Petite planète

La guerre du café éthiopien n'aura pas lieu

Promesse de paix, la semaine dernière, en provenance d’Ethiopie. Pas, certes, un accord sur la frontière avec l'Erythrée ni, non plus, avec les autres voisins de Somalie (avec les uns comme les autres  les tensions demeurent), mais avec ...l’entreprise américaine, Starbucks. Selon un communiqué conjoint publié la semaine dernière avec le gouvernement éthiopien, Starbucks pourrait  signer prochainement une armistice avec Addis Abeba.

Depuis l’an dernier, Oxfam, qui avait lancé une campagne aux Etats-Unis, au Canada et en Grande Bretagne sur ce sujet, accusait la chaîne de cafés basée à Seattle -pour laquelle  la corporate social responsibility (la responsabilité sociale des entreprises) est un vrai argument de vente – de faire la guerre  aux autorités éthiopiennes au moment où celles-ci tentaient de  faire enregistrer aux Etats-Unis comme “appellation commerciale” (trademark), trois des plus connues variétés de café éthiopiens : Harar, Sidamo et Yirgacheffe. Des variétés qui sont des best-sellers chez Starbucks.

Cette stratégie de l'Ethiopie, visant à permettre (comme le raconte ici la correspondante de Libération et auparavant cet article) de faire payer la réputation de ses cafés par les marques qui l'expoitent, est menée par l’Ethiopian Fine Coffee Stakeholder Committee, une large coalition regroupant tous les acteurs de la filière en Ethiopie et certains de leurs partenaires à l’étranger. Assistée par l’ONG Light Years IP basée à Washington, créée précisément pour assister les pays pauvres à défendre la propriété intellectuelle de leur patrimoine, cette démarche est soutenue notamment par une assistance financière du gouvernement britannique (le DFID Department for International Development).
Oxfam America et ses partenaires évaluent à 88 millions de dollars par an le gain potentiel des trois marques pour l'Ethiopie, un des pays les plus pauvres de la planète, dépendant du café pour 60% de ses exportations. Mieux : d'après Oxfam, la proposition du gouvernement éthiopien faite notamment à Starbucks prévoit que les « revenus supplémentaires générés iraient aux petits exploitants de café ».

Autre dimension moins visible de l'affaire : aider le café éthiopien
c'est aussi, vu des Etats-Unis, aider à stabiliser un pays fragile allié de Washington dans sa « guerre contre le terrorisme » dans la
corne de l'Afrique. 

Avec en moyenne quarante millions de clients par semaine pour Starbucks dans le monde, la campagne Oxfam a fait mouche : environ 93  000 personnes –autant de clients actuels ou potentiels- ont contacté l’entreprise pour lui demander de changer de position. Touché : la semaine dernière, contre les arguments de The Economist (qui avait dénoncé la «  faiblesse des arguments de Oxfam ») la chaîne a fini par céder.
Le volte-face a pris la forme d’une promesse de signature par Starbucks avec le bureau éthiopien de la propriété intellectuelle « d’un accord de licence, de distribution et marketing » des cafés éthiopiens, dont Oxfam America se félicite.
Mais alors que les négociations se poursuivent entre l'Ethiopie et Starbucks, Oxfam ne proclame pas encore victoire. Pas un mot, en effet, pour l’instant sur les modalités financières de l’accord, notamment pour les fermiers éthiopiens. Or c’est, bien sûr, ici essentiel. “Grâce à leur statut de « café spécial », les cafés Sidamo et Harar sont vendus dans les boutiques de café pour plus de 26 dollars US la livre. Mais les cultivateurs de café en Ethiopie gagnent seulement entre soixante cents et 1,10 dollar pour leurs cultures, à peine assez pour couvrir le seul coût de production.”, racontait Tadesse Meskela, directeur de l’Union  Coopérative des Cultivateurs de Café Orumia en Ethiopie cité par Oxfam l’an dernier.

