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Des logiciels reconstituent les dossiers de la Stasi allemande

45 millions de documents broyés ont été retrouvés (Pierre Rouchaléou)

(De Berlin) Du nouveau dans le domaine de l'exploitation des archives de la Stasi, la police secrète du regime de l'ancienne Allemagne de l'Est. Des chercheurs de l'institut berlinois Fraunhofer ont réussi à mettre au point des logiciels capables de reconstituer rapidement des millions de dossiers secrets déchiquetés à la hâte peu avant que le Mur ne tombe. 16250 sacs contenant les morceaux épars de 45 millions de documents passés au broyeur ont été retrouvés en 1990. Jusqu'ici, seuls 323 de ces sacs avaient pu être reconstitutés. À cette allure, il aurait fallu environ quatre siècles pour venir à bout de ce gigantesque puzzle. Avec ces nouveaux algorithmes, 400 sacs peuvent être traités en deux ans.

Officiellement lancé cette semaine, ce projet -utilisant des batteries de scanners et d'ordinateurs- vise à lever les ultimes secrets que la Stasi voulait absolument cacher en détruisant dans les dernières semaines de son existence tous ses dossiers embarrassants. Mais le sort en aura decidé autrement puisqu'en investissant 6,3 millions d'euros dans cette aventure, la République fédérale allemande s'est donné de puissants moyens pour pouvoir percer les secrets contenus dans cette énorme masse informe de papier broyé. La majorité des documents détruits traite de la surveillance quotidienne de la population (17 millions d'habitants), monomanie obsessionnelle de l'ancien Etat policier.

Ils proviennent des fichiers utilisé par la Stasi dans les années 1988 et 1989. Il ne semble pas qu'ils concernent l'espionnage pratiqué par la Stasi hors des frontières de la RDA. Ces fichiers ayant été partiellement détruits et ce qu'il en restait, habillement subtilisé par les services alliés dans les mois qui ont suivi l'effondrement du régime puis remis au compte-gouttes à l'Allemagne selon les aléas des ses relations avec les anciennes puissances occupantes.

Dans les mois qui ont précédé la chute du régime, les dossiers les plus sensibles furent brûlés, détruits manuellement ou, pour la plus grande partie, transformés par des massicots mécaniques en longues lanières de papier. Ce sont ces deux categories de documents semi-intacts mais illisibles que les nouvelles autorités récupérèrent au printemps 1990. Aubaine mais casse-tête insoluble pour l'institution chargée de reconstituer ces précieuses archives.

Quinze personnes s'attaquèrent résolument à la tâche dans des bureaux situés dans la banlieue de Nuremberg, en Bavière. Chaque lundi, ils vidaient un sac sur une table et passaient le reste de la semaine à assembler le puzzle fait de bristols de la taille d'une carte postale. Travail titanesque puisque, depuis 1995, ils ne sont venus à bout que de 323 sacs.

Conscient de l'impossibilité de résoudre rapidement ce rébus, le gouvernement social-démocrate de Schröder proposa en 2003 au Bundestag de voter un budget de 50 millions d'euros pour digitaliser toute l'opération. Les députés effrayés approuvèrent un projet plus modeste consistant à scanner chaque déchet de papier puis à le soummettre à des analyses comparatives via des algorithmes développés il y a quinze ans pour déchiffrer les listes à peine lisibles des victimes déportés par les Nazis dans les camps de concentration. Ces données sont ensuite introduites dans un programme qui va les interpréter en utilisant comme critères : l'identification de la couleur ; l'analyse de la texture du papier ; l'identification des formes et des modèles des caractères d'imprimerie et l'identification des cachets apposés sur les documents. Le but ultime de cette entreprise est de combler un à un les trous qui subsistent dans les archives. Celles-ci sont déjà ouvertes aux historiens et aux victimes de la Stasi afin de les aider à identifier et faire sanctionner les délateurs qui tiraient profit d'un système social basé sur la peur de la dénonciation.

Pour le député, Klaus-Peter Willsch, cette nouvelle documentation permettra de « débusquer et punir les derniers informateurs de la Stasi qui ont cherché à effacer leurs traces lors de la fin de la Guerre froide ». On estime que la Stasi a pu utiliser jusqu'à 100000 informateurs répartis sur tout le territoire, uniquement pour épier la vie des autres.

