Le futur Conseil national de sécurité sera l'expression claire du « domaine réservé » qu'entend se ménager le président Sarkozy. Ceci après avoir promis juré qu'il ne se l'attribuerait pas, dans un long entretien à la revue « Le meilleur des Mondes » (Automne 2006).
Contrairement aux attentes initiales, ce Conseil national de sécurité sera pratiquement limité aux affaires étrangères, sans vraie compétence en matière de sécurité intérieure. « Instance centrale d'analyse, de débat et de réflexion en matière de sécurité et de défense, en période normale comme en période de crise », ce sera une sorte de DGSE bis, absorbant en particulier le Secrétariat général de la Défense nationale.
Les prérogatives en matière de sécurité intérieure étaient dévolues, sous le président Chirac, à un Conseil national de la sécurité intérieure, animé par le préfet Philippe Massoni. Animé par l'ambassadeur Jean-David Levitte, conseiller spécial pour les affaires étrangères, constitué d'experts, le Conseil national de sécurité doit permettre au Président d'animer personnellement la politique étrangère et de coordonner les actions de renseignement dans le domaine international. Ce qui n'est pas du luxe dans la mesure où les agences françaises sont à la fois dispersées et d'une efficacité discutable, les attributions étant éclatées entre la cellule diplomatique de l'Elysée, l'Etat-major particulier du Président et le SGDN. Sans compter une multitude de sous-agences éparpillées dans plusieurs ministères.
Avant d'apprécier avec plus de précision le potentiel de ce Conseil, il est nécessaire d'attendre les textes définissant son périmètre précis. Mais il est évident que le CNS à la française sera sensiblement différent de son homologue américain, constitué des ministres en charge des problèmes de la Sécurité extérieure et intérieure, et dont le principal membre est le Directeur du renseignement intérieur, qui coiffe la totalité de l'Intelligence Community.
CNS et reconfiguration du ministère de l'Intérieur
En matière de sécurité, la reconfiguration du ministère de l'Intérieur va se dérouler en même temps que la mise en place du CNS. Ce n'est pas un hasard. L'institution du CNS et la réforme du renseignement intérieur vont de pair. Le choix de Michèle Alliot-Marie pour mener cette action est cependant pour le moins étonnant. En effet, l'ancienne ministre de la Défense n'est pas particulièrement réputée pour sa souplesse, une souplesse dynamique indispensable pour mener les réformes du monde policier à la fois au plan de la sécurité publique et du renseignement.
Voulu depuis longtemps par Nicolas Sarkozy, le rapprochement en vue d'une éventuelle fusion entre la DST, les RG et la Division nationale anti-terroriste dans le cadre d'une éventuelle DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure), va être extrêmement délicat. Plusieurs ministres s'y sont attelés en vain, le Président Chirac s'y est opposé par tous les moyens. Et le moins qu'on puisse dire est que les fonctionnaires des services marchent à reculons dans cette direction.
Il faudra des trésors de patience pour convaincre de travailler ensemble les silencieux de la DST, les bavards des RG et les Officiers de police judiciaire (OPJ) qui fonctionnent tous sur des registres très différents.
On peut interprêter la nomination de Michèle Alliot-Marie comme le maintien de la mainmise sur le domaine de la Sécurité intérieure du président Sarkozy, et du préfet Guéant : le nouveau Secrétaire général de l'Elysée a été auparavant, rappelons-le, Directeur général de la police nationale, et Directeur de cabinet de Sarkozy à l'Intérieur.
Le début du quinquennat va provoquer une valse des patrons dans les grands services de police. Ainsi, la nomination du préfet Bernard Squarcini à la tête de la DGSI est possible, mais reste aléatoire. Il est aujourd'hui toujours à son poste de Préfet de police à Marseille.
Analyse
Le Conseil national de sécurité, canal diplomatique de l'Elysée
- 7976 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque




















10
(Pour réagir, connectez-vous)
De
15H42 | 19/05/2007 |
En effet le CNS va dans le sens du renforcement des attributions du Président.
Pour ma part, je trouve utile d'avoir à ses côtés une institution regroupant des experts venant de sphères variées car les menaces ont évoluées et font appel à des compétences multiples.
Je préfère l'idée d'une telle structure qu'un nouvelle entité qui ne ferait que consacrer quelques énarques en mal de pouvoir.
Cette stratégie me paraît plutôt efficace et utile pour la sécurité de notre pays.
N'oublions que les ennemis d'aujoud'hui emploient des méthodes facent auxquelles nos institutions habituelles sont bien désarmées et il ne faudrait pas que cela s'amplifie jusqu'à venir perturber la vie quotidienne de nos familles…Donc en synthèse, facile de critiquer, pour ma part si cela nous permet d'être mieux organisés, réactifs et en paix, cela me convient.