D’où cette question clé pour la suite :
•    Comment veiller à ce que les bénéfices d'un « deal » signé demain avec Starbucks ne se perdent pas en route après-demain, et profitent réellement aux fermiers éthiopiens, en bout de chaîne ?

Comme de juste, il n’y a pas ici de réponse aisée même si le débat qui suivra selon toute probabilité est assez balisé. Typiquement, sur le sujet, il promet d’opposer d’un côté les tenants du commerce équitable (dont Oxfam), forts d’une méthode popularisée en France par Max Havelaar, à ceux, de l’autre côté, qui sont sensibles aux arguments des entreprises comme Starbucks, mais aussi de géants comme Kraft ou Nestlé selon lesquels c'est le poids de leur clientèle de masse qui peut aboutir à de meilleurs résultats pour le plus grand nombre de fermiers des pays en développement.
En France, bien que marchant derrière une bannière commune, les acteurs se revendiquant du commerce équitable s’étripent régulièrement sur ce thème au nom de visions divergentes de la même bonne cause. Le tout pour le grand plaisir, de certains qui comme Michel Edouard Leclerc se disent prêts à vendre les produits des uns et des autres. Bref, un sérieux champ de mines à traverser - et pas seulement en Ethiopie - sur le seul front du café plus ou moins équitable.

PS  Pour en savoir plus : voir les débats et les événements de la « septième quinzaine du commerce équitable » en France en ce moment.


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Ech-picard
09H43 09/05/2007

Je ne connaissais pas Oxfam mais un saut sur un moteur de recherche nous donne de multiples liens dont http://www.oxfam.org/fr/.
En consommateur lambda, je fais 50 km AR pour acheter mon café équitable dans la grande surface qui daigne le référencer. Pas trop convaincu de l’efficacité de ce geste. Mais de plus en plus ce genre de produit se multiplient et ils sont BON, et diversifient l’offre.
Quand à Edouard Leclerc, champion des prix les plus bas, en tant qu’ancien de l’industrie agroalimentaire, je précise que les prix les plus bas font les salaires les plus bas !
Les MDD sont responsables d’une recherche de la productivité maximal que les IAA ont mis industriellement en pratique. Et désormais la seul variable d’ajustement qui reste c’est la valeur du travail humain. Ce n’est plus qu’intérim et précarité avec des répercutions jusqu’au producteur.

 
fourminus | observateur attentif
11H40 09/05/2007

Excusez moi de demander pardon, mais MDD et IAA c’est quoi ?

 
eric26160 | chef d'entreprise
19H29 09/05/2007

MDD: Marque de Distributeur (reflet de france pour Carrefour etc.)
et IAA Industrie Agro-Alimentaire.

 
soignante désespérée
17H47 09/05/2007

je ne suis pas bien sure d’être parfaitement au courant de l’économie des pays défavorisés. Mais pour être allée en Ethiopie, je peux vous dire que les américains (qui n’ont jamais étés des philanthropes, il faut bien l’avouer…) ne sont pas bien vus. Leur souhait étant bien sûr de mettre la main sur les richesses naturelles de ce pays. Ce que les éthiopiens refusent avec vigueur et énergie….au risque de se retrouver dans les prisons d’Addis-Ababa. La situation de ce pays est suffisamment catastrophique sans que, en plus, on vienne leur « voler » leurs cultures. Déjà que « on » est venu armer leurs troupes pour le combat « légitime » contre les satans de la Somalie !

 
Pascalita | future ex-journaliste
18H26 09/05/2007

IAA pour l’industrie agroalimentaire
MDD, j’ai bien cherché, je ne trouve pas

 
Ech-picard
11H54 17/05/2007

Bon ! Ça m’apprendra à utiliser des sigles connus des seuls initiés.
La traduction a été donnée plus haut :
IAA Industries Agro Alimentaires
MDD Marques De Distributeurs
Mais vous avez raison, jeune journaliste, de vous intéresser à ces questions car dans le milieu des Industries Agro Alimentaires et de la grande distribution, ont y trouve le meilleur comme le pire.

Militons pour un commerce équitable ! Même si ….