Législatives

A Grenoble, Carignon et Cazenave sortent les poignards

Le 6 mai dernier, les Grenoblois ont dit non à Nicolas Sarkozy, en votant à 58,05% pour Ségolène Royal. Il faut dire que la ville, dirigée depuis 1995 par le député-maire PS Michel Destot, est un bastion traditionnel de la gauche, marqué par le long règne d'Hubert Dubedout, de 1965 à 1983. Année qui signe le début d'une alternance qui, elle aussi, va sceller l'avenir politique de Grenoble. Et d'Alain Carignon, jeune gaulliste de 34 ans qui arrive alors au pouvoir. Après de nombreux déboires judiciaires, il tente aujourd'hui d'y revenir en disputant son siège de député à son ancien suppléant, l'UMP Didier Cazenave. Qui ne l'entend pas de cette oreille.

Maire jusqu'en 1995, Carignon a été député de l'Isère, président du conseil général, député européen et ministre de l'Environnement de Chirac en 1986. Sa carrière touche à son apogée en 1993 lorsqu'il est nommé ministre de la Communication de Balladur.

Mais le ministre quitte ses fonctions l'année suivante, après l'ouverture d'une procédure judiciaire. Mis en examen puis reconnu coupable de corruption, complicité et recel d'abus de bien sociaux, subornation de témoins, le maire de Grenoble est condamné à cinq ans d'emprisonnement dont un avec sursis, 400000 Francs (environ 60000 euros) d'amende et six ans d'inéligibilité. La Cour le reconnait coupable d'avoir échangé l'attribution de la concession du service d'eau de Grenoble à une filiale de la Lyonnaise des eaux et du groupe Merlin contre des avantages évalués à 2,9 millions d’euros (lire l'arrêt de la cour d'appel de Lyon du 9 juillet 1996 qui le charge de « l'acte le plus grave qui puisse être reproché à un élu »). Il est le premier ministre de la Ve république à écoper d'une peine de prison ferme. La mort politique d'Alain Carignon ?

Grenoble, mai 2007. Aux côtés de Sarkozy sur les tracts électoraux, Carignon. L'ancien maire est de retour, et en campagne : il est candidat UMP de la première circonscription de l'Isère. Ayant retrouvé ses droits civiques en 2002, Carignon a rapidement repris le chemin politique : élu président de l'UMP Isère en 2003, il est massivement investi par les militants comme candidat aux législatives en octobre dernier. « Il y a eu une tache. J'ai payé. Je suis quitte vis-à-vis de la société. Et je souhaite laver cette tache », annonce-t-il. Mais le personnage reste controversé, jusqu'à diviser son propre camp.

La première circonscription, historiquement à droite, voit en effet se dérouler une lutte fratricide. Richard Cazenave, ancien suppléant d'Alain Carignon à l'Assemblée et actuel député de la circonscription, conteste vivement l'investiture du président de l'UMP Isère et son retour comme « homme nouveau ». Initialement soutenu par la commission nationale d'investiture (CNI) de l'UMP, le député sortant s'est vu voler la candidature par le vote des militants. Cazenave évoque alors une « mascarade », déplorant les « dés pipés » de ce vote auquel il refusa de participer.



Malgré l’affirmation de sa légitimité acquise au suffrage universel et ses protestations sur les bonnes vieilles méthodes de son concurrent, Cazenave n'obtient pas gain de cause. La CNI tranche et revoit sa copie : Carignon est le candidat officiel. Mais chacun ira jusqu'au bout, quitte à faire perdre la droite face à la candidate socialiste, Geneviève Fioraso.

A coups de déclarations et par sondages interposés, l'affrontement est rude entre les anciens collaborateurs et chacun se renvoie la faute du faible score de M. Sarkozy (50,68%) dans la circonscription convoitée : Carignon a pris en otage l'image de Sarkozy durant toute la campagne. Les Grenoblois ont montré dimanche qu'ils ne veulent pas de lui, lance Cazenave. Tout cela est bien évidemment ridicule et enfantin, c'est à M. Cazenave de se remettre en question, rétorque l'ancien ministre.



Le député sortant vient de laisser des plumes dans la bataille. Le mardi 15 mai, il est exclu de l'UMP comme dissident. C'est hallucinant, car on expulse un député sortant, qui a toujours été fidèle à ses idées. Je vais continuer ma campagne en me présentant comme un député UMP sortant car c'est ma légitimité, après ils me feront des procès si ça les amuse ! Et j'espère qu'au 2ème tour, Carignon se désistera pour moi !

Quant à Alain Carignon, il vient d'annoncer sa candidature aux municipales de 2008 avec le soutien de son ami Nicolas Sarkozy, et ce « quelque soit le résultat des législatives ». « Nicolas et moi avons des rapports personnels anciens depuis une vingtaine d'années », avoue le candidat. Dans un climat pour le moins orageux, sa stratégie est claire : préparer l'avenir en cas d'échec en juin, « pour Grenoble et les Grenoblois » bien entendu.

