Frédéric Bozo

Université: inquiétant consensus sur une réforme a minima

Pour qui connaît la situation désastreuse du système universitaire français et prend au sérieux la nécessité de changements profonds, le consensus affiché depuis quelques jours entre la ministre en charge du dossier et les syndicats étudiants n’a rien de rassurant. Ces derniers -qui ne représentent à peu près qu’eux-mêmes tant la participation aux élections étudiantes est notoirement dérisoire- n’ont en effet jamais accepté ni de près ni de loin les arguments qui fondent la nécessité de tels changements, considérant comme autant de tabous des impératifs tels que l’autonomie réelle des universités, l’orientation sélective des étudiants ou encore la question des droits d’inscription, sans parler des enjeux stratégiques que constituent les rapports universités/grandes écoles/classes préparatoires, le sort des organismes de recherche ou encore les nécessaires regroupements d’universités.

On peut donc s’interroger sur la signification de premières déclarations gouvernementales consistant à mettre en avant le premier de ces impératifs, qui doit faire l’objet d’une loi dès cet été, tout en renvoyant à des chantiers ultérieurs le traitement de dossiers certes importants (la question des carrières et des conditions de travail des universitaires, celles des conditions de la vie étudiante etc.) mais qui laissent de côté l’essentiel de ce qui constituerait une vraie réforme d’ensemble du système. Et l’on est d’autant plus perplexe que cet agenda restrictif et au fond modeste (quelles que soient les promesses budgétaires qui l’accompagnent) est en rupture… avec la rupture voulue par le candidat Sarkozy. Ce dernier n’avait-il pas tracé les lignes d’une politique très ambitieuse, visant à rien moins qu’à une remise au niveau international du système universitaire français ? Bien sûr, l’autonomie peut être considérée comme la mère de toutes les réformes. Depuis vingt ans, toutes les tentatives de traiter sérieusement cette question ont échoué soit face à la rue (Alain Devaquet en 1986), soit face à la peur de la rue (Luc Ferry en 2003). Et il est évident qu’aucune transformation ambitieuse ne peut se concevoir à gouvernance constante, tant la loi de 1984 organise de facto la paralysie et l’inefficacité du système et empêche toute autonomie réelle sous couvert d’autonomie formelle. On peut donc comprendre la mise en avant de cet objectif comme le préalable à une nécessaire et ambitieuse refondation d’ensemble.

Mais qu’apporterait une modification du cadre institutionnel qui ne permettrait pas de traiter de manière satisfaisante les autres questions énoncées ci-dessus, à commencer par l’orientation sélective, indispensable pour en finir avec le gâchis de l’échec en premier cycle et dont Nicolas Sarkozy avait mis en avant l’urgence -tout en proposant la création d’un service national d’orientation qui assurerait à tout bachelier, comme il se doit, une place à l’université, mais pas nécessairement dans celle de son choix ni dans la filière de son choix ? Que serait une autonomie accrue appliquée à des établissements par trop segmentés et incapables de développer de véritables stratégies et donc de rivaliser avec les universités de rang international ? Et comment peut-on, comme c’est nécessaire, replacer les universités au centre du système sans poser la question des organismes de recherche ? En fin de compte, seule une réforme mérite d’être renvoyée à plus tard pour l’instant : celle des droits d’inscription. Car s’il s’agit d’une mesure indispensable (moins pour renflouer le système que pour responsabiliser ses acteurs), même si elle doit être couplée à une réflexion sur les bourses étudiantes pour d’évidentes raisons d’équité, il est également vrai qu’elle ne pourrait intervenir qu’une fois que la transformation du système aura commencé à porter ses fruits -car comment facturer à la hausse une prestation qui resterait aussi médiocre que ce qu’offrent aujourd’hui nos universités à l’étudiant moyen ? Dès lors, de deux choses l’une. Soit les orientations d’ores et déjà affichées le sont pour des motifs tactiques : il s’agirait alors d’éviter les sujets qui peuvent fâcher afin non seulement de passer le cap des législatives mais aussi de faire passer plus facilement la loi évoquée, celle-ci étant considérée comme un sésame pour la suite. Mais comment ce sésame pourrait-il opérer si la loi en question referme d’emblée les ouvertures évoquées précédemment, à commencer par la mise en place d’une véritable orientation sélective, qui suppose un changement législatif ? Et comment à l’inverse faire passer un tel changement si on l’a exclu un mois plus tôt ? Une telle tactique serait donc soit suicidaire dans la mesure où elle ferait le lit d’une probable contestation, soit paralysante parce qu’elle garantirait une réforme a minima du système.

