Entretien

Jean Mauriac : « le pouvoir a menti » dans l'affaire Boulin

Journaliste à l'AFP à partir de 1944, Jean Mauriac fut le correspondant de l'agence accrédité à l'Elysée jusqu'en 1969, au départ du général de Gaulle. Connaissant parfaitement la galaxie gaulliste, il rencontrait régulièrement Robert Boulin, avec lequel il entretenaît des relations amicales. Il sera d'ailleurs le seul journaliste à accompagner sa dépouille vers sa dernière demeure. Souvenirs qu'il a relatés dans un livre, « Après de Gaulle, notes confidentielles 1969-1989 », paru chez Fayard.

Quelle est aujourd'hui votre conviction sur l'affaire Boulin ?
Au départ, j'ai cru comme tout le monde qu'il s'était suicidé. Mais j'ai rapidement eu un doute, doute basé sur deux faits. Le jour de sa mort, je suis à Neuilly, au domicile de la famille, à 9 heures du matin et je ne les ai pas quittés. J'ai donc vu arriver la dépouille, en fin d'après-midi. On a ôté le corps d'une housse et là, j'ai vu le visage de Robert Boulin tuméfié, violacé, méconnaissable. Cela a provoqué chez moi une grande curiosité. Et puis, j'ai fait une petite enquête auprès de l'entourage. Son chauffeur notamment m'a dit : « C'était un battant, jamais il n'aurait fait ça. » A Libourne, au moment des obsèques, pas une seule personne ne m'a dit le contraire. Parmi les gens qui connaissaient Boulin, personne ne croyait au suicide. Dès lors, je n'ai cessé de me poser des questions. Plus tard, je suis passé à la certitude de l'assassinat.
En fait, deux personnes m'ont assuré de l'assassinat de Robert Boulin : Michel Jobert et Olivier Guichard. Quand un homme aussi au courant des affaires policières et des arcanes du pouvoir qu'Olivier Guichard vous dit cela, ça ne laisse pas indifférent. Michel Jobert, lui, se basait sur la politique. Il disait que Robert Boulin faisait peur. Pourquoi ? Parce qu'il en savait trop sur le financement du RPR, en particulier par le biais de Saddam Hussein. D'où les excellentes relations de Chirac avec Saddam Hussein. C'est ce que m'a dit Jobert. Dans le financement du RPR, il y a aussi Bongo et le Gabon.

Qu'apporte la contre-enquête de Benoît Collombat ?
Beaucoup de choses. D'autres journalistes ont déjà travaillé sur l'affaire, mais là les faits sont si probants… Sur l'enquête policière, complètement bâclée : les documents disparus, l'autopsie bâclée, les bocaux disparus. C'est accablant. Et puis, le fait que Giscard et Barre aient été prévenus entre 2 heures et 3 heures du matin, alors que les gendarmes découvrent officiellement le corps plus tard, à 8 heures. La conclusion est limpide : le pouvoir a menti.

Croyez-vous que la justice puisse un jour faire la lumière sur cette affaire ?
Oui, surtout si la gauche revient un jour au pouvoir. Non, si les détenteurs du secret restent au pouvoir avec Sarkozy (l'entretien a eu lieu avant le second tour de la présidentielle, ndlr). Compte tenu des nouveaux éléments, l'affaire doit repartir sur le plan judiciaire. Mais tant que nous aurons un Conseil supérieur de la magistrature et un parti aux ordres, rien ne changera. En tout cas, je suis très heureux que l'on reprenne l'affaire et que la vérité éclate enfin.

4 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Courageux anonyme

De

10H14 | 12/05/2007 | Permalien

« Oui, surtout si la gauche revient un jour au pouvoir. Non, si les détenteurs du secret restent au pouvoir avec Sarkozy » --> Je crains qu'il faille encore attendre encore au minimum 5 ans…

Portrait de a.guillaume

De a.guillaume

13H55 | 12/05/2007 | Permalien

la gauche quand elle avait le pouvoir ne s'est guère precipitée sur les placards et leurs secrets.Il est vrai,le florentin Mitterand aimait aussi beaucoup les secrets…et pas que d'alcôve !
Pasqua a l'époque était-il dejà dans la lumière des estrades du mouvement gaulliste ou avait-il encore beaucoup de responsabilités dans la bonne marche des officines du SAC ?
En voilà un qui devrait en savoir des choses…derrière ses rondeurs et son accent paternaliste avec un peu de chance,la verité sortira des brumes du pernod…

Portrait de Courageux anonyme

De

15H52 | 22/05/2007 | Permalien

Pas du tout surprenant : les énormités de l'enquête ( vol des organes conservés à des fins médico-légales ), ecchymoses sur le visage de la victime, liquidités cadavériques contredisant la posision du corps, etc…etc…) ajoutées au fait, établi, que M. Boulin en savait trop des turpitudes de son entourage politique établissent parfaitement et suffisamment le crime grossièrement déguisé en « suicide » !

Portrait de quisuisjepourmejuger

De quisuisjepourmejuger

10H55 | 25/06/2007 | Permalien

A-t'on recherché ce que sont devenus tous les « seconds couteaux » de cette affaire : le procureur (Robert Barbat), les médecins légistes « si professionnels », les policiers, les journalistes si prompts à « suicider » R. Boullin, etc. Une étude serrée de leur parcours professionnel après « l'affaire » serait très intéressant.

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