Une chose est sûre : alors que l'UMP grenobloise s'entredéchire dans des luttes intestines, le PS observe en silence, et se frotte les mains, à l’image de ce proche de Michel Destot : « Tant que Carignon est là, pour nous, la vie est belle. »

(Avec Loubna Bouhrizi et Guillaume Garcia)


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
Edukator | étudiant à Eichstätt (Allemagne - Bavièr...
22H36 21/05/2007

hé hé, le troisième est assurément l’incomparable Patrick Balkany : à lire un très bon dossier sur ce monsieur (http://www.lexpress.fr/info/france/dossier/balkany/dossier.asp) et surtout, à voir, une très belle interview de ce monsieur : http://www.dailymotion.com/video/x72ok_balkany-and-the-yes-men

Du très bon niveau à mon avis…

 
poyro
08H38 22/05/2007

Heureusement que seul la compétence et non la fidélité devait compter …

 
kamelya
08H55 22/05/2007

Curieux tout de même de voir la presse se focaliser sur les pratiques d’exlusion du PS quand il s’agit de Kouchner… mais pas un mot sur les exclus de l’UMP….. curieux comment on a longuement vu monsieur Sorkozy accuser madame Royale d’être du côté des voleurs après les évènements de la gare du nord… c’est vrai quoi Ségo est petite joueuse quand elle s’interroge sur les raisons de ce désordre…. Sarko au moins n’a aucun état d’ame en s’entourant de repris de justice comme Juppé, Carignon et Tapie… qui soit dit en passant ne se sont pas fait condamner pour un petit ticket de métro. Quant à l’ouverture de Monsieur Sarkozy, elle ressemble étrangement à celle que monsieur Carrignon avait faite sur Grenoble… débauchant la gauche, brandissant son ouverture à l’immigration avec Sahiri…Sarko et Carignon sont les même loups politiques prêts à tout déchiqueter sur leur passage… et attirés par ce qui brille. Sarko après le yacht ne s’est ‘il pas empressé de gouter au joies des résidences de l’état et du luxe qui s’y rapporte…. Pour en finir rest à savoir si les grenoblois ont de la mémoire face à leur bulletin de vote….

 
Este | Policier
10H15 22/05/2007

Il n’y a donc effectivement pas qu’au PS qu’il y a des exclusions… Il y a denombreuses circonscriptions où cela s’est mal passé pour l’investiture avec des exclusions de l’UMP. Hélas, les différents médias semblent s’en désintéresser. Merci donc à « Rue89 » de nous apporter l’information que d’autres au mieux oublient ou au pire censurent !

 
bebert
16H37 22/05/2007

Nous avons changé de monde, ne l’oubliez pas!
Le messie Sarkosy n’oublie pas ses amis… Balkany, Carignon…
Ce monde qui s’ouvre aujourd’hui est un monde de lumière et d’espoir!
Avec l’UMP tout devient possible! Surtout la rédemption!
Circulez mécréant!
Osez croire en un monde meilleur! Osez croire en la dictature du merveilleux!
A l’UMP, nous affons les moyens de vous faire rêffer!

 
Elvince | vivant
22H09 22/05/2007

une piqure de rappel : http://www.nonacarignon.info/

Il s’agit d’une chronomogie (édifiante) des pratiques d’Alain Carignon.

 
Jean-Michel | définitivement anti-libéral, provisoirem...
08H15 25/05/2007

C’est vrai ce site : http://www.nonacarignon.info/eaugrenoble/chronologie/chronologie.html
est passionnant. La chronologie de toute la frénésie de corruption de Carignon est proprement hallucinante !

Petit détail croquignolet péché dans le site ci-dessus (a mettre en rapport avec les « rapports personnels anciens depuis une vingtaine d’années » mentionnés dans l’article) :

10 octobre 1994
Alain CARIGNON se dit encore serein et affirme devant des journalistes grenoblois que l’affaire Dauphiné News n’ira pas plus loin, que le « non lieu » est proche. Il fait des « confidences » sur ses projets après l’élection d’Édouard BALLADUR à la présidence de la République, dont il ne doute pas : « J’ai vu Nicolas SARKOZY. Il m’a dit : ne t’embête pas avec la culture. Si je suis premier ministre, je te donnerai le budget. » (article de Claude FRANCILLON dans Le Monde du 14 octobre 1994).

!!!

Quand on voit ce qu’il a réussi à faire avec Grenoble, on se prend à rêver de ce qu’il aurait pu faire si on lui avait donné la France…

Décidément, la France se berlusconise à fond, et j’en suis désespéré !