12 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Courageux anonyme

De

12H51 | 12/05/2007 | Permalien

Et pour intégrer l'importance de cette avancée…filons (re)voir le merveilleux film de Florian Henckel von Donnersmarck, « la vie des autres »
mélie.

Portrait de Jonathan Balsamo

De Jonathan Balsamo

Bloggeur jojo13.over-blog.net | 18H01 | 12/05/2007 | Permalien

Je me demande dans combien d'année çà sera fini tout ce travail titanesque de reconstitution .

Portrait de Courageux anonyme

à Jonathan Balsamo Portrait de Jonathan Balsamo De

19H06 | 13/05/2007 | Permalien

400 sacs tous des 2 ans donc 200 sacs par an… Soit sauf erreur 80 ans pour les 1600 sacs ?

Portrait de Courageux anonyme

De

15H04 | 14/05/2007 | Permalien

Erreur : 1600/200 = 8 ans

Portrait de Caralio

De Caralio

14H44 | 15/05/2007 | Permalien

erreur d'écriture car il s'agit bien de 16000 sacs donc d'environ 80 années de déchiffrage.
Même si je comprends l'intérêt de ce travail pour les familles qui ont souffert de la Stasi, je me demande bien comment seront traiteés les 100000 informateurs qu'ils ont utilisé…

Portrait de Courageux anonyme

De

18H12 | 12/05/2007 | Permalien

Il est communément admis que les guerres aiguillonnent le progrès.Opinion moralement malaiséé
à soutenir mais pertinente.Pour ce qui est de la guerre froide,if faut bien constater que le blocus de
Berlin a fait progresser l'industrie alimentaire. La
guerre du Vietnam a fait progresser la logistique
(contenaires).Ne parlons mème pas d'internet.Et maintenant la stasi pousse à la roue des logiciels.
Peut ètre aurait il été bon de conserver soigneusement le communisme ? En tout cas ce fut une
grave erreur de laisser les chinois s'engager dans
le capitalisme.Et tellement nombreux avec ca ,quoique
en plein effondrement démographique.

Portrait de Courageux anonyme

De

11H17 | 13/05/2007 | Permalien

mouais….et pourquoi est il si important de reccuperer les details de la vie quotidienne de 17 millions de personnes ? chais pas, j'aime bien quand sortent de nouveaux logiciels toussa, mais. chais pas celui là me gene aux entournures.
haheum.

Portrait de Courageux anonyme

De

09H04 | 14/05/2007 | Permalien

Moi aussi, cette mission me gène. Tant de moyens pour reconstituer des informations qui n'auraient jamais dû être consignés dans un état démocratique. Ne serait-ce pas reconstituer la Stasi ?

Bernard

Portrait de Courageux anonyme

De

10H23 | 14/05/2007 | Permalien

Il suffit de lire :

« ce projet […] vise à lever les ultimes secrets que la Stasi voulait absolument cacher en détruisant dans les dernières semaines de son existence tous ses dossiers embarrassants.

[…]

La majorité des documents détruits traite de la surveillance quotidienne de la population (17 millions d'habitants), monomanie obsessionnelle de l'ancien Etat policier »

De plus il s'agit bien de la *majorité* et non de la totalité des documents qui concernent cette vie quotidienne.

Portrait de Courageux anonyme

De

10H23 | 14/05/2007 | Permalien

Il suffit de lire :

« ce projet […] vise à lever les ultimes secrets que la Stasi voulait absolument cacher en détruisant dans les dernières semaines de son existence tous ses dossiers embarrassants.

[…]

La majorité des documents détruits traite de la surveillance quotidienne de la population (17 millions d'habitants), monomanie obsessionnelle de l'ancien Etat policier »

De plus il s'agit bien de la *majorité* et non de la totalité des documents qui concernent cette vie quotidienne.

Portrait de Courageux anonyme

De

16H31 | 15/05/2007 | Permalien

Si un jour quelqu'un trouvait ceux de la CIA, faudrait pas les detruire, ce serait tres domageable pour la Civilisation

Portrait de Courageux anonyme

De

17H21 | 15/05/2007 | Permalien

Je ne suis pas d'accord. Les victimes de la Stasi seront sans doute intéressées par leurs dossiers personnels, comme ce fut le cas d'un grand nombre d'entre eux lorsque les archives furent ouvertes.

D'ailleurs dans « La Vie des Autres » justement, le héros, heureusement pour lui, peut comprendre ce qui s'est passé derrière le pseant silence des autorités.

Basille

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