A la Une 29/05/2007 à 18h06

Des habitants de cités mobilisés contre les démolitions Borloo

Cédric Morin | Miroir Social


La cité de la Coudraie, à Poissy (DR)

Depuis quelques mois, la cité de la Coudraie, à Poissy (Yvelines), a tout du village gaulois assiégé. Construite dans les années 60 pour les cadres des usines Peugeot, elle compte 608 logements aux deux tiers vides et condamnés. Les autres sont occupés par 150 familles qui refusent de quitter un quartier verdoyant et des bâtiments de qualité pour des logements plus chers, excentrés et dans un environnement dégradé.

« La mairie prétend vouloir construire un hôpital, mais c’est un prétexte. Tout autour, les projets immobiliers de luxe se multiplient. Et si la cité se détériore, c’est faute d’entretien. Nous payons pourtant toujours des charges, mais les parties communes ne sont plus entretenues. Pour finir de nous étouffer, la mairie va fermer l’école pourtant fraîchement rénovée », explique Mohamed Bouznada, le président de l’amicale des locataires de la Coudraie.

Une coordination nationale anti-démolition

La cité ne fait pas encore partie des 400 quartiers concernés par le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo, lancé en 2002. Son dossier est en cours d’instruction par l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), chargée d’encadrer la réhabilitation ou la destruction de 200 000 logements sociaux. Le projet prévoit la destruction totale de ce quartier réputé calme et peu dégradé, ce qui explique qu’il soit devenu l’un des symboles de l’opposition au plan Borloo. L’amicale des locataires compte ainsi parmi les quatre fondateurs de la Coordination des collectifs anti-démolition d’Ile-de-France, créée en 2005.


Cette coordination fédère aujourd’hui les amicales de 27 des 51 quartiers concernés par le plan de cohésion sociale. Elle vient d’embaucher un coordinateur pour soutenir son développement à l’échelle nationale. « Nous sommes en train de construire un réseau et les informations que nous recueillons vont toutes dans le même sens : en général, les locataires y perdent au change », explique Mohamed Ragoubi, porte-parole de la Coordination, conducteur de travaux et habitant de la cité de la Coudraie.

Urbaniste, sociologue et enseignante à l’école d’architecture de Paris-La Villette, Agnès Deboulet a initié avec des élèves un contre-projet pour sauver de la destruction la cité de la Coudraie. Si elle reconnaît que les opérations de réhabilitation-destruction ont été approuvées par 90% des habitants concernés, dans un sondage CSA réalisé en février, elle émet trois réserves sérieuses.

D’abord, les résistances collectives aux mesures de relogement sont nombreuses, et les populations ne sont pas associées en amont. Ensuite, le principe d’un appartement reconstruit pour un démoli ne semble pas toujours respecté, et il l’est très rarement à l’échelle d’une commune. Enfin, un des effets pervers du dispositif est de créer des plus-values foncières, qui posent problème : « Rien n’empêche les bailleurs et les municipalités de laisser se dégrader un patrimoine, pour s’appuyer ensuite sur les mesures du plan de cohésion sociale pour changer de population. »

Des relogements problématiques

Banderoles sur les façades, manifestation, occupation, boycott, concerts, conception d’un contre-projet... A Poissy comme ailleurs, les amicales de locataires multiplient les actions dans un combat de longue haleine, où chacun a beaucoup à perdre. A la cité de la Daunière, aux Ulis, deux immeubles sur sept devaient être détruits avant la fin 2006, pour élargir le centre-ville d’une commune qui compte 52% de HLM.

Néanmoins, depuis quatre ans, la pugnacité des locataires –qui représentent 48 familles sur les 153 concernées–, a permis d’obtenir du bailleur, les 3F, que tous les relogements dans son parc se fassent sans augmentation de loyer. « Le problème c’est qu’il y a peu de propositions. Par exemple, un voisin qui a accepté un relogement sur quatre départements et qui attend depuis dix-huit mois. C’est impossible souvent de se loger ailleurs, car les habitants étaient à la Daunière depuis vingt ans avec des loyers de 350€ pour un F5 et on leur propose pour la même surface des montants de 650 à 850€ », explique Gaston Grandière, président de l’amicale de la Daunière.

Les collectifs de locataires s’insurgent aussi contre la violence de la mise en œuvre des mesures. Aux Ulis, les habitants ont appris la destruction de leur immeuble par une affichette dans le hall. Aux Mureaux, c’était par le biais d’une délibération du conseil municipal. A Poissy, c’est un article de presse qui a alerté les habitants, tandis que le journal municipal multipliait les articles sur la délinquance dans le quartier, que ses habitants réfutent.

« Depuis qu’une partie des bâtiments sont condamnés, des bandes viennent en toute impunité faire du trafic, mais ce n’était pas le cas avant. Le maire a accepté une seule fois de s’entretenir avec nous sur la destruction du quartier, dans une réunion publique où il nous a expliqué que nous devions partir et que si nous ne comprenions pas, il pouvait faire venir un interprète », explique un des membres de l’amicale des locataires de la cité de la Coudraie.


