Philip Short s'est fait une spécialité : écrire la biographie de dictateurs. Après Mao, voici donc Pol Pot, l'un des grands meurtriers du XX° siècle, responsable de l'élimination de plus d'un million de Cambodgiens (sur sept millions à l'époque) au nom d'une idéologie révolutionnaire. Pol Pot voulait nettoyer le pays pour faire émerger un « homme nouveau » ; il a semé le meurtre et la barbarie sur le sol cambodgien.
L'action des khmers rouges reste l'un des grands mystères du XX° siècle. Comment ce mouvement communiste a-t-il pu connaître une telle dérive éradicatrice sans que personne ou presque n'en prenne conscience à l'extérieur -Libé et le Monde n'avaient-ils pas titré sur la « libération » de Phnom Penh ,lors de la victoire khmer rouge en 1975 ? Et bien sûr, le mystère reste entier sur ce qui, dans la nature humaine, permet d'aller aussi loin dans l'horreur…
En 600 pages intitulées « Anatomie d'un cauchemar », Philip Short, un ancien journaliste de la BBC en poste à Paris, Pékin et Tokyo, tente de comprendre l'énigme de la folie meurtrière de Pol Pot, militant révolutionnaire formé … en France. Pour y parvenir, cet enquêteur tenace et méticuleux a travaillé pendant quatre ans, interviewant des centaines de personnes dont plusieurs de ses proches. Le résultat est époustouflant, et se lit comme une leçon d'histoire passionnante, la grande comme la petite. Philip Short explique comment il a procédé.
Philip Short est sans doute allé aussi loin que possible pour refaire l'itinéraire de Pol Pot, de son enfance à sa mort, en passant par les années secrètes sur lesquelles on ne savait pas grand chose sur cet homme resté longtemps dans l'ombre.
Ce livre sort au moment où un Tribunal international se met péniblement en marche pour tenter de juger les dirigeants khmers rouges encore en vie. Des juges de l'ONU sont au Cambodge depuis près d'un an, et la procédure suit lentement son cours, dans des conditions qui risquent fort d'enlever toute son exemplarité à ce procès, s'il a lieu un jour.
Un processus voulu surtout par les puissances étrangères, souligne Philip Short : par les Etats-Unis, qui ont eu une lourde responsabilité historique dans la guerre du Cambodge qui a permis aux khmers rouges de parvenir au pouvoir ; par le Japon, puissance asiatique influente. Les Cambodgiens, pour leur part, semblent moins pressés. L'explication de Philip Short sur cette ambiguité cambodgienne.
Pol Pot est mort en 1998, et les principaux dirigeants de son mouvement encore en vie sont très âgés : Kieu Samphan a 76 ans, Ieng Sary, 81 ans, Nuon Chea, 82 ans, Douch, le chef du centre de torture de Phnom Penh, rendu « célèbre » par le formidable documentaire « S21 » de Rithy Panh, en a 65. Dans ce Cambodge au rapport si complexe avec sa propre mémoire, faut-il pousser aujourd'hui à juger ces hommes ? La réponse de Philip Short.
Mao et Pol Pot derrière lui, vers qui Philip Short tourne-t-il son regard inquisiteur ? La réponse devrait faire frémir les lecteurs de Rue89 : François Mitterrand.
► Pol Pot, anatomie d'un cauchemar, de Philip Short - traduit de l'anglais par Odile Demange - Denoël, 608 p., 32 €.
























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De
11H07 | 26/05/2007 |
Pol Pot était-il idéaliste ?
En octobre 1980, mon compagnon de route et ami Claude Roy (1915-1997) notait dans son journal une remarque intéressante au sujet des grandes Idées auxquelles se chauffent les Idéalistes.
« Pour la victime “individuelle”, il n'y a évidemment aucune différence entre mourir sous les coups d'un truand qui tire une balle dans la nuque de trois caissiers de supermarché pour emporter sans risques la caisse, et mourir sous les coups d'un idéaliste fanatique en train de “construire le socialisme”. D'un point de vue général, il y a tout de même une différence. Le truand ne se présente pas en sauveur de l'humanité, et ne pratique le meurtre que sur une échelle artisanale. L'idéaliste a sa conscience pour lui, il tue en masse, et il lui arrive même d'avoir pour défenseur ou pour avocats de “grandes consciences” qui disputaillent sur le chiffre des morts ou plaident les circonstances atténuantes. Jacques Mesrine ne croyait pas “bien faire” ; mais Pol Pot, oui. »
[Source : Roy, « Permis de séjour » (1977-1982) ; Gallimard, 1983, p. 180-181.]
De Sexus Empiricus
11H28 | 26/05/2007 |
De Claude Roy, aussi, on aurait pu rappeler - dans le carnet de Chine de l'été 1979 - ces remarques assez suggestives sur les nombreux malaises de la civilisation.
