A la Une

Liban : qui se cache derrière le Fatah al-Islam ?

(De Tripoli) Qui est derrière le Fatah al-Islam, ce groupuscule salafiste-jihadiste retranché dans le camp palestinien de Nahr al-Bared toujours encerclé par l'armée libanaise au nord de Tripoli ? Une partie de la réponse se trouve dans les quartiers islamistes de la troisième ville du Liban. Autour de la mosquée Harba, dans le quartier de Bab-al Tébbané, ancien bastion du Tawhid, l'organisation islamiste qui avait du négocier sa reddition en 1986, date de l'entrée des troupes syriennes dans la ville, les barbus ont pignon sur rue.

C'est ici, à la sortie de la prière, que les services de renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI), la gendarmerie libanaise qui répond aux ordres du Premier ministre Fouad Siniora, ont cueilli Bilal Mahmoud, alias Abou Jandal, et l'ont abattu à bout portant. En dépit de son jeune age, Bilal Mahmoud, 24 ans, n'était pas un inconnu sur la scène islamiste libanaise. En janvier 2000, il avait participé aux combats entre des militants islamistes sunnites et l'armée libanaise dans les montagnes escarpées de Sir al-Dinnyé, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Tripoli. Arrêté puis condamné, il avait été amnistié par le parlement libanais, en 2005, à l'initiative de Saad Hariri, le fils du Premier ministre assassiné.

Selon la version officielle, Abou Jandal faisait partie du commando de Fatah-al Islam impliqué dans l'incident à l'origine de la crise qui secoue aujourd'hui le Liban : le hold-up d'une agence de la banque Méditerrannée à Amioun, une localité de la périphérie de Tripoli, dans la nuit du 19 au 20 mai. Pris en chasse par la police, lui et ses acolytes avaient trouvé refuge dans les étages du complexe résidentiel de Ruby Rose, au centre-ville, avant de se faire encercler par l'armée appelée en renfort. Plus chanceux que ses camarades, Abu Jandal avait pu s'enfuir et regagner son quartier de Bab al-Tebbané.

Immeubles pourris, rues défoncées et jonchées d'ordures, Bab al-Tebbané abrite une population grouillante et désoeuvrée, avec un nombre record de chômeurs non qualifiés. Au troisième étage d'un immeuble crasseux, la famille du « martyr » reçoit les condoléances. Les hommes sont partis à la mosquée. Revêtues du niqab noir qui voile l'intégralité du corps, y compris le visage, les femmes de la famille attendent les visites dans un apartement séparé. « Le gouvernement a agi comme les Juifs avec les Palestiniens, mon fils Bilal Mahmoud a été tué parce qu'il portait une barbe et qu'il allait à la mosquée », accuse Hana, une forte femme, assise sur un canapé au milieu de son clan. « J'ai eu douze enfants dont sept fils. J'ai peur que ceux qui me restent souffrent de l'injustice faite aux sunnites. Bilal avait passé six en prison, injustement condamné dans les évènements de Dinniyé. Depuis sa libération, il avait repris une vie normale et ne portait plus les armes. Il voulait se fiancer et on lui cherchait une femme ».

Dans le quartier, la famille est connue pour sa contribution à la cause fondamentaliste. Le fils ainé, lui aussi un ancien insurgé de Denniyé, a été tué en 2005, dans le camp palestinien d'Aïn el-Heloué, près de Saida, où il avait trouvé refuge. Le second s'est grièvement blessé, il y a un mois, en déclenchant la grenade qu'il portait sur lui quand il a été arrêté par les services de renseignement de l'armée.

« Bilal, c'était mon copain », raconte Ahmed, 32 ans. « C'est un crime. Quand ils lui ont tiré dessus, il était en train de boire un pepsi et de manger un sandwich. C'était un salafiin mais il n'avait rien à voir avec Fatah al-Islam. Dans sa famille, ils ont rarement du travail. Son père vend des pièces détachées d'occasion. Les salafistes lui donnaient ce qu'il voulait. S'il n'était pas pauvre, il n'aurait pas agit comme ça. Tout ça, c'est à à cause de la pauvreté ».

Bilal Mahmoud, alias Abou Jandal, le salafiste, a été enterré jeudi dernier dans le cimetière des martyrs de Tripoli, en même temps que deux soldats de l'armée libanaise, originaires du même quartier de Bab al-Tebbané. Les avis de décès sont collés sur les murs. Dans son bureau du quartier voisin de Abou Samra, cheikh Daï al-Islam al-Chahal, 47 ans, président de l'association salafiste al-hidayat wa al-ishan (Association de la Guidance et de la Bienfaisance) accuse les services de sécurité libanais d'avoir tué le militant islamiste « sans raison valable ».

