Front national: que faire pour ne pas disparaître ?

1/ Le constat. Il est encore plus lourd pour le FN au soir du second tour. Tout d’abord, la forte participation de 83,97% des inscrits montre que les consignes « d’abstention massive » donnée par Jean-Marie Le Pen lors du défilé du 1er mai n’ont pas été suivies. Même si, effectivement, le nombre de bulletins blancs ou nuls a doublé en quinze jours (3,53%).
En observant attentivement le vote Sarkozy et ses 19 millions d’électeurs, il est clair que le candidat de l’UMP a asséché les zones lepénistes. Qu’elles soient traditionnelles, comme la ceinture méditerranéenne des Alpes Maritimes, du Var et des Bouches du Rhône, ou plus récentes comme l’Alsace et le Nord. Dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, Nicolas Sarkozy est plébiscité (65,5%), y compris dans les communes rurales ayant massivement accordée leurs suffrages au FN ces dernières années. Seules lueurs d’espoir pour le président du Front national, les communes du bassin minier du Pas-de-Calais (Wingles, Béthune, Lens) où l’abstention est supérieure à la moyenne nationale indiquent que les partisans d’extrême droite ont encore de belles réserves pour les scrutins à venir.
Après une telle claque électorale, il sera compliqué de rétablir une dynamique conquérante pour contrer ce que Le Pen nomme le « hold up électoral » du futur président de la République. D’autant plus que le parti ne s’est jamais vraiment remis de la scission de 1998, qui a décimé son appareil militant.

2/ Digérer la défaite. Récitant mécaniquement sur TF1 une déclaration écrite pour sa première réaction à l’élection de Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen ne cache pas son amertume. A 78 ans, dont cinquante de vie politique, le vieux chef ne digère pas l’affront: « Vox populi, vox dei, les électeurs auront le président qu’ils méritent ». Avec son esprit de castagneur, jamais en reste d’un baroud d’honneur, Le Pen ne peut pas rester sur une défaite aussi cuisante.
Dans le film de Serge Moati, La prise de l’Elysée, diffusé lundi 7 mai sur France 3, Marine Le Pen a ce terrible aveu au lendemain du premier tour: « C’est vrai, ça fait mal au cœur, ça fait mal au cœur pour lui. Jean-Marie Le Pen s’est battu pendant trente ans pour ses idées et là, il y a quelqu’un qui arrive et qui rafle tout. Ça fait mal au cœur… » Psychologiquement, il ne peut en rester là. Il l’a d’ailleurs dit à plusieurs reprises au cours de la campagne: il sera là au moins jusqu’en 2009, pour les élections européennes. Et pourquoi pas en 2012, a même glissé son épouse Jany Le Pen…

3/ Que faire? En se positionnant sur les thèmes traditionnels du FN –sécurité, immigration, identité nationale- Nicolas Sarkozy a vidé de sa substance l’identité frontiste. C’est d’ailleurs pourquoi, dès 20h dimanche soir, le président du FN a tenté de repositionner son parti comme le seul à pouvoir incarner la protestation: « Le FN incarne seul l’espoir d’une autre politique ».
Pour l’instant, la seule porte de sortie est un retour vers les fondamentaux de la Nouvelle droite à la sauce Le Pen. A supposer qu’il les ait quittés un jour, car durant toute la campagne, il n’a cessé de tricoter anciens et nouveaux (précarisation économique, héritage républicain) thèmes de campagne. Comme toujours dans l’histoire du FN, Jean-Marie Le Pen va revenir à sa matrice politique d’origine apparue dans les années cinquante.

4/ Comment? La campagne pour les législatives va être l’occasion de vérifier si oui ou non, le FN est entré dans une phase de déclin, à l’image du Parti communiste étouffé par François Mitterrand entre les législatives de 1978 et la présidentielle de 1981. Rien n’est moins sûr. Soit le parti reste définitivement en dehors de l’arc républicain, par incapacité à s’imposer dans une triangulaire ou une quadrangulaire aux législatives. Soit il parvient à conquérir un ou deux sièges à l’Assemblée nationale, à l’issue de circonstances favorables. La candidature de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) sera à suivre de près. Après avoir longtemps hésité (le bassin minier est un peu loin de Montretout), l’ex-directrice stratégique de la campagne présidentielle a choisi cette circonscription parce qu’elle sait y avoir une chance de s’imposer, y compris dans un scrutin majoritaire. Et ceci grâce à un militantisme acharné (le FN remplace le PC dans l’offre d’espoir social) et à un chef local très dynamique: Steeve Briois est un proche de Marine Le Pen. Pour l’instant, aucune stratégie d’alliance n’est envisagée par les hiérarques de Saint-Cloud.