Ou alors ces orientations annoncées constituent bien un exposé sincère de ce que sera la réforme en question au-delà de la prochaine loi sur l’autonomie. Mais alors il faut bien mesurer ce que ce programme revu à la baisse va avoir de désespérant pour les acteurs du système et -si l’on pense qu’il s’agit d’un dossier central- de désastreux pour l’avenir du pays. Et bien voir à quel point ce serait sous-estimer, sur ce point clé, à la fois la capacité d’évolution de la société française et l’ampleur et la clarté du mandat que le président de la République a obtenu pour ce faire.


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Daniel R | Visiteur d'entreprise
21H04 29/05/2007

Chacun devrait prendre ses responsabilités: A l’école la formation citoyenne, à l’entreprise la formation professionnelle.

Tout n’est pas transposable tel quel mais ce n’est pas une raison pour ne pas regarder ce qui se passe ailleurs.

En Grande-Bretagne, par exemple, les entreprises recrutent des diplômés de l’enseignement supérieur en fonction de leur niveau d’étude puis leur donnent une formation par alternance dans les universités.

En pratique, un diplômé d’histoire Gréco-Romaine peut commencer sa carrière dans une compagnie d’assurance ou dans une compagnie aérienne. Le jeune restera ou ne restera pas dans la compagnie une fois sa formation terminée. Des objectifs sont fixés. Les salaires s’évaluent en fonction de la réussite aux examens. Le contrat peut inclure une clause de rupture en cas d’échec.

 
caro | délinquante avérée
22H21 29/05/2007

demander l’autonomie réelle des université équivaut à demander leur privatisation et l’éclatement de l’EN.

Il y a des choix de société à faire : soit tout privatiser et mettre l’enseignement sous la coupe des multinationales -> droits d’entrées, sélection etc, soit permettre un enseignement pour tous ceux qui veulent faire des études.

A quoi doit servir l’argent public (nos impôts ?) : au bien être de la population, santé, éducation en priorité. Quand on voit l’augmentation exponentielle du nombre de fonctionnaires policiers et les restrictions drastiques du nombre de profs, on peut légitimement se poser des question.

 
janmach1
13H40 30/05/2007

je cite courageux anonyme : « on a vu l’efficacité de ce choix dans les entreprises où [ce choix] se montre particulièrement efficace. » bravo, belle déduction !

plus sérieusement, il est évident que faire financer l’université par le secteur privé qui marche et par les étudiants, est un excelleent choix en terme de rentabilité, personne ne le remet en doute. La réforme Pécresse a pour but de faire fonctionner les universités comme des entreprises, ce qui signifie écremer tout ce qui ne constitue pas un intérêt sonnant et trébuchant pour l’université.
Tout ce qui est de l’ordre de la culture, de la recherche politique et économique, de la philosophie, des langues anciennes, et qui ne cadre pas avec les intérêts des entreprises dans ces domaines, sera donc de facto exclu du champ universitaire français. On nous parle du mécénat, mais tout le monde sait bien que les études marxistes financées par Rockfeller à Chicago dans les années 30 on surtout prouvé leur soumission aux intérêts idéologiques de leurs financeurs.

