Mexique : la drôle de lutte antidrogues du président Calderon
C’est à un drôle de jeu que se livrent ces derniers mois les autorités mexicaines dans la lutte contre le narcotrafic. Officiellement, le nouveau président, Felipe Calderon, a lancé à son arrivée au pouvoir à l’automne une guerre totale contre les cartels, s’appuyant non plus sur la police, accusée de corruption, mais sur l’armée. Depuis, les opérations-choc se succèdent, et plus de 1 400 personnes ont été arrêtées. Pourtant sur le terrain, c’est une autre histoire.
L’éradication aérienne des cultures, clef du dispositif de lutte contre le trafic, a été totalement interrompue pendant quatre mois, en pleine saison de récolte du pavot, dont le Mexique est un important producteur. Explication : le 28 novembre dernier, les 400 employés de la Direction spécialisée de la PGR (Procuradoria general de la Républica, ministère de la Justice) et leurs superviseurs, dont certains spécialisés dans la lutte antidrogues depuis près de trente ans, ont soudain été sommés de cesser toute activité. Depuis, ils se contentent de pointer le matin et observent, médusés, les méthodes de travail de l’armée censée les supplanter.
Alors même que celle-ci n’a repris les vols d’éradication que début avril, après plusieurs mois de travail au sol, le dernier bilan semestriel publié le 13 mai par le ministère de la Défense fait apparaître des saisies record, mais aussi la destruction de 110 000 plantations de pavot et de marijuana. Soit cinq fois plus que ce qu’accomplissait jadis la Direction générale de l’éradication (DGE) en un an.
« Matériellement impossible », s’insurge Jeronimo Morales Olivares, 53 ans, membre de la DGE depuis vingt ans, et qui évoque pudiquement, lors d’une interview téléphonique, une possible « erreur de chiffres ». « Pour détruire des cultures avec du Paraquat, l’herbicide que nous utilisons, il faut raser le sol en hélicoptère, voire voler en stand-by, dans des zones presque toujours escarpées et difficiles d’accès à pied. Seuls des pilotes avec une formation spéciale et au moins 4000 heures de vol peuvent y parvenir. Or les militaires en ont entre 75 et 350 à peine. Hélas, personne ne vérifie ce que raconte l’armée ».
Un jeune pilote de la DGE, Claudio Aguilar Enriquez, intrigué, a voulu juger par lui-même. Il a accepté de passer quinze jours avec l’armée de l’air en avril en mission à Sinaloa, et raconte à Rue89 : « C’est tout simplement effroyable. Ils n’ont aucune préparation, ni matériel, pas même de gilet pare-balles. Il leur faudrait huit à dix ans pour être au niveau requis. Et certains, dégoûtés, menacent déjà de déserter. » Impossible aussi, selon lui, de prétendre procéder à la destruction des plants par voie terrestre : « En hélico, tu fumigènes un matin, et trois jours après tu repasses : ils ont déjà replanté. Alors à pied... ».
Pendant ce temps, les pilotes et chercheurs de la DGE doivent pointer tous les matins à 9heures, mais n’ont plus accès à leurs bureaux. Les salaires continuent à tomber chaque mois, mais il ne s’est trouvé personne pour défendre leur cause : pour la population, PGR égale « judiciales », ces flics dangereux dont le code moral vaut tout juste celui des cartels. Une sale réputation qui rejaillit sur les experts de l’eradication, qui assistent, impuissants, à ce qu’ils appellent un « vrai gâchis ». « L’hiver, explique Jeronimo, c’est la période de pousse et de récolte du pavot. Cette année, nous savons pertinemment que personne ne s’est attaqué à ces plantations. » D’après lui et ses collègues, 5000 ha auraient ainsi été épargnés. De quoi produire 350 millions de doses d’héroïne, plus d’un milliard d’euros à la revente. De mémoire de narco mexicain, 2007, loin d’être l’année de tous les dangers, serait plutôt un cru exceptionnel.
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Une dépêche AFP du 19.09.05 | 23h57 :
« L’Eglise purifie les narcopesos qu’elle reçoit en aumône (évêque mexicain)
L’évêque de la ville mexicaine d’Aguascalientes, Ramon Godinez Flores, a déclaré lundi que l’Eglise n’avait pas à enquêter sur l’origine des donations faites et que si des “narcopesos” étaient donnés en aumône, cet argent serait ainsi “purifié”. Interrogé lors d’une conférence de presse pour savoir si l’Eglise devait accepter ou pas les dons des trafiquants de drogue, l’évêque a répondu : “Quelle que soit la personne qui donne aumône, je la reçois et je dis merci (...) Rien ne me dit que c’est de l’argent sale (...) L’argent peut être purifié si l’intention de la personne est bonne”. “Ce n’est pas parce que l’argent est sale qu’il faut le brûler, il vaut mieux le transformer, tout argent peut être transformé, comme une personne corrompue peut changer”, affirme-t-il. “Ce n’est pas à nous d’enquêter sur l’origine de l’argent, ajoute Mgr Godinez Flores. Nous suivons l’exemple du seigneur. Quand cette femme (Marie Madeleine, ndlr) lui a lavé les pieds avec un parfum coûteux, Jesus ne lui a pas demandé : ’Où as-tu acheté ce parfum, d’où vient l’argent ? ’ Non, il a accepté simplement le don”. Les trafiquants de drogue mexicains sont réputés pour leur générosité envers l’Eglise, dont l’attitude vis à vis du trafic de drogue est parfois équivoque. »
Commentaire : ça se passe comment en colombie ?




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