A la une 23/05/2007 à 18h24

Mexique : la drôle de lutte antidrogues du président Calderon



Opération d’épandage aérien la marijuana, au Mexique (DR)

C’est à un drôle de jeu que se livrent ces derniers mois les autorités mexicaines dans la lutte contre le narcotrafic. Officiellement, le nouveau président, Felipe Calderon, a lancé à son arrivée au pouvoir à l’automne une guerre totale contre les cartels, s’appuyant non plus sur la police, accusée de corruption, mais sur l’armée. Depuis, les opérations-choc se succèdent, et plus de 1 400 personnes ont été arrêtées. Pourtant sur le terrain, c’est une autre histoire.

L’éradication aérienne des cultures, clef du dispositif de lutte contre le trafic, a été totalement interrompue pendant quatre mois, en pleine saison de récolte du pavot, dont le Mexique est un important producteur. Explication : le 28 novembre dernier, les 400 employés de la Direction spécialisée de la PGR (Procuradoria general de la Républica, ministère de la Justice) et leurs superviseurs, dont certains spécialisés dans la lutte antidrogues depuis près de trente ans, ont soudain été sommés de cesser toute activité. Depuis, ils se contentent de pointer le matin et observent, médusés, les méthodes de travail de l’armée censée les supplanter.

Alors même que celle-ci n’a repris les vols d’éradication que début avril, après plusieurs mois de travail au sol, le dernier bilan semestriel publié le 13 mai par le ministère de la Défense fait apparaître des saisies record, mais aussi la destruction de 110 000 plantations de pavot et de marijuana. Soit cinq fois plus que ce qu’accomplissait jadis la Direction générale de l’éradication (DGE) en un an.

« Matériellement impossible », s’insurge Jeronimo Morales Olivares, 53 ans, membre de la DGE depuis vingt ans, et qui évoque pudiquement, lors d’une interview téléphonique, une possible « erreur de chiffres ». « Pour détruire des cultures avec du Paraquat, l’herbicide que nous utilisons, il faut raser le sol en hélicoptère, voire voler en stand-by, dans des zones presque toujours escarpées et difficiles d’accès à pied. Seuls des pilotes avec une formation spéciale et au moins 4000 heures de vol peuvent y parvenir. Or les militaires en ont entre 75 et 350 à peine. Hélas, personne ne vérifie ce que raconte l’armée ».

Un jeune pilote de la DGE, Claudio Aguilar Enriquez, intrigué, a voulu juger par lui-même. Il a accepté de passer quinze jours avec l’armée de l’air en avril en mission à Sinaloa, et raconte à Rue89 : « C’est tout simplement effroyable. Ils n’ont aucune préparation, ni matériel, pas même de gilet pare-balles. Il leur faudrait huit à dix ans pour être au niveau requis. Et certains, dégoûtés, menacent déjà de déserter. » Impossible aussi, selon lui, de prétendre procéder à la destruction des plants par voie terrestre : « En hélico, tu fumigènes un matin, et trois jours après tu repasses : ils ont déjà replanté. Alors à pied... ».

Pendant ce temps, les pilotes et chercheurs de la DGE doivent pointer tous les matins à 9heures, mais n’ont plus accès à leurs bureaux. Les salaires continuent à tomber chaque mois, mais il ne s’est trouvé personne pour défendre leur cause : pour la population, PGR égale « judiciales », ces flics dangereux dont le code moral vaut tout juste celui des cartels. Une sale réputation qui rejaillit sur les experts de l’eradication, qui assistent, impuissants, à ce qu’ils appellent un « vrai gâchis ». « L’hiver, explique Jeronimo, c’est la période de pousse et de récolte du pavot. Cette année, nous savons pertinemment que personne ne s’est attaqué à ces plantations. » D’après lui et ses collègues, 5000 ha auraient ainsi été épargnés. De quoi produire 350 millions de doses d’héroïne, plus d’un milliard d’euros à la revente. De mémoire de narco mexicain, 2007, loin d’être l’année de tous les dangers, serait plutôt un cru exceptionnel.