« Les Chinois. Peuple admirable. Malin. Subtil. Courageux. Patient. Suprêmement civilisé. Comme de tous les peuples, on peut en faire une horde féroce. Il suffit d'une bonne technique de manipulation des masses, d'une police efficace, d'une propagande grossière mais bien martelée. On fait passer les Allemands de Beethoven et Schubert à Hitler et Eichmann ; les Russes de Tolstoï et Tchekhov à Iejov et Beria ; les Chinois de Lu Xin à Mao. Si Doriot avait pris le pouvoir en France et Oswald Mosley en Angleterre, on aurait peut-être vu une proportion impressionnante de Français et d'Anglais se transformer en chiens.
Faut-il désespérer pourtant ? Quand une éducation humaine a marqué assez longtemps et assez profondément un peuple, il peut échapper à la tentation de la sauvagerie d'État. Même fasciste, l'Italie reste relativement tolérante et débonnaire. La Hollande et le Danemark occupés donnent l'exemple d'une tenue collective admirable. »
[Même source : p. 99-100]
De Chamfort
11H10 | 26/05/2007 |
Quand vous écrivez « Et bien sûr, le mystère reste entier sur ce qui, dans la nature humaine, permet d'aller aussi loin dans l'horreur… » il y a quelques livres qui apportent des jours intéressants sur cette anormalité courante : le meurtre de masse.
LES MEDECINS NAZIS (le meurtre médical et la psychologie du génocide) - Robert Jay Lifton - ed. Robert Laffont 1989. Un médecin / psychologue / juif / américain interroge médecins nazis des camps et déportés survivants. La phrase clé d'un survivant « ce qu'il y a de démoniaque c'est qu'ils n'étaient pas démoniaques » : bons bourgeois éduqués, bons pères, bons maris, bons citoyens, bon professeurs de médecines… ces gens normaux ont été les organisateurs / acteurs du meurtre de masse des camps.
Il faudrait rééditer ce livre qu'on ne trouve plus qu'en occasion.
LES BOURREAUX VOLONTAIRES DE HITLER - Goldhagen - ed ? - comment des simples flics de ville, ni particulièrement idéologues ni entrainés dans la dure loi SS ont fort bien accompli leur rôle de massacreur des juifs d'Ukraine dans les Einsatzgruppen. Ils amenaient même leurs épouses, le seul reproche adressé à l'un d'eux par ses camarades fut d'avoir montré une éxécution de village à sa femme alors qu'elle « était enceinte » ! ! !
De a.guillaume
13H27 | 26/05/2007 |
c'est l'homme !
blague a part c'est quand même en france patrie des lumières et des idées sociales avançées où sont venus s'abreuver les marxistes asiatiques pour appliquer sans une once de modulation sur le terrain des rizières ,la société d'abondance a la lueur a l'époque dejà pâlie des chimères lunatiques du marxisme ,croyant qu'en supprimant les intellectuels on allait regenerer l'homme du peuple enfin eclairé !
aneries mecaniques,pensée rhinocéros !
le plus amer dans cette dinguerie collective
c'est le soutien du think tank de la gauche francais a cette vaste connerie.
Sans se balancer les millions de cadavres a la figure
il me semble qu'avec les nazis c'était plus franc de collier.Tout était planifié dans mein kampf,on allait dezinguer pour le bonheur de la race aryenne.
Là on a détruit au nom du bonheur universel a l'aune des becanes rouillées du leninisme avec franche foi…
Quant a la repentance et au jugement des crimes contre l'humnité là,il y a eu grande mansuétude…on regardait a côté ou on piquait du nez dans l'anisette…
Je me souviens d'avoir manifesté lors du coup d'état de Pinochet avec toute la gauche revolutionnaire…un an plus tard a la decouverte des charniers cambodgiens,c'est curieux,il n'y avait personne dans la rue…
indignation selective et fin de mon engagement
De neubauten
libraire | 13H58 | 26/05/2007 |
A ce propos LES BOURREAUX VOLONTAIRES DE HITLER vous pouvez le trouver dans la collection points.
ou sinon je pense aussi à un autre titre sur un sujet quasiment similaire sur la fanatisme des masses.
c'est le livre de Eric Johnson :
-LA TERREUR NAZIE ,la gestapo ,les juifs et les allemands ordinaires.
ce livre est l'antithese du livre de Goldhagen qui fait de chaque allemand un » bourreau volontaire »
il se fonde beaucoup sur le travail de Hanna ARENDT sur les modéles totalitaires.
ils nous explique entre autres que les rouages de la justice et de la répression mise en place donna un sentiment transgressif à tout un peuple qui se donna la liberté de ce faire juge et bourreaux sans qu'il n'y est concertation avec une hierarchie aussi organisé et feroce que l'était la gestapo. bref la terreur c'est une affaire personnel avec son sentiement parfois tres ambiguie de ce donner justice et aussi d'apprécier le sentiment de culpabilite que peux donner d'avoir autant de pouvoir mise à disposition.
autre titre indispensable pour compendre les mécanismes totalitaires :
Masses et puissance deElias CANETTI que vous pouvez trouvez dans la collection tel chez gallimard.
canetti confronte fascime,terreur, pyschanalyse et anthropologie.
très érudit mais passionant.
et pour finir il ne faut cessez de lire et relire « discours sur la servitude volontaire » de LA BOETIE. intemporel,et indemodable.
au sinon je fais parenthese pour pierre haski je suis tout à fait disponible
pour faire des propositions bibliographique quand le sujet le nécessite.
ce sera avec le plus grand plaisir.
