à l’époque; en tout cas, plus exaltante) et qu’il est mort autant pour ses idées et son espoir d’un monde meilleur que pour la France. Et à ce moment-là de l’histoire, tout le monde n’avait pas les mêmes idées et tous se réclamaient pourtant de la France.
Je veux bien faire crédit à Nicolas Sarkozy d’une émotion sincère à la lecture de la lettre, mais ce jour-là, le président qu’il devenait a saisi une opportunité de poser la première pierre de l’identité nationale en faisant de Guy Môquet un modèle patriotique. Et une référence pour les jeunes générations et particulièrement celle des banlieus. Et donc un motif supplémentaire d’exclusion de ceux qui ont du mal aujourd’hui à faire flotter le drapeau bleu, blanc, rouge dans leurs têtes. Or, ce modèle est une réduction de Guy Môquet à l’usage de la politique sarkozienne. A la vérité, le jeune garçon portait en lui un idéal de vie, une force de conviction en un combat. Et cela le constituait autant que l’amour pour son pays et pour sa mère. Pourquoi le gommer?
Sous couvert d’émotion, de patriotisme et de rassemblement, l’hommage à Guy Môquet sonne comme une déclaration de guerre.
Je n’aime pas cela.
Vous l’avez deviné, je suis un homme de gauche (de »gôche » comme vous l’écrivez ailleurs). Et je fais partie des anti-modèles soixantuitards qu’il convient de « liquider ». Tel est le musée des valeurs sarkoziennes: de Guy Môquet à 68 se décline l’axe du bien au mal.

 
René B.
19H23 04/06/2007

Votre crédo pourrait être le mien et vous pourriez bien être de gauche sans le savoir. Mais deux ou trois grains de votre chapelet de valeurs me restent en travers de la gorge. Ce fameux sens de l’appartenance à la Nation par exemple… reste à définir les mots.
Dommage. Mais je ne désespère pas. Dès que Sarozy, dans un an, vous aura déçu, nous en reparlerons au 89 de la rue, par exemple.