5/ Les rivaux à l’affût. Le Pen, père, le jure: l’heure de la retraite n’a pas sonné. L’objectif est de durer pour mieux asseoir la légitimité de sa fille. Marine Le Pen, 38 ans, est populaire chez les sympathisants, mais pas encore suffisamment politique pour déjouer les attaques de ses rivaux. Les héritiers qui tambourinent à la porte du Paquebot (siège du FN) sont nombreux. A l’extérieur, il y a Bruno Mégret qui appelle dès le premier tour, à un « congrès d’Epinay (sic) de la droite nationale » et Philippe de Villiers, toujours bien campé dans son fief vendéen où l’UMP le laissera tranquille. Le plus dangereux est certainement l’ennemi de l’intérieur, Bruno Gollnisch. Le délégué général du FN s’est d’ailleurs vu confier la conduite de la campagne des législatives. Jean-Marie Le Pen appliquant le vieil adage: diviser pour mieux régner.


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16H38 08/05/2007

Sarko président, c’est dur à avaler. Mais au moins, le FN a pris une grande claque. Ce que la gauche, hélas, n’avait jamais réussi à faire. Bien au contraire. Le Pen doit regretter Jospin.
Maintenant, le vrai défi de la gauche, c’est de faire revenir vers elle cette part de l’électorat de le Pen, de Sarko et de Bayrou, qui manifestement, vient des déçus de ses propres rangs.
Trop facile de diaboliser l’adversaire. Et si on se posait à nous mêmes quelques bonnes questions ?

 
Courageux anonyme
17H56 19/05/2007

Se poser les bonnes questions, oui. Mais vous ne trouvez pas que, sous couvert de faire une analyse, c’est un peu facile de mettre chaque nouveau problème de la France sur le dos des 5 ans de Jospin? Oui il est facile de mettre tout sur le dos du vaincu car il n’a pas son mot à dire…

Et pire! toujours donner crédit au peuple! Non! il peut se tromper, il peut être haineux,… PERSONNE n’est à protéger quand on veut faire un inventaire. Mais c’est peut-être un peu difficile pour certains qui préferent taper là où c’est pas dur pour éviter d’avoir eux-mêmes mal…

 
18H39 08/05/2007

en effet M. Sarkosy a trés bien fait son travail, et la gauche n’a rien apporté en solution à la fuite de ses électeurs vers l’extrème droite. mais que faire face à cette peur de ceux qui veulent absolument de la sécurité ?

proposer encore plus de sécurité ?

dédramatiser la situation ?

quelles insécurités ? quotidienne, dans le travail, financière ?

mais au fait quel est la situation réel de l’insécurité en france ?

j’avoue ne savoir que répondre à ces questions…(les médias ne sont pas réellement objectif sur la situation, montrant des faits divers (souvent sordides, c’est plus vendeur) en survolant la généralité)

P.S. : si le front national disparaît, je n’irai pas le pleurer !

 
20H51 08/05/2007

Nous serons au moins deux à ne pas pleurer si le front national disparait…

Attention en revanche à une erreur d’analyse, je pense, dans vos propos : l’électorat qui se perd vers le FN ou vers la droite ou le centre ne le fait pas uniquement sur des questions de sécurité. Sans doute même marginalement aujourd’hui.

Cet électorat ne se retrouve pas surtout sur les réponses de la gauche aux questions sociales. Sarko et Bayrou viennent de nous le démontrer : sans exploitation excessive des questions de sécurité, ils viennent de drainer vers eux une part significative de l’ex-électorat de Le Pen. En parlant notamment de solutions (à vérifier certes)pour l’emploi. Là où la gauche est restée au niveau de l’incantation.