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  • Anonyme

    Une dépêche AFP du 19.09.05 | 23h57 :

    « L’Eglise purifie les narcopesos qu’elle reçoit en aumône (évêque mexicain)

    L’évêque de la ville mexicaine d’Aguascalientes, Ramon Godinez Flores, a déclaré lundi que l’Eglise n’avait pas à enquêter sur l’origine des donations faites et que si des “narcopesos” étaient donnés en aumône, cet argent serait ainsi “purifié”. Interrogé lors d’une conférence de presse pour savoir si l’Eglise devait accepter ou pas les dons des trafiquants de drogue, l’évêque a répondu : “Quelle que soit la personne qui donne aumône, je la reçois et je dis merci (...) Rien ne me dit que c’est de l’argent sale (...) L’argent peut être purifié si l’intention de la personne est bonne”. “Ce n’est pas parce que l’argent est sale qu’il faut le brûler, il vaut mieux le transformer, tout argent peut être transformé, comme une personne corrompue peut changer”, affirme-t-il. “Ce n’est pas à nous d’enquêter sur l’origine de l’argent, ajoute Mgr Godinez Flores. Nous suivons l’exemple du seigneur. Quand cette femme (Marie Madeleine, ndlr) lui a lavé les pieds avec un parfum coûteux, Jesus ne lui a pas demandé : ’Où as-tu acheté ce parfum, d’où vient l’argent ? ’ Non, il a accepté simplement le don”. Les trafiquants de drogue mexicains sont réputés pour leur générosité envers l’Eglise, dont l’attitude vis à vis du trafic de drogue est parfois équivoque. »

    Commentaire : ça se passe comment en colombie ?

    • Anonyme

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      Ce monsieur Tonio habite en Colombie. Vous pouvez lui poser la question.

  • Anonyme

    La seule lutte possible contre la production et la commercialisation des produits stupéfiants passera par une collaboration des forces de police à échelle internationale.
    Les coups de fouets ponctuels tels que le fait évoqué ci-dessus ne sont que médiatiques et ne contrecarrent en rien les plans de cartels plus riches que certains états !

  • Anonyme

    Expatrié au Mexique dans une région plutot calme, je constate tous les jours malheureusement que partout ailleurs la sale guerre qui a commencé il y a quelques mois est en train de prendre des proportions inquiétantes.

    Un point manquant dans votre article est que pratiquement tous les jours, en plus des opérations de l’armée dans le Nord, le Michoacan, Veracruz, il y a des assassinats au sein des forces de l’ordre, et entre cartels. En particulier a Monterrey, la grande métropole du Nord, plusieurs responsables de la police ont été abattus. En plein Mexico il y a quelques jours, un haut responsable de la lutte antidrogue a lui aussi été abattu. Selon le journal l’Universal, 450 membres des forces de l’ordre ont démissioné dans l’état du Nuevo Leon (Monterrey).

    Comme vous le faites, plusieurs observateurs locaux soulignent l’impréparation totale dans laquelle Calderon a lancé cette offensive : l’armée n’est pas préparée à ce genre de missions (qui ne permettent de capturer que du menu fretin) et manque d’une stratégie plus globale. De fait, comme votre témoin le laisse penser, il y a des défections, des soldats qui passent tout simplement dans les rangs des cartels. Les plus fameux de ceux-la sont les « Zetas » , d’anciens militaires tres bien formés (aux USA pour certains), aussi bien equipes que leurs anciens collegues et qui offrent leurs services au plus offrant.

    Un point que je crains fort est que, comme Monterrey est devenu un des points les plus chauds de cette guerre, et que c est par ailleurs la ville des grands industriels, on pourrait assister a une derive a la colombienne, s’il vient a l’idee de ces grands et riches industriels d’organiser des groupes paramilitaires pour « protéger » leurs intérêts...

  • Anonyme

    Qui est derrière le narco-bisnes ? , quelle quantité de dollars traîne dans l’affaire mondial, le plus rentable de l’ombre ? , je me rappelle comment ont étés finances les contras au Nicaragua et les armes en Iran ; aussi comme un gouvernement « révolutionnaire » ce lui de Ortega au Panama…
    Je n’ai pas aucun espoir, sur cette grande mascarade de lutte contre le narcotrafic, c’est un jeu dans lequel le terreur et le profit permet aux maîtres de l’argent de contrôler les économies instables de l’Amérique Latine…
    Donc pas de commentaires sur l’oligarchie...

  • Tophee
    Tophee
    en haut a gauche
    • Posté à 12h59 le 24/05/2007
    • Internaute 2159
      en haut a gauche

    N’est-ce pas une signe des temps. Pour un homme politique moderne, comme l’est notre president venere, le resultat importe peu, ce qui importe, c’est de metre en oeuvre des moyens spectaculaire.

    La gesticulation n’est pas l’action, mais pour le l’electeur de base, trompe par un presse partisanne, la difference est imperceptible.

    • Anonyme répond à Tophee

      Pauvre électeur, toujours trompé.