Le Fatah al-Islam, électron libre, excroissance idéologique d'al-Qaeda ou groupuscule manipulé par Damas ou d'autres parrains, intérieurs (en particulier Saad Hariri, chef du Courant du futur et de la majorité parlementaire) ou extérieurs ? Probablement, un peu de tout cela à la fois. « Ce sont des gens qui veulent le jihad et qui refusent la situation très difficile des sunnites au Liban », explique doctement ce diplômé de l'université islamique de Médine en Arabie saoudite. Fils du cheikh Salem al-Chahal, premier représentant du courant salafiste au Nord-Liban, Daï al-Islam al-Chahal avait participé en 1980 à la constitution d'une milice islamiste, soupçonnée d'avoir dynamité des église du quartier de Zaharia à Tripoli pendant la guerre. En 1995, l'association, qui gérait cinq établissements d'enseignement de la religion au Liban et une radio, avait été dissoute par le gouvernement libanais pour « incitation au fanatisme communautaire ».

Après le départ des troupes syriennes en avril 2005, le cheikh a ouvert une école religieuse à Tripoli. « Les sunnites du Liban sont victimes de l'injustice depuis 1976, quand l'armée syrienne est entrée au Liban. Quand la Syrie a quitté le Liban en avril 2005, elle a laissé derrière elle une communauté sunnite divisée et marginalisée. Depuis cette date, les services de sécurité libanais travaillent au service des intérêts occidentaux et ils ont une vision négative de ces jeunes islamistes ». Le cheikh salafiste libanais connaît bien le camp de Nahr al-Bared où il entretient des relations étroites avec des prédicateurs comme le cheikh Ahmed, un Palestinien avec qui il a fait ses études en Arabie saoudite.

« S'ils sont à Nahr al-Bared, c'est qu'ils ont des liens avec la Syrie », répond en connaisseur le chef religieux. « Un très grand nombre d'entre eux y ont suivi une formation et un entraînement militaire. Avant le début des affrontements, cinq factions coexistaient à l'intérieur de ce groupe : Chaker al-Abssi, une sorte de primus inter pares, Abou Hourayra, le chef militaire, Abou Mediene, quelqu'un de très proche de la Syrie, Abou Yazan et Abou Talha. Les trois derniers sont morts. Certains d'entre eux voulaient sans doute prendre leurs distances vis à vis de la Syrie mais ils n'ont pas pu le faire, faute de trouver un véritable remplaçant. Peut-être que certaines personnalités libanaises leur ont donné de l'argent une ou deux fois, peut-être qu'ils ont cambriolé des banques… Ce qui est sûr, c'est qu'ils avaient besoin d'argent car ils ne bénéficiaient pas d'un financement régulier et indépendant ».

PRECISION le 29/5/07 à 15h00. Rima Tarabay, représentante en France du Courant du Futur, soutenant Saad Hariri, nous adresse la mise au point suivante : « le Député Saad Hariri, chef du courant du futur et de la majorité parlementaire, n'a eu et n'a aucun lien, contact, ou quelconque relation avec le groupe terroriste Fath el Islam. Les propos mentionnés dans cet article sont dépourvus de toute preuve et de tout fondement. »

11 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

  • Téléchargez votre photo sur votre page perso. Elle apparaitra à côté de vos réactions.
  • Merci de respecter la charte des commentaires, sans quoi nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
  • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
Portrait de Courageux anonyme

De

05H26 | 29/05/2007 | Permalien

Il est fascinant de voir ce qui se passe quand l'état disparait, c'est la loi des communautés, puis très rapidement la loi des sectes pour finir par la loi des bandes.
Comme il ne manquera pas de gens pour expliquer, la CIA ceci, Israel celà, moukhabarat toujours…
(bref le bla bla bla habituel),
je leur ferais remarquer qu'il s'agit de gangsters Libanais, pimentés d'espèces de rambos apatrides le tout badigeonné d'idéologie primaire façon fascisme islamique…
Pauvre Liban.

Portrait de Courageux anonyme

De

09H30 | 29/05/2007 | Permalien

Pour être aussi péremptoire vous devez avoir des informations de première main, être directeent sous le robinet. Malheureusement même « balancées » avec autant de certitude votre déclaration ne vaut rien, puisqu'elle ne s'appuie sur rien de concret. Que vous explication vous suffise, c'est une chose, mais qu'apporte-t-elle ? Rien. Des généralités, des élucubrations sans aucun fondement.

Portrait de Courageux anonyme

De Klaus

12H23 | 29/05/2007 | Permalien

Bien curieux ce jugement : « des gangsters libanais » associés à « des rambos apatrides'… Par quoi est-ce étayé ? Mystère. Vous vous êtes rendu sur place pour infiltrer la “bande” ? Au fait combien sont-ils ? 3, 8, 400 ? De quel armement disposent-ils ? Quelles sont leurs revendications ? Leurs buts ? Leurs moyens d'existence ?

Pourquoi un ancien du commando, Bassam al-Ashker, qui a détourné l » « Achille Lauro » en 85 est-il dans cette « bande » ?
Ce serait bien de nous éclairer.