Personnellement, j’attends toujours les propositions précises de Ségo en la matière.

La nouvelle ligne de démarcation est sans doute là, et pour les législatives, il faudra que la gauche propose des solutions concrètes, au lieu de se contenter de quelques gargarismes convenus.

 
fourminus | observateur attentif
11H32 09/05/2007

Et dans 5 ans ? Dans quel état d’esprit seront les électeurs Frontistes qui ont voté Sarkozy cette année ?
A mon avis ils risquent d’être déçus…
Sarko risque de ne pas mener la politique que ces électeurs attendent d’un Le Pen…

Par exemple les libéraux ont toujours été favorables à l’immigration : une main d’oeure pas chère et docile qui entre en compétition avec la main d’oeuvre locale. Les discours de Sarkozy sont ambigus sur le sujet.

Une hypothèse à envisager est que le FN sorte renforcé de cette première « défaite ». Ne vendons pas la peau de l’ours (Le Pen) tant qu’il bouge encore…

 
11H46 09/05/2007

Récupérées ou non par Sarko, les idées de Le Pen sont à jetter ! Que la gauche ne s’amuse pas à les récupérer.
Mieux vaut perdre une élection que perdre son âme !
HD PS63

 
Courageux anonyme
12H00 09/05/2007

pourquoi pas finir de le banaliser en acceptant une part de proportionnelle a l assemblee maintenant que sarko l a vide d une partie de ses idees le temps et l age du vieux leader feront le reste

 
Courageux anonyme
12H58 09/05/2007

Je ne partage pas tout à fait votre optimisme concernant la descente en enfer du FN. Tout d’abord parce que ce n’est pas la première fois que ce partis prend une grande claque, tout le monde l’imaginait enterré à la veille de 2002 et pour les commentateurs s’il n’avait pas eu les 500 signatures c’était alors presque un non-évènement. La bête immonde sait renaître de ses cendres et parfois plus vite qu’on ne le croit.
Si dans les 5 années à venir Sarkozy réussit son challenge ce qui me semble impossible, peut-être que le terreau du FN sera asséché un peu comme en GB Thatcher a contenu longtemps l’émergence d’un partis d’extrême droite. Cette seule perspective me glace le sang.
S’il ne réussit pas, même s’il y a juste une désillusion des électeurs issus des classes les plus populaires, je crois qu’ils reviendront naturellement vers la démagogie d’extrême droite plus dure et non pas vers la gauche, sur le mode, « préférez l’original à la copie ». La lepénisation des esprits a été un mouvement de fond et c’est bien je le crains ce qui explique le report de voix des frontistes vers Sarkozy. Ils veulent et assument de voir concrétiser leurs idées, ce n’est plus un simple vote de protestation. Le fait que le FN soit un parti sans cadre ni implantation physique dans les milieux populaires n’a jamais et sera de moins en moins un problème pour eux, il y a quelques années leurs affiches suffisaient et aujourd’hui internet prend la relève.
Quand à la gauche, je ne vois pas comment elle échappera à un long travail d’explication, de réimplantation dans les quartiers populaires… Lutter contre la démagogie quand elle est dans les têtes sera forcément long, nous repartons de très loin et c’est je crois, l’une des leçons cuisantes à retenir de ce scrutin. Et oui, les gens ne connaissent pas les modèles nordiques, mais qui leur a vraiment expliqué ?
Cédric Morin

 
21H45 09/05/2007

En 2002, il créait la surprise en se qualifiant pour le deuxième tour de l’élection présidentielle avec 16,86% des voix. Ce dimanche, 10,51% des Français votaient en sa faveur, renvoyant Jean-Marie Le Pen 20 ans en arrière…

