Les Américains succombent à la mode des "indulgences vertes"
"Repentir et rédemption" : c’était le titre d’ un dessin hilarant dans le New York Times fin avril. Derrière une voiture crachant de la fumée, à genoux devant un confessionnal, un homme implore : "Pardonnez-moi d’avoir un 4x4". Le prêtre, vêtu de vert, échange un certificat d’effacement de CO2 contre une bourse bien garnie : "Allez, vos péchés sont effacés".
Le marché des "indulgences vertes" est en plein boom aux Etats-Unis. Une étude récente de Business Week Magazine évalue ce nouveau business des effacements d’émission de CO2 (Carbon Offsets) à 100 millions de dollars annuels, et lui prédit une expansion très rapide. Rien à voir avec les crédits d’émission officiellement accordés par l’UE aux entreprises, ou ceux qui s’échangent dans les bourses de carbone. Le phénomène des « offsets » est tellement important désormais que des universitaires y consacrent des recherches approfondies. Ça démarre aussi en France, notamment dans les agences de voyage, où on parle de compensations volontaires d’émissions.
Le principe est simple : pour chaque mauvaise action commise (entendez : action émettrice de carbone), vous subventionnez des projets qui vont effacer ou atténuer par ailleurs le mal que vous venez de commettre : planter des arbres, des éoliennes ou des panneaux solaire. Histoire de rendre vos actes le plus neutres possible pour la planète, à défaut d’améliorer vraiment l’état de celle-ci. Une attitude ultra cool lancée d’abord par les people du showbiz, devenue courante (et si possible médiatisée) chez les politiques et certaines entreprises soucieuses de leur image, en train de se banaliser dans la société américaine : les Carbon Offsets font maintenant partie intégrante des listes de mariage. Des compagnies aériennes basent leur pub là-dessus, telle SilverJet, autoproclamée « first carbon neutral airline worldwide ». Des commerces se créent qui n’ont d’autre but que de négocier les crédits et les effacements, sur le modèle des traders en énergie (comme feu Enron) qui ne produisent pas d’électricité mais se contentent de mettre en contact les producteurs et les consommateurs.
Comment ça marche ? Vous contactez un trader, vous décrivez votre activité (voler de Houston à Delhi, rouler 1000 km en Range Rover, faire un stage de moto-cross dans l’Atlas, acheter une maison de 900 m2 avec trois murs de baies vitrées en Arizona), il calcule votre « empreinte carbone » et le nombre d’offsets qu’il va falloir acheter pour rendre l’opération « carbon neutral ». Il vous en coûtera, selon les commerçants, de 5 à 35 dollars la tonne émise. (Pour avoir une idée du peu qu’il faut pour émettre une tonne, allez sur le site de Clean Air-Cool Planet.) Des tas d’études ont déjà été conduites pour évaluer le sérieux de ces traders en indulgences. Une des plus documentées est celle de Tufts University, qui a ausculté les programmes d’effacement en tenant compte de leur mode de calcul de l’empreinte, du prix compensatoire réclamé, et des projets concrets mis en œuvre avec votre argent. En résumé, moins c’est cher à la tonne, plus c’est de l’arnaque environnementale.
Jusque-là, on se place du côté client : vous, le pollueur en quête d’absolution. Qui sont donc les producteurs, ceux qui mettent en oeuvre les actions concrètes d’annulation du CO2 ? Ce peut être des ONG finançant des projets d’énergie solaire en Afrique, de captation de méthane dans des porcheries de Thaïlande, ou de reforestation en Amazonie. Ce peut être des investisseurs cherchant des fonds pour développer un business lucratif de fermes éoliennes au Texas. Ou encore des gens qui ont des terres mais pas d’argent, ou encore pas une féroce envie de se lancer dans l’agriculture parce que ce n’est pas leur truc de semer, récolter, transformer et vendre. On vient d’apprendre que la réserve indienne des Nez Percés, dans l’Idaho, avait décidé de planter sur ses vastes domaines en friche un « carbon portfolio », des bébés arbres qui deviendront une forêt captatrice de CO2, dont les bienfaits seront vendus au détail sous forme de « carbon offsets ». L’opération a été montée en partenariat avec une ONG, et soutenue par le Département de l’Energie de l’administration fédérale. (Voir tout le détail de l’opération dans le New-York Times de mardi, c’est l’article le plus complet sur le sujet.)