à neubauten
De Chamfort
20H42 | 26/05/2007 |
pour autant que je me remémore le Goldhagen, il ne dit pas que chaque allemand était volontaire mais que ceux en situation d'être bourreaux ont globalement fait ce qu'il voyait comme leur devoir. L'ensemble du système admin / médical / école / transport s'étant mis au service d'une « mission » pour sauver le peuple allemand, la plupart ont suivi. Ceux qui refusaient pouvait le faire en argant qu'il ne se sentaient pas à la hauteur de la mission, cela passait alors qu'il aurait été impossible d'invoquer des convictions humanitaires.
« la folie est rare chez les hommes, elle est de règle à certaines époques chez certains peuples » - Nietszche - par delà le bien et le mal.
De icare
Peut ont faire confiance a un Journ... | 04H01 | 27/05/2007 |
La période du colonialisme français au Cambodge ou au Vietnam, n'ont telle pas une responsabilité ?
De
14H35 | 27/05/2007 |
Le documentaire est dispo sur Google Video en 2 parties :
http://video.google.com/videosearch ? q=The+Khmer+Rouge+Killing+Machine
De rigas
sociologue | 19H39 | 10/06/2007 |
Juste pour ceux qui ne connaissent pas deux références qui me semblent très complémentaires :
François Ponchaud. Cambodge année zéro (éditions Kailash, que je trouve vraiment intéressant car il est écrit simplement et pose les bonnes questions.
Francois Bizot. Le Portail. Paris, La Table Ronde (en poche : Folio Gallimard), qui est le récit de la prise de Phnom Penh, de la vie dans le parc de l'Ambassade France, la vie en tant que prisonnier, ses échanges avec Douch le torionnaire.
Sur l'après Pol-Pot, sur l'espoir gigantesque au moment de la reprise de la vie au Cambodge, un magnifique et long article de Amitav Gosh dans la revue de littérature anglaise Granta, auteur que j'ai découvert à cette occasion : http://rigas.ouvaton.org/ecrire/articles.php3 ? id_article=91
De Raphaël Zacharie de Izarra
17H25 | 25/06/2007 |
Pauvres gens qui vivez dans l'or et le crime mêlés, âmes noires dépourvues d'ailes, vous les paillards aux mains rougies, vous les médaillés qui vous glorifiez de vos méfaits, vous les barbares à peau d'ange, vous les fauves à la patte de velours, vous les chiens parés de dentelles, vous les hommes aux sourires de bêtes, vous les tortionnaires à l'abri des coups, vous les endimanchés pleins de fureur, vous qui assassinez avec d'infinies courtoisies, vous les grands malfaisants enfin qui sur terre répandez vice, horreur, excrément, tremblez !
Tremblez jusque dans les profondeurs infectes de vos os damnés. Vos crânes affreux se fracasseront dans l'abîme que vous avez creusé en vous-mêmes. Ils se désagrègeront sous le poids de vos ignominies.
Hommes durs à la peau tannée par le soleil du crime, héros des ténèbres au coeur d'acier, bandits au poing d'airain, loups au croc invincible, l'ironique mollesse sera votre héritage : vous serez vers et le remords éternel vous rongera. Lions sans loi, justiciers féroces des causes impies, vous qui avez blessé la femme et l'enfant, qui avez souillé le plus pur des autels, qui avez plongé le monde dans le noir, qui avez privé de leurs dernières étoiles le ciel des éplorés, vous serez puits de larmes : intarissables seront vos peines. Bourreaux, mercenaires, grands chefs de guerres et petits pions zélés serviteurs de l'ordure, fonctionnaires de la fange et comptables de la corruption, vous les assassins sans état d'âme, vous les horribles dotés de tous les pouvoirs terrestres, vous serez récompensés par une mer de sang, et ce sera le vôtre. Et cette étendue de souffrances que vous avez versée, jusqu'à la dernière goutte il vous la faudra boire à votre tour.
Tremblez, tremblez vous qui sur terre semez l'épine et le poison car vos tombes seront vastes comme des champs de ronces, lourdes comme des montagnes de boue. Tremblez car un jour, las de votre hideur vous supplierez pour que l'on arrache les chardons de vos âmes. Tremblez car la rédemption coûtera cher !
Injustes qui aujourd'hui riez de vos crimes, demain vos victimes vous pardonneront.
Et leur pardon sera votre enfer.
Raphaël Zacharie de Izarra