Le choix de société qui est devant nous est celui-là : le savoir est-il un outil à mettre au service des intérêts des entreprises, où est-il un moyen de prendre du recul par rapport au tout-économique ? L’université publique est un investissement de l’Etat pour l’émancipation des étudiants et des chercheurs. Il est nécessairement non rentable à court terme, mais c’est un point crucial de notre démocratie que l’on est en train de faire éclater.

Lorsque le sens critique des jeunes et de ceux qui réfléchissent sur notre société seront remplacés par l’imposition de penser en terme de rentabilité à court terme, nous aurons fait un pas énorme en arrière en terme de civilisation.

Mais la démocratie a davantage besoin de porte-avions et de supprimer les droits de succession, que de réfléchir sur elle-même dans l’impartialité, semble-t-il. Triste époque.

 
christila
09H04 31/05/2007

J’entends tous les jours que tout va bien, l’élection Présidentielle reconduit les mêmes aux manettes, on nous annonce une vague bleue, alors moi qui m’inquiète, qui ne suis pas d’accord avec les lois que l’on propose aux Français car je crois qu’elles vont accroître la fracture sociale, moi qui suis retraitée et qui vois mes possibilités financières qui s’amenuisent de jour en jour tandis que mes dépenses de santé augmentent, je suis abasourdie par ce qui se passe dans mon pays. J’ai la gorge serrée, je vais me mettre en léthargie. Hier je voyais à la télé une publicité pour un produit qui faisait mincir et on répétait sans arrêt le même message pour mieux le faire pénétrer dans les esprits et cela durait, durait… J’ai changé de chaîne. Je me sens impuissante. Bon courage aux actifs. Je vais essayer de survivre.

 
Philippe Piedalet
08H23 05/07/2007

De la sélection à l’université…petite mise au point.

Certaines unversités sélectionnent à bac +4, soit après la première année de master ! Chercher l’erreur !

D’autres, les Instituts universitaires de technologies sélectionnent les post-bacs, sur dossier et sur entretien. Qui intégrent les IUT ? Les bacheliers des filières technologiques ? Oui, mais une très faible minorité puisque sont recrutés en priorités des bacheliers des filières générales. Idem pour les BTS, à un degré moindre.

Quant aux prépas … il ne faut surtout pas y toucher puisqu’elles constituent le vivier de « l’élite » française aussi bien que le passeport vers la reconnaissance symbolique des pairs universitaires… Certes, elles fonctionnent et elles fournissent aux universités les échoués de l’ENS, l’ENC (les Chartes) voire des écoles de commerces. Mais il faut aussi préciser qu’un élève de prépa coûte deux fois plus cher à la collectivité qu’un étudiant d’université. Les prépas ont les moyens, les universités non.
Faut-il pour autant augmenter les droits d’inscriptions ? Pas si sûr puisqu’ils ne sont que le cache misère d’un disfonctionnement ancien.

Ce petit rappel permet d’introduire la remarque suivante : qui entre à l’université ? De plus en plus d’élèves de sections technologiques qui, parfois et suivant une logique de l’orientation post-bac, n’ont pu trouver une place en IUT ou en BTS ; filières qui leurs sont destinées a priori! De fait, ces éleves viennent grossir les bancs de l’université et alimentent, malgré eux, le fumeux taux d’échec des premières années de l’université alors que ce taux est largement positif pour les étudiants arrivant avec un bac général.

Avant de penser la sélection à l’université, serait-il possible de reprendre le sujet à son point de départ ? De penser le problème dans sa globalité et non du petit bout de la lorgnette unversitaire ? Est-ce trop demander de prendre également en considération une certaine volonté politique de perpétuer un système scolaire, qui, fonctionne toujours selon une logique sociale sélective, malgré les discours mythologiques sur l’égalité ? Un enfant de « X » doit être orienté vers la filière « y ». Le conservatisme social n’a jamais disparu de l’Education nationale. Oserai-je faire référence aux « Déracinés » de Barrès ? Non, bien sûr, ce serait excessif …