Comme pour les éoliennes, qui ont fini par séduire de nombreux fermiers américains alléchés par les loyers des compagnies électriques en quête de terrains libres, ce genre de cultures éradicatrices de gaz à effet de serre devrait se multiplier sur toute la planète. Pourquoi pas ? L’important étant de ne pas se bercer d’illusions : au rythme où va la croissance mondiale, on n’effacera jamais autant qu’on émet. Surtout pas les Américains, dont l’émission moyenne annuelle par tête de pipe est de 20 tonnes, contre 4,5 tonnes pour le Terrien moyen. Le débat fait rage chez les écolos américains. Les plus pragmatiques estiment que puisqu’il n’y a pas grand chose à espérer d’une réduction volontaire des consommations génératrices de CO2, autant verser une obole pour financer des projets positifs. Cette option a l’immense avantage, pour ceux qui en ont les moyens, de continuer à vivre pareil qu’avant en toute bonne conscience, en consommant à fond sans se priver.
Au fait, Nicolas Sarkozy a-t-il acheté des indulgences à la Fondation Nicolas Hulot pour compenser son voyage en jet privé jusqu’à Malte et l’indécente consommation de fuel du yacht pour sa petite virée en mer ? S’il ne sait comment s’y prendre, voici pour lui (et pour d’autres en France) le site de la société Eurocarbon qui propose des solutions adaptées à son cas.
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Vous avez raison, la chute est un peu too much. Je cherchais un prétexte d'actu (trop d'années de journalisme derrière moi) pour caser le lien avec un website français.
Hélène
Ah ah très drôle Hélène votre final !
Car sous son aspect "tiens si je mettais un peu de sarko dans une phrase, cela fait longtemps qu'un lecteur n'en a pas eu" il y a la vraie info avec un lien sympa.
Ceci dit mettez moi un peu moins de sarko la prochaine fois, j'essaye de suivre un régime républicain sans libéralisme.
Non moi ce qui me fait marrer dans cet excellent article, c'est la faculté comme toujours qu'ont les américains de faire du fric avec tout.
C'est peut-être bien comme truc dans le fond…
Mais pfff je cherche la petite bête…
En fait si je comprends bien : un mec friqué recevra l'absolution en faisant chauffer sa "gold card", mais moi au chômage avec ma fiat 500 toute pourrie, je sais que je pollue et j'ai pas de fric pour me sentir absout.
Putain de monde !
Ce serait un peu comme installer une fosse septique de 5 millions de litres sous sa maison si ça se pérennisait (taille normale : 5000 litres)
C'est immonde. Pourquoi ne pas étendre le concept ?
Je colle un pain à ma femme après avoir perdu au foot et après j'offre des FREE HUGS 1 heure sur le parking du supermarché.
Repousser ses excréments ou croire qu'on les transforme en bonne action par le biais de l'argent montre le décrochage complet d'une partie du monde.
Finalement, leur mode de vie était négociable à coups de tickets promos. George Bush père s'était trompé.
Trop de Sarko, qu'une partie des journaliste soit des anciens de Libé il est clair que cela saute aux yeux. On pourrai presque croire que rue89 n'existe que pour lutter contre le président élu. C'est dommage vous finirez par être les premiers perdant a ceux jeu idiot.
PS: je ne vous lis que parce que la présence de Pierre Haski garanti une certaine honnêteté
c'est vrai, 4 du mat, on n'est pas sur paris match et ça doit vous manquer, la nuit ...
Qu'on arrête de parler de pragmatisme: il s'agit d'un pur dogmatisme de droite car évidemment injuste et inefficace.
Imaginez le cas d'une lutte contre la surpopulation. A quand l'achat de sa vie contre celle d'un autre?
Quel plaisir de lire à nouveau Hélène Crié-Wiesner, que j'ai connue (sous son seul nom de famille à l'époque) par ses écrits, dans le cahier Eureka, puis Terre, de Libé, vers 1994-95 si je ne m'abuse.
-qu est-ce qu on va se faire du fric ! en spéculant sur le prix de la tonne
.de CO.2! bandes d affreux!!! verts de terre.
Un article qui traite de la dérive du crédit carbonne, lire surtout le dernier paragraphe
http://climat.science-et-vie.com/blog/?2007/10/05/16-le-serpent-de-mer-d...
que dire ? je vais encore mal dormir et me réveiller avec une gueule de bois capitalistique.