      En tant qu’électeur il faut aussi faire son autocritique et se dire qu’il y a des problèmes si complexes qu’ils ne pourront être résolu sans une prise de conscience et une prise de risque au niveau de chaque individu.

      Pour les cartels, souvent appelés un cancer de la société, comment passer d’un status quo accepté (par la force et par l’habitude) par tous à une société plus saine ?
      Il faut le volontarisme et l’habileté d’un politique certes, mais il faut que chaque individu fasse aussi son propre effort pour briser les chaînes de la fatalité.

      Rien ne me dit sur la seule base de cet article que les intentions de ce dirigeant sont de tromper l’opinion avec des gesticulations...
      Par contre, je crois savoir qu’Uribe n’est pas clair lorsqu’il légitime les paramilitaires...

  • Anonyme

    Et ça vous étonne ? Moi non...Tout le monde sait ou devrait savoir, que le traffic de drogue est organisé par les plus grandes nations du monde afin de faire fonctionné le commerce des armes, faire et défaire des pays ( via la corruption), et justifié les sommes folles allouées aux forces de polices de ces même grandes nations...
    Quand on sait que la production d’opium a explosée en afghanistan depuis que les americains y ont débarqué...Moi je ne me demande plus a qui profite le crime... Par contre, je me demande qu’est-ce qu’on attend pour tout légaliser ? Car j’ai en mémoire la prohibition contre l’alcool menée aux Etats-Unis dans les années trente et les effets pervers engendrée par celle-çi.Mais surtout, afin de dépassionné le débat sur la légalisation, n’oublions pas, qu’aucune Société, même la plus avancée soit elle, ne peut fonctionner sans drogue, légale ou illégale, et croire le contraire serait utopique à mon sens.

  • Anonyme

    Assez d’accord avec « tophee “. Vivant au Mexique, ça m’a bcp amusé de voir que 6 mois après les élections présidentielles locales, Sarkozy faisait exactement la même chose : ne parlant que de projet, de lutte, de réveiller l’économie.. il était le président de la sécurité, cadlderon était celui de l’emploi : le second a largement échoué, je donne peu de temps aux afficionados du premier pour s’apercevoir qu’ils en prennent le chemin ! Un jour - peut-être - les électeurs arrêteront de voter pour celui qui agitent les bras frénétiquement afin de faire croire qu’il peut voler et donneront leur confiance à quelqu’un qui sait de quoi il parle !

  • olivier p
    olivier p
    face à la mer
    • Posté à 00h47 le 29/05/2007
    • Internaute 625
      face à la mer

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    Mexique : Fermeture d’un quotidien après deux attaques de narcotrafiquants

    AFP | 25.05.07 | 18h37 

    Le quotidien Cambio Sonora, publié dans le nord-ouest du Mexique, a cessé de paraître vendredi à la suite de deux attaques commises, à un mois d’intervalle, probablement par des narcotrafiquants, a annoncé la direction du journal sur sa page internet. Le 17 avril, une bombe a explosé devant le siège du journal à Hermosillo, puis le 16 mai, lorsqu’une grenade à fragmentation a été lancée dans les locaux du quotidien. Les deux attaques n’ont fait que des dégâts matériels. “En cette période particulièrement dangereuse, je me vois dans l’obligation, pour le bien de tous, de prendre la douloureuse et difficile décision de fermer temporairement le journal Cambio Sonora”, a déclaré le patron du Groupe OEM, propriétaire du titre régional, Mario Vazquez Rana, dans une lettre aux salariés et aux lecteurs. Mario Vazquez Rana y explique avoir pris cette décision en vue de protéger “l’intégrité physique” de ses 250 employés, estimant que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies pour que Cambio Sonora poursuive ses activités. Le président du groupe OEM a dénoncé l’inaction des autorités de l’Etat de Sonora les accusant de n’avoir pris aucune mesure de sécurité pour garantir la protection du journal à la suite de la première attaque. Les pressions, actes d’intimidations contre la presse, et les assassinats de journalistes par les cartels de drogue sont fréquents au Mexique. Plus de trente journalistes ont été assassinés au Mexique depuis 2000, dont 10 en 2006, plaçant le pays au deuxième rang des plus dangereux au monde après l’Irak pour cette profession.
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    Mauritanie : RSF demande la libération d’un directeur de journal