De
21H37 | 20/05/2007 |
de quelle perturbations familiales parlez vous ?
De françoise.V
p'tite lyonnaise | 15H58 | 19/05/2007 |
On comprend mieux pourquoi Sarko a accepté de confier les affaires étrangères à une personnalité de la gauche (qui en est devenu du meme coup ex-gauche ! )… Il serait intéressant de savoir si Kouchner est ravi d'etre débarassé de l'aspect très « droitisant » de la fonction, ou si il est victime d'un marché de dupe ayant hérité d'un ministère en peau de chagrin…
à françoise.V
De
12H59 | 21/05/2007 |
Kouchner a dit lui-même en substance qu'il se voyait comme un « ministre de l'urgence », donc il ne doit pas voir d'objection à laisser les « vraies » affaires étrangères à la présidence.
Mais c'est vrai que du coup, un secrétariat d'état aurait été plus adapté !
Jim
De françoise.V
p'tite lyonnaise | 22H55 | 21/05/2007 |
Certaines affaires étrangères s'étalant sur des décenies, secretariat ou ministère, Kouchner aurait du réclamer la création d'un SAMU international équivalent à ce qu'il souhaite réellemnt faire, l'humanitaire…
S'il se croit ministre de l'urgence, il est mal barré, et nous aussi accessoirement !
De un autre
observateur | 23H54 | 19/05/2007 |
En acceptant de passer de l'ambassade de France à Washington au poste de patron de ce CNS, Levitte a surement été convaincu pas NS de l'influence prédominante de ce nouveau Conseil sur le Quay d'Orsay, en pleine déliquescence depuis le passage de Douste-Blazy, ignare parmi les incompétents.
Lévitte est très fort et il est, avec Maurice Gourdault -Montagne un des deux grands liens entre l'administration Bush et la France.
Evidemment, pour les diplomates de profession, ce n'est pas encore le bout du tunnel.
Mais les Affaires Etrangères ont toujours fait partie du domaine réservé.
C'est une façon de l'institutionnaliser.
De
18H15 | 21/05/2007 |
Il semble que nous assistons à la douce et subtile mise en place d'un appareil qui sans que l'on s'en rende compte, va nous amener au nom de « la sécurite » de la population française une réduction de liberté individuelles. Alors, à quand notre loi d'exception (qui bientôt sera la règle) à quand le « Patriot act » à la française ? !
Hahaha…euh..non, il n'y a rien d'amusant là en fait, non ?
De
22H14 | 21/05/2007 |
la politique extérieure est un domaine réservé mais pas totalement, la preuve : en cas de cohabitation il y a partage. maintenant si la direction effective des opérations passe à un conseil sous contrôle présidentiel le président pourra même se permettre de rater une dissolution (même si avec l'aligenement des mandats c'est très peu probable)en gardant le contrôle de la politique extérieure.
De
11H06 | 22/05/2007 |
la cellule diplomatique de l'elysée, qui était une toute petite structure de quelques fonctionnaires va être remplacée par une organisation beaucoup plus importante. le quai d'orsay y perdra forcément. il sera intéressant de voir comment réagiront les militaires avec lesquels il peut y avoir des tensions… le conseiller du président pour la sécurité, au contact du président tous les jours, verra son statut considérablement renforcé. C'est lui qui aura les contacts et qui aura le dernier mot dans les discussions franco-françaises avant la décision du président. levitte sera le vrai ministre et lorsque kouchner aura fait son temps, il se trouvera d'ici quelque temps en position de remplacer le ministre des affaires étrangères. quel sera alors le poids dudit ministre, éjectable à tout moment ? c'est visiblement ce que védrine a du penser.
est-ce un plus pour la politique étrangère française ? elle sera plus réactive sans doute, mais aussi encore plus présidentielle qu'elle ne l'a jamais été.
De
22H41 | 23/05/2007 |
je suis assez d'accord avec cette anaylse. pour des raisons professionnelles, je connais bien Jean-David Levitte et je suis soulagée que ce soit lui qui soit nommé à ce poste, dont la création par ailleurs ne me semble pas totalement illégitime. Levitte a joué un rôle remarquable, difficile, quand il était ambassadeur à Washington, en particulier pendant la guerre en Irak. Ce qui me navre, c'est la présidentialisation à outrances. Sarkozy qui aime tant l'Amérique devrait savoir que contrairement à la France, le système politique américain offre des contre-pouvoirs saluataires. Le pire est à craindre de ce point de vue…