Opération séduction de la dernière chance. Mardi après-midi, Jean-Marie Colombani s’exprimera devant la rédaction du Monde, quelques minutes avant que la Société des rédacteurs du quotidien(SRM) se prononce sur sa reconduction pour un troisième mandat de six ans à la tête du titre, dès 15 heures. Le vote est loin d’être acquis, et le laïus du président pourrait se révéler décisif puisqu’une partie de la rédaction est encore indécise.
Depuis quelques semaines, le majestueux siège du boulevard Auguste-Blanqui, dans le XIIIe arrondissement de Paris, s’anime de débats "qui rappellent la grande époque des AG", selon un journaliste. Le bilan très étoffé de Colombani -expansion du groupe vers la presse régionale, la presse magazine et Internet, au prix de pertes cumulées frisant les 150 millions d’euros en six ans et d’une dilution du capital- suscite des prises de positions des ténors de la rédaction, qui viennent remplir les boîtes mails des journalistes.
Une des autorités morales du Monde, l’ex-médiateur Robert Solé, a appelé hier à un "non apaisé". Mais Arnaud Leparmentier, le chef du service politique -fonction de JMC avant sa prise de pouvoir- soutient Colombani. Tout comme le chroniqueur économique Eric Le Boucher, l’ancien président de la SRM Michel Noblecourt ou l’ex-rédactrice en chef du Monde des Livres Josyane Savigneau, pourtant au placard depuis trois ans.
Le service Entreprises est plutôt contre. Mais l’opposition que redoute Colombani est celle du président de la SRM, Jean-Michel Dumay. Car la société des rédacteurs est la seule composante du conseil de surveillance -qui comprend aussi des représentants des actionnaires et du personnel du Monde et de ses filiales- à disposer d’un droit de véto : si le président n’obtient pas 60% des votes des journalistes, Dumay s’opposera à sa réélection, lors du conseil de vendredi.
"La rédaction est toujours partagée", affirmait ce matin un journaliste. "Il y a ceux qui pensent que la stratégie d’expansion de Colombani a sauvé le journal, et ceux qui estiment que c’est justement ce qui l’a coulé." Le système de droits de votes contribue à brouiller un peu plus les cartes : doté de deux parts à son arrivée au journal, chaque rédacteur en obtient deux de plus après quelques années de présence.
Selon ce journaliste, "il risque d’y avoir plus de "contre" parmi les anciens". Ses opposants reprochent à Colombani sa stratégie d’expansion -rachat du groupe Midi Libre en 2001 puis du groupe PVC, avec son joyau Télérama, deux ans plus tard-, financée notamment par des obligations remboursables en action.
"Si on n’a pas d’argent pour rembourser, on perdra notre indépendance au profit de groupes industriels", redoute le même journaliste, qui votera contre la reconduction de JMC. Par "groupes industriels", comprendre surtout Lagardère : le propriétaire du Journal du dimanche, de Paris Match et d’Europe 1 possède déjà 17% du Monde, et 34% de sa "vache à lait", Le Monde Interactif, qui édite Lemonde.fr.
Le problème, c’est que Lagardère empoche la majorité des bénéfices de cette filiale, alors qu’il est minoritaire", ajoute le journaliste. La direction du Monde n’est pas en mesure de communiquer des chiffres précis à ce sujet.
A l’actif de Colombani, un certain "allant" que même ses opposants lui reconnaissent : "Journalistiquement, c’est quelqu’un qui tient la route." "Il a toujours soutenu ses journalistes face aux pressions du pouvoir", ajoute un autre rédacteur, qui "pense voter pour".
Avec la construction d’un "groupe indépendant" à partir d’un journal en crise à son arrivée en 1994, voilà le deuxième argument électoral de Colombani : s’il n’est pas reconduit, il serait le dernier journaliste à la tête du Monde.
C’est sans doute la corde qu’il fera vibrer face à sa rédaction, tout à l’heure. Au Midi Libre, dont les rédacteurs ont voté contre sa reconduction à 52,34%, la visite de Colombani peu avant le scrutin avait légèrement infléchi la tendance négative, selon le co-gérant de la société des journalistes, Olivier Clerc : "J’ai été surpris du haut niveau de "oui" (28,97% et 18,69% de votes blancs, NDLR), car il y a ici un réflexe de rejet du Monde."