Un peu de lecture ?
- La nébuleuse Fatah Al Islam - Seymour Hersh - 5 mars 2007 – New Yorker
- Entretien de Seymour Hersh avec Charles Goyette, pour AntiWar, le 13 mars 2007.
- Entretien du même sur CNN avec Hala Gorani (CNN)
- Franklin Lamb, Counter Punch, 24 mai 2007

Portrait de Courageux anonyme

De

18H16 | 29/05/2007 | Permalien

Ecoutez les Palestiniens, messieurs, qui plus est ceux du camp mème ou sévissent ces voyous.
Vous croyez vraiment que parce qu'on se balade en Keffieh avec une kalashnikov on est paré de toutes les vertus ?
Vous n'ètes pas étonné que personne dans les multiples factions Libanaises ne prenne parti en leur faveur ?
Quid du silence assourdissant du Hezbollah ?

Portrait de Courageux anonyme

De Klaus

19H21 | 29/05/2007 | Permalien

Ah ! « voyous » maintenant, décidément vous avez des infos ! Donnez nous les liens qui vous permettent des jugements aussi fermes.

Pour le Hizbollah, vous avez du rater le discours de Nasrallah dans lequel il déclarait :
« Il n'est pas justifiable d'attaquer les forces armées libanaises
Pas plus qu'il n'est acceptable d'envahir les camps palestiniens.
Il faut trouver une solution négociée… »

Vous noterez le bel effort d'apaisement pour un chi'ite envers des sunnites.

Portrait de Courageux anonyme

De

06H11 | 30/05/2007 | Permalien

Ce que je note surtout, c'est que l'enturbanné de service se garde bien de prendre parti en renvoyant dos à dos les deux protagonistes…
Par ailleurs, je pense que Mr Nasrallah serait bien avisé de ne pas parler en lieu et place des organisations Palestiniennes.
N'y avait-il pas un cambriolage de banque à l'origine ?
Ceci n'expliquerait-il pas cette timidité ?

Portrait de Sophia

De Sophia

12H26 | 29/05/2007 | Permalien

Je n'ai jamais lu une analyse aussi mal informée de ce groupe. Il suffit de S'attarder à votre dernière source pour comprendre le biais (''explique doctement ce diplômé de l'université islamique de Médine en Arabie saoudite'').
''La situation très difficile des sunnites au Liban », laissez moi rigoler. Il ya de la pauvreté au LIban mais elle ne touche pas aprticulièrement les sunnites. Tripoli ets es sunnites ont voté 100% pour Hariri en 2005. Sans Tripoli, la coalition au gouvernment maintenant n,existerait pas. Ils ont même voté pour Samir Gea'gea le chef des forces Libanaises contre lesquelles ils se sont battus pendant la guerre civile, tout simplement parce que Hariri le leur a demandé.
Lisez plutôt ces sources :
http://lespolitiques.blogspot.com/2007/05/inside-north-lebanons-turmoil….
http://mounadil.blogspot.com/2007/05/entretien-avec-larabe-en-colre.html

Question de politique étrangère Rue89 me déçoit un peu. je crois que vous devez vous cantonner à la politique intérieure.

Portrait de Sophia

De Sophia

12H48 | 29/05/2007 | Permalien

Sulayman Frangié, qui s,est battu électoralement contre la coalition Hariri dans le nord et qui a perdu toute sa famille quand il était enfant assassinés par l'ancien chef et crminel de guerre reçu par Jacques Chirac, Samir Gea'gea, et qui est du nord du Liban, a déclaré aux caméras de télévision que Abu Jandal était aux ordres de Hariri.
http://angryarab.blogspot.com/2007/05/sulayman-franjiyyah-made-good-poin…

Portrait de Courageux anonyme

à Sophia Portrait de Sophia De

18H18 | 29/05/2007 | Permalien

La notion de criminel de guerre dans une guerre civile est un petit métaphysique ! ! !

Portrait de Sophia

De Sophia

12H55 | 29/05/2007 | Permalien

Les Séoudiens sympathiques à Al Qaida. Il ne faut jamis les prendre comme source comme vous l'avez fait pour cet article.
http://angryarab.blogspot.com/2007/05/everybody-in-arab-world-and-in-wes…

Portrait de Courageux anonyme

De

16H46 | 29/05/2007 | Permalien

Ce titre « Qui se cache derrière le Fatah al-Islam ? » est survendeur. En fait, on en apprend plus dans les commentaires que dans l'article !

Ici par exemple : http://tokborni.blogspot.com/

On y apprend entre autres que :

-« Le gouvernement [libanais], dans le but de contrer l'influence du Hezbollah au Liban(…) serait en train de secrètement financer des groupes tels que le Fatah al-Islam » (ITW de CNN)

-« Fatah al Islam [regrouperait] 60 Saoudiens, 20 Algériens, 10 Jordaniens, 30 Afghans, 12 Palestiniens » (Palestine for Us)

-Le clan Hariri a financé, dans le passé, Fatah al-Islam…

Certes, il y a le conditionnel. Mais je ne doute pas que votre correspondant explorera ces nouvelles pistes. Je suis dans l'attente de son complément d'enquête.

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code