    AFP 25.05.07 | 19h15 

    L’organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF) a demandé vendredi la libération de Abdel Fettah Ould Ebeidna incarcéré jeudi à Nouakchott pour « diffamation » d’un homme d’affaires mauritanien. RSF « demande la libération d’Abdel Fettah Ould Ebeidna, directeur de publication du quotidien arabophone Al-Aqsa, incarcéré à la prison civile de Nouakchott suite à la plainte pour +diffamation+ d’un homme d’affaires », indique l’organisation dans un communiqué reçu par l’AFP. « L’incarcération de M. Ould Ebeidna est un signal très négatif envoyé à la presse mauritanienne », précise RSF. Dans un article paru le 16 mai, M. Ould Ebeidna avait mis en cause un homme d’affaire mauritanien dans une affaire de saisie de drogue actuellement instruite par la justice mauritanienne. Selon RSF, M. Ould Ebeidna a été convoqué au commissariat de police le 24 mai en fin de journée, sur ordre du juge Mohamed Mahmoud Ould Talhata qui instruit une plainte en diffamation portée contre Al-Aqsa par l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouammatou. Plusieurs journalistes de la presse privée mauritanienne ont organisé vendredi un sit-in devant la prison de Nouakchott pour réclamer la libération de M. Ould Abeidna et dénoncer le « mauvais usage de la loi sur la presse par la justice ». Depuis la réforme de la législation sur la presse en Mauritanie en 2005 et 2006, les délits de « diffamation » ou de « publication de fausses nouvelles » ne sont plus passibles de peines de prison ferme, selon RSF. »

    « Mauritanie : libération d’un journaliste incarcéré pour diffamation
    AFP | 28.05.07 | 20h09 

    Le journaliste mauritanien Abdel Fattah Ould Abeidna, directeur du quotidien privé arabophone Al-Aqsa incarcéré le 24 mai sur plainte d’un homme d’affaires pour diffamation en relation avec une saisie de drogue, a été libéré, a-t-on appris lundi de sources judiciaires. Selon ces sources, Ould Abeidna a été mis en liberté provisoire sur demande du parquet qui n’avait pas demandé sa mise sous mandat de dépôt, décidée par le juge d’instruction le 24 mai dernier. Les avocats du journaliste avaient critiqué samedi cette décision, qualifiée “d’initiative injustifiée au regard des dispositions de la loi en la matière”. Dans un article publié dans le quotidien privé le 16 mai, le journaliste avait mis en cause un homme d’affaires mauritanien dans le cadre de la saisie de 629 kg de cocaïne effectuée le 2 mai dernier à Nouadhibou (nord-ouest). Ses avocats ont rappelé que le directeur du quotidien avait précisé dans son article que les informations mettant en cause l’homme d’affaires, qui s’est constitué partie civile, restaient à vérifier. Par ailleurs, trois autres quotidiens privés, Al-Fajr et Al-Alam (de langue arabe) et L’Authentique (francophone) ont vu leurs responsables convoqués lundi par la police sur plainte d’une personnalité politique. Le chef du Front populaire (FP, petit parti d’opposition), Chbih Ould Cheikh Melainine, accuse les trois journaux de lui avoir porté préjudice en publiant de fausses informations sur lui en rapport avec la saisie de drogue. Ce candidat à la présidentielle de 2007 avait été entendu la mi-mai par la police et le procureur de la République dans le cadre de cette saisie, mais “son dossier avait été classé sans suite”, avait indiqué le procureur à l’AFP. Ould Cheikh Melainine avait par la suite affirmé devant la presse que les questions qui lui avaient été posées ne concernaient pas le problème de la drogue, mais portaient plutôt, entre autres, sur ses relations avec Sidi Mohamed Ould Haidalla, fils de l’ancien président Mohamed Khaouna Ould Haidalla. Sidi Mohamed Ould Haidalla est en fuite depuis la saisie de cocaïne.
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  • Anonyme

    A quand la rationalisation des politiques de lutte antidrogue ? Est-ce que la destruction par voie aérienne a jamais empêché des jeunes (ou même moins jeunes) de consommer des produits illicites ? N’est-ce pas souvent le caractère illicite même de certains produits qui pousse des gens à en consommer ? N’est-ce pas l’argent « facile » du deal qui pousse les gens à en vendre et à s’organiser pour ? Quand les etats prendront-ils la mesure du besoin de « défonce » et accepteront de l’organiser en monopole d’état pour rationnaliser ce commerce ?
    Prohibition et interdiction n’ont jamais résolu des phénomènes ancrés dans l’homme, les consommations de psychotropes font partie de l’humanité, comme l’art ou l’amour, les interdire ne les a jamais supprimés...