Lire la suite de l’article sur RagZag Politique…

http://politique.ragzag.com/2007/04/24/front-national-lelection-de-trop-…

 
17H25 09/05/2007

« En se positionnant sur les thèmes traditionnels du FN –sécurité, immigration, identité nationale- Nicolas Sarkozy a vidé de sa substance l’identité frontiste » : à quoi on peut opposer le discours de Marine Le Pen « C’est vrai, ça fait mal au cœur, ça fait mal au cœur pour lui. Jean-Marie Le Pen s’est battu pendant trente ans pour ses idées et là, il y a quelqu’un qui arrive et qui rafle tout. Ça fait mal au cœur… » Et oui, c’est vrai ! Le discours de Nicolas Sarkozy n’a pas vidé de sa substance l’idéologie du Front National, il l’a légitimée, lui a donné une apparence de « meilleur ton ». Le Pen a été volé, mais ses électeurs et ses idées sont toujours là, plus présents que jamais, et confortés de ne plus appartenir à un parti de majoritairement réprouvés ? Le Front National est présent, et plus que jamais au niveau des idées. Autant je peux comprendre le malaise/malêtre qui pousse certaines personnes à voter dans ce sens, autant je ne peux admettre les idées haïssables, défendues par un parti qui vit du malheur des autres. Petite parenthèse : je disais donc que je peux comprendre le problème, disons de la personne qui vit du SMIG en banlieue et se fait brûler sa voiture deux fois par an, autant j’ai du mal à comprendre (je vis à l’étranger) que des expatriés qui se remplissent allègrement les poches (pas seulement au niveau du salaire, il faut aussi compter les privilèges divers dont ils bénéficient) en vivant hors de France (souvent dans des pays dont ils méprisent les habitants) aient le toupet de voter Front National ! Je vis en Chine, chez nous, petite communauté, il y en a eu vingt-neuf au premier tour (un pourcentage en nette hausse depuis 2002, j’hésite aujourd’hui à serrer les mains des gens que je rencontre pour la première fois !

 
Ded Zep Line | La manipulation des élites est encore pl...
13H23 10/05/2007

Encore une question rigolote !
Le font national ne disparaîtra jamais ! Qu’on se le dise !
Du moins tant qu’il y aura des arabes en France…
Ou alors des juifs.
Ou alors des bobos suintant d’angélisme.
Ou alors des homos (qui seraient en plus bobos juifs arabes vivant vers le Marais, République, Bastille, Oberkampf, ou le must au quartier Montorgueil).
Ou alors des philosophes (qui seraient en plus…etc.)

Ce parti retournera vers ses fondamentaux : la vente de disques sur les discours d’Hitler avec son pendant celui des discours de Castro (pas le notre… l’autre !).
Les skins, les fascistes chrétiens sont toujours là, eux et sont une base (avec quelques royalistes)!

Qui sera assez présomptueux pour dire ce que deviendra le FN à la mort du « gros » ?
Désolé mais je ne voulais pas dire « vieux ».
La fifille reprenant la boutique ?
L’homme au teint cireux raflera le pas de porte (avec ou sans les murs) ?
Le Lyonnais ou Karl au physique de SS seront-ils de la fete ?

Au fond c’est plus facile de commenter un fait que de perdre son temps à faire son intéressant en donnant des pronostics sur une situation que vous et moi ne maîtrisons pas.
Sauf à faire parti du sérail des journalistes et avoir des infos pertinentes.
Ce n’est pas mon cas !

 
18H13 10/05/2007

Je me permet de réagir plus sur la photo qui illustre l’article que sur le contenu de celui-ci.

En effet, quand je vois ceci:

LE PEN
LE PEUPLE
LA FRANCE

Je ne peut pas m’empêcher de faire le parralèle avec:

EIN REICH
EIN VOLK
EIN FUHRER

Si certains avaient encore des doutes sur l’idéologie nazi du FN, je pense qu’avec ça… Le doute n’est plus permis…

 
23H19 10/05/2007

Le Front National comme le Parti Communiste a vécu ses belles heures ;les adhérants sont beacoup moins nombreux que les votants .
Certaines thèses ne peuvent plus exister (Hitler a péri et sa mémoire n’est pas digne d’etre évoquée par les Français).
En conclusion RAS LE FRONT .

 
Courageux anonyme
12H36 13/05/2007

Le fond de commerce du FN et de NS est sensiblement le même: la nébuleuse et sainte « insécurité »!
Mais sur ce point, NS a un avantage sérieux sur le FN, c’est qu’il est à la fois celui qui sème ce sentiment d’insécurité et celui qui se présente comme le seul à pouvoir nous en protéger !