A lire :
La lettre de Robert Solé au Monde
L’ex-médiateur du quotidien appelle à voter non.










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Bonjour.
e ne sais pas grand chose de la situation financière du Monde, du groupe PVC (?) et des parts de Lagardère dans le Monde interactif (toutes choses, je l’imagine bien, tout à fait importantes, et j’écris ceci sans aucune ironie).
Ce que je sais, par contre, en tant que lecteur, c’est que la qualité rédactionnelle de ce journal a régulièrement baissé depuis le début de l’ère Colombani-Minc-Plenel, le départ de ce dernier n’améliorant d’ailleurs pas les choses.
Dans l’article ci-dessus, Augustin Scalbert cite le nom d’Eric Le Boucher (pour dire que celui-ci soutient bien évidemment Colombani…).
La chronique hebdomadaire de Le Boucher, qui ferait aisément passer les hymnes au libéralisme d’un J-Marc Sylvestre ou d’un J-Pierre Gaillard pour les tracts de bolcheviks déchaînés, illustre parfaitement les parti-pris du Monde et la baisse de la qualité de son contenu.
(Je passe sur les Unes racoleuses, la recherche effrénée des scoops et les vraies-fausses « révélations » incessantes -cf l’affaire Clearstream- dont nous régale quotidiennement le Monde…).
Ceci étant, la question est : Qui, élu à la direction du journal, serait susceptible de refaire du Monde le journal copieux, pertinent et indépendant - des pouvoirs, des modes, et des idées en vogue- qu’il était ?
« Qu’un chroniqueur tel que Le Boucher exprime sa vision liberale de l’economie, quel est le mal ? »
-> Oh mais, y’a pas d’mal, comme il est dit dans « le Père Noël est une ordure », y’a pas d’mal !
Il me semble simplement que, sans me « caresser dans le sens du poil », un quotidien qui se veut « de référence » (C’est bien comme ça qu’on doit dire, s’agissant du Monde ?…) pourrait, y compris dans ses pages « économie », puisque c’est de ça que nous parlons, donner la parole à des gens d’opinions différentes, et ne pas se contenter de ressasser la doxa libérale.
A défaut de les « caresser dans le sens du poil », ceci permettrait de laisser les lecteurs réfléchir plutôt que de leur asséner des slogans.
Car vous savez sans doute, même s’ils n’ont la parole à peu près nulle part, qu’il existe des économistes pour lesquels les stock-options et les profit warnings ne sont pas un horizon indépassable.
Et l’économie n’est qu’un exemple des domaines dans lesquels Le Monde s’est appauvri (bis).
Pour prendre un exemple à l’opposé du premier, nous pourrions aussi parler du Monde des Livres, qui n’est souvent qu’un supplément « spécial copinage » (Mais non !, je n’ai rien dit de mal contre Philippe Sollers…).
« Vous pouvez toujours tourner la page ou acheter un autre canard ! »
-> Absolument. ;o)
Bon… Le Monde je ne pourrai guère m’en passer côté presse fraçaise, je suis prêt à supporter eric le boucher pour cela, toutefois il y a eu ces qques dernières années un laissez-aller au niveau de la titraille (notamment trompeuse ou parfois inepte) qui m’a bien souvent grave énervé ! Mais c’est vrai que parfois je me demande bien ce qui peut séparer le journalisme français de l’anglo-saxon. N’est-ce qu’une question de moyens ? J’apprécie d’ailleurs la sélection du NYT que fait Le Monde, de sacrées bons papiers que j’aimerais aussi pouvoir lire en français…
Merci à Augustin Scalbert d’abord pour son article et ensuite de nous avoir donné accès à toute une série de liens plus intéressants les uns que les autres! Je vis en Espagne depuis de longues années, mais je suis restée lectrice du Monde à travers sa sélection hebdomadaire, qui ne donne évidemment pas toute cette information.
J’ai été tentée plusieurs fois ces dernières années d’annuler mon abonnement parce qu’il me semblait que même cette édition concentrée changeait d’esprit, surtout depuis qu’ils la farcissent de photos couleurs qui n’apportent que très peu d’information mais prennent beaucoup de place qui serait mieux employée pour donner des informations dont nous ne disposons guère ici -le panorama journalistique est plutôt désastreux malgré le -et je dirais surtout à cause du- groupe Prisa.
C’est dire que j’apprécie d’autant plus votre aventure!!!