Il y a un an, la journaliste « française et arabe » Souâd Belhaddad participait à un voyage de l'UEJF au Rwanda. Témoignage.

Il y a un an, l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), organisait un voyage au Rwanda pour instaurer un dialogue entre mémoire du génocide des Juifs et celle du génocide des Tutsi. De ce voyage, est né un ouvrage collectif, Rwanda, pour un dialogue des mémoires, préfacé par Bernard Kouchner (éd. Albin Michel).
En mars 2006, Benjamin Abtan, président de l'UEJF me convie à me joindre à la délégation d'étudiants et de personnalités qui se rend au Rwanda pour instaurer un dialogue entre mémoire du génocide des Juifs et celle du génocide des Tutsi. Arabe et Française, je décide de me joindre au voyage.
Lire ici : « Pourquoi j'y suis allée », le témoignage de Souâd Belhaddad
Que des descendants de déportés juifs, d'esclaves noirs désirent transmettre la parole de rescapés Tutsi me parait essentiel. Pour le Rwanda, d'abord, pour ces survivants que l'actuelle réconciliation nationale entre tueurs et victimes est en train de marginaliser. Et puis aussi pour notre histoire hexagonale : contrer ce préjugé que les Juifs ne s'occuperaient que de leur propre histoire et démontrer que les mémoires des diverses communautés peuvent cohabiter en France sans concurrence.
Chez Benjamin Abtan, cette position républicaine très ferme voulait trouver une nouvelle traduction au Rwanda. Comme l'écrit Bernard Kouchner dans la préface du livre né de ce voyage, il s'agissait, dans ce projet, « de reprendre son rang dans la lutte pour les droits de l’Homme, sans référence unique à ses propres souffrances ».
Ce voyage a d'abord été, en fait, un dialogue entre ses participants. Pour le raconter, voici un choix des moments les plus forts de ce périple entre Kigali, Butaré, Nyamata, Murambi, lieux de mémoires du génocide des Tutsi. Ce moment où, à chaque mémorial visité, les jeunes de l'UEJF ont récité la prière aux morts, El Male Rahamim, d'où, brusquement, au lieu des noms de camps nazis, surgissaient ceux des lieux de massacres rwandais - Gisozi, Murambi, Bisesero,… El Male Rahamim, hommage aux défunts de l'Itsembabwoko, le génocide des Tutsi et frères humains des morts de la Shoah.
Avant notre départ, Benjamin Abtan avait dit : « La mémoire peut ouvrir ou fermer ». En ces instants, la mémoire « ouvrait » : la tragédie d'un génocide est bel et bien universelle et, oui, ses mémoires plurielles peuvent dialoguer. Ce soir où Raphaêl, lors d'un debriefing quotidien, a conclu que jamais plus il ne chercherait à comprendre “ça”. “ Parce qu'il n'y a rien à comprendre ”.
La veille, cet étudiant parisien avait tenu à rencontrer des génocidaires détenus « pour comprendre la part du tueur qu'il y a peut-être en chacun de nous ». A la prison centrale de Kigali, l'un d'entre eux avait calmement expliqué qu'il ne s'agissait pas d'un génocide parce qu'un « génocide, cela veut dire que tout le monde est exterminé. Or, chez nous, il y a encore des Tutsi ».
Cette jeune Rwandaise prenant le micro, lors d'une rencontre entre l'UEJF et étudiants de Butaré, ville universitaire où la quasi-totalité des intellectuels a été éliminée, pour dire que « le génocide n'est pas fini puisque des rescapés qui osent témoigner contre leurs tueurs sont ensuite éliminés, empoisonnés ». Donc que « ça » recommence.
Ce moment, l'un des plus éprouvants, où Emmanuel, éternel gardien du mémorial de l'ancien lycée de Murambi et rarissime survivant des quelques 3 000 victimes, dit d'une voix douce : « J'ai décidé de vivre ici parce que les miens me paraissent tous vivants ». A peine le génocide fini, Emmanuel a entendu les premières rumeurs négationnistes. Non, disait-on sur les collines, Murambi n'a pas été le lieu d'un tel massacre. C'est ainsi qu'il a décidé, il y a plus de dix ans, d'aller déterrer des corps et de les recouvrir de chaux pour immortaliser ce génocide, afin qu'on ne puisse plus dire que « ça » n'avait pas été. Désormais, dans les anciennes salles de classe de ce lycée, ces cadavres de chaux blanche restent ainsi exposés.
Enfin, ce moment où Serge, rescapé aujourd'hui installé à Paris déclare au groupe : « Un génocide ça enlève le sens à tout, l’envie de l'avenir, de tout. Grâce à vous, maintenant, peut-être, que je peux recroire en l’humanité ». Convié par l'UEJF, il revenait pour la première fois au Rwanda après le génocide qui a fait 800 000 victimes.













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la démarche de rue89 est celle d’un journalisme éthique, précis, exigeant. un génocide n’est pas une guerre m^me s’il peut se perpétrer à l’occasion d’un conflit ou au sein d’une guerre. tout ne se vaut pas : vouloir l’éradication d’un peuple pour ce qu’il est ontologiquement n’est pas comparable aux conflits entre peuples. oui, le monde est plein de guerres haïssables et condamnables, qu’elles soient menées pas tsahal, l’armée américaine mais aussi les guerriers arabes au soudan ou al qaeda dans le monde entier. Il y en aurait bien d’autres. S’interroger sur les génocides implique beaucoup d’ouverture, beaucoup d’intelligence et de retenue. Bravo à Souad Belhaddad.
Désolant….
Désolant et insultant pour la mémoire des Tutsis !
Car enfin, ce sujet parle du Rwanda ou la brillance de ce commentaire aurait bien supporté un éclairage vibrant sur ce sujet.
Au lieu de cela, la propagande, toujours la propagande…
Et la méthode est, hélas, aussi bien connue que récurrente : opposer un fait à un autre fait (quand bien même il n’y ai aucun rapport avec la choucroute !) pour finalement les superposer.
Pourquoi cette démarche ? Juste pour éluder ou pour associer sémantiquement un fait (souvent atroce) avec un sujet politique que l’on veut salir.
La propagande, toujours la propagande…
J’aurai aimé trouver un commentaire parlant des circonstances de assassinat du président Habyarimana, ou se posant la question de qui était derrière les milices Interahamwe…
Non on préfère parler de Tsahal (donc l’associer subliminalement à ce drame), tout cela parce que des étudiants français (de culte juif) ont eu une démarche citoyenne…
La propagande, toujours la propagande ?
Non ! la nausée !
Autant la référence d’origine est détestable quand elle n’a pas lieu d’être, elle est ici indispensable pour comprendre l’enjeu de la querelle mémorielle. Vous n’êtes pas d’accord ? PH
Pierre Haski. Ceci n’est pas une réponse. Mais il me semble que vous pourriez à Rue89, lier cet article que vous avez mis en une aux propos de Sarkozy sur la France qui n’a pas commis de génocide et n’a pas à se contraindre à la repentance. Je trouverais intéressant, par exemple, de lire des interviews des historiens Anne Grynberg ou Denis Peschanski sur les camps français de 39 à 44, d’où sont partis des juifs français et des opposants livrés aux nazis.
Nous revenons sur le sujet demain et jeudi à l’occasion de la journée de l’esclavage - vous aurez sans doute noté que Sarkozy, après avoir dit plus de repentance, revient de ses vacances dare dare pour participer aux cérémonies du 10 mai! PH