Pas d’égalité de traitement d’une ville à l’autre

Face à la mobilisation des habitants, les réactions des bailleurs et des municipalités sont très différentes. Ainsi, aux Mureaux, les habitants n’ont pas obtenu des relogements sans augmentation de loyer. Depuis 2005, un collectif fédère trois amicales, celles de la cité de la Vigne blanche, de la cité Renault et de Bècheville. Au total, plus d’un millier d’appartements devraient être détruits et seulement 550 reconstruits.

Aux Mureaux, le projet prévoit principalement de construire des petites copropriétés d’ici 2011. Néanmoins faute de dialogue et de solution équitable pour les habitants, il pourrait prendre beaucoup de retard et remettre le collectif Les Enfants de don Quichotte sur le devant de la scène. Ces derniers ont ouvert il y a un mois un appartement condamné à la cité de la Vigne Blanche. Ces opérations de relogement sauvage devraient se multiplier. Obtenir l’implication des habitants dans les opérations de rénovation urbaine pourrait bien être la deuxième grande bataille du droit opposable au logement.

A lire :
A La Coudraie, des familles campent au pied de logements vides
Les associations demandent des relogements définitifs.

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  • Anonyme

    Vraiment chiant les pauvres, d’ailleurs, tous des tricheurs,
    des profiteurs...
    Vivement la construction de petits pavillons fleuris, avec de petits immeubles bien sécurisé–-> mais contre qui ? ben dés fois qu’ils reviendraient en force pour nous piquer le terrain sous la baraque ! sait-on jamais ?
    Il faut bien qu’on se protège aussi des mauvaises langues, nous les bourges, on a la conscience bien tranquille, on est propre sur nous..
    Nous les promoteurs, on fait dans le social, on délocalise plus loin et plus cher à très bon compte, on s’en met plein les fouilles sur le dos de tout le monde, vive l’insécurité sociale, vive le C4, la dynamite et les gogos à gogo, houpy !

  • Anonyme

    effectivement, le fameux plan Borloo n’est, peut etre pas un reussite si flagrante...
    surtout quand on le vit de l’interieur.
    a Epernay, par exemple, une autre ORU (Opération de Rénovation Urbaine) prevoit la destruction de 350 logements.
    au milieux d’un chantier evoquant parfois Ground Zero, les malchanceux locataires n’ayant pas ete reloge doivent « faire avec ».
    un Blog photo raconte au jours le jours l’avance de cette ORU sous un titre tres parlant :
    Lien (le petit journal de l’OREUR)

  • Anonyme

    Désormais, 3 « FRANCE“s cohabitent, et il n’est pas question de religion ni de couleur mais de distinction par les revenus.
    La France des ‘NANTIS’, la france des revenus ‘moyen +’ et la FRANCE des revenus modestes.
    Dans cette refonte des cadres de vie prévu par BORLOO, les ‘NANTIS’ ont décidé de supprimer le cadre de vie d’une partie de la FRANCE des revenus modestes...
    C’est odieux et les médias comme TF1, le FIGARO ...etc, ne risquent pas d’en parler.
    Je suis un français de la caste des revenu ‘Moyen +’, et je suis de tout coeur avec les collectifs de défense qui ne font que de défendre leur droit acquis pour habiter décemment à un emplacement ou quelques français de la caste des ‘NANTIS’ ont décidés de se faire de l’argent par le biais des spéculations immobilières !
    Français des 2 castes des ‘non NANTIS’ soyons plus solidaires dès que cela est possible. RESISTONS !
    Nous sommes tous des humains, et certains humains ne devraient pas traiter d’autres humains comme des CHIENS !

    Jean-Paul de NIORT

  • Anonyme

    Désormais, 3 « FRANCE“s cohabitent, et il n’est pas question de ségrégation par la religion ou la couleur de peau comme le martèlent les médias, mais de ségrégation par les revenus.
    La France est aujourd’hui composée de 3 castes : la caste des ‘NANTIS’, celle des ‘REVENUS MOYEN +’ et enfin celle des ‘REVENUS MODESTES’.
    Dans cette refonte des cadres de vie prévu par BORLOO, les ‘NANTIS’ ont décidé de supprimer le cadre de vie d’une partie de la FRANCE des ‘REVENUS MODESTES’...
    C’est odieux et les médias comme TF1, le FIGARO ...etc..., ne risquent pas d’en parler.
    Je suis un français de la caste des ‘REVENUS MOYEN +’, et je suis de tout coeur avec les collectifs de défense qui ne font que de défendre un de leur droits acquis. Ce droit acquis est en l’occurrence d’ habiter décemment à un emplacement où quelques français de la caste des ‘NANTIS’ ont décidés de se faire de l’argent par le biais des spéculations immobilières. Cette démarche ‘BORLOO’ se faisant sous le couvert d’élus municipaux qui laissent se détériorer ces lieux d’habitation en effectuant de la désinformation via TFI, le FIGARO ...etc... ! C’est devenus hélas une façon de faire très courante, hélas.
    Français des 2 castes des non ‘NANTIS’ soyons plus solidaires dès que cela est possible. RESISTONS !

    Jean-Paul de NIORT.

  • Anonyme

    On voit bien dans le sujet que le sujet de la Coudraie est particulièrement délicat car il met dans la balance le destin de familles, et la reconstruction d’un hôpital.

    • Anonyme

      Poissy dispose déjà d’un hospital sur le plateau de beauregard,le projet initiale est un centre commerciale,j’ai vécu à la coudraie le cadre est formidable