Les bonnes lectures des économistes

A quoi s’intéresse un économiste en ces temps de joutes électorales ? Beaucoup aux questions sociales, un peu aux problèmes de société. Et presque toujours aux travaux des autres. C’est dans leurs lectures que la plupart ont puisé, au moins cette semaine, matière à dissertation sur leur blog.

Prenons par exemple Olivier Bouba-Olga. Si aujourd’hui, il propose un petit jeu de devinettes autour d’une proposition de Ségolène Royal, lundi il n’en avait que pour le document de travail du CPER de Gobillon,Magnac et Sélod (2007). Le thème ? Les effets de la ségrégation spatiale sur le chômage. A coups d’arguments puisés dans l’étude sus-citée, le maître de Conférences à la Faculté de Sciences Economiques de l’Université de Poitiers nous convainc au delà des évidences. Las, l’espace est l’un des grands absents des débats sur le chômage. Dommage, car il faudrait, dit-il ,« imaginer des politiques complémentaires, à une échelle plus fine, permettant de lutter contre ces problèmes fortement territorialisés ».

C’est encore dans une lecture que Philippe Bilger

puisé le thème de son post du 19 mars et plus précisèment dans " Le capitalisme d’héritiers, la crise française du travail " de Thomas Philippon. On dira que l’ancien patron d’Alstom n’a rien à faire dans ce tour de blogs consacré aux économistes. Pourtant, nous l’avons retenu car il n’est pas fréquent qu’un PDG même ex casse les reins aux présupposés selon lesquels les français n’aiment pas travailler ou que ce sont les rigidités institutionnelles qui sont cause du chômage français. Lui démontre, aidé par Philippon, que l’un et l’autre slogan sont faux : La « crise du travail en France est une crise non pas du désir individuel de travailler, mais de la capacité à travailler ensemble » . En effet, « la France est le pays développé où les relations de travail sont les plus mauvaises à la fois du point de vue des dirigeants d’entreprises et du point de vue des employés ». Le détail est à lire et à méditer par les candidats si, précise Bilger, « ils veulent éviter de se tromper sur les politiques à mettre en oeuvre ».

Des lectures itou pour pour Alexandre Delaigue sur econoclaste mais cette fois la question est plus "sociétale" : Pourquoi si peu de femmes au pouvoir ? Delaigue a trouvé la réponse dans le travail de recherche de Muriel Niederle et Lise Vesterlund. La voici, très résumée : les hommes ont tendance à privilégier exagérèment les environnements compétitifs, et les femmes à s’en éloigner beaucoup trop.

Des loisirs maintenant. L’Antisophiste a pioché dans une étude américaine sur l’évolution du temps des loisirs des américains depuis 1903 quelques enseignements intéressants montrant que 70 % du gain de temps (dégagé par la diminution du temps de travail) a été annulé par l’augmentation spectaculaire du temps scolaire (et des trajets). Le travail domestique en a avalé une autre bonne partie. Qu’on en juge : « Si l’on divise le nombre total d’heures de travail domestique (en base annuelle) par la population totale, on constate une hausse d’environ 70 heures / an depuis un ».L’explication mérite le détour.

Tito Boeri , lui, est franchement inquiet. Son obsession du jour a trait au retour de bâton, presque inévitable, de la précarité partout en Europe. C’est l’utilisation abusive des CDD qui le préoccupe. Comment les limiter ? Le professeur à l’université Bocconi de Milan suggère de s’inspirer d’une approche américaine - l’expérience rating -qui lie les cotisations sociales payées par l’employeur à la durée des contrats qu’ils offrent. Cela fait, il propose de ne plus embaucher, sauf cas particuliers, qu’en contrat « graduellement permanent avec une progression automatique des garanties à l’intérieur du même contrat ». Ca parait compliqué à première vue. Sa démonstration est assez simple.

Pour un dossier professionnel, Verel avait besoin de connaître la manière dont l’APL varie en fonction de la zone d’habitation. Il est donc allé farfouiller sur Internet et quelle ne fut pas sa surprise ?  : « Il est partout indiqué que le montant de l’aide dépend de nombreux éléments : ressources, situation familiale, nature du logement, lieu de résidence, loyer et nombre d’enfants ou de personnes à charge. Mais selon quelle formule ? Mystère ! »

Retour à la campagne : Optimum se gausse des menaces de Nicolas Hulot à l’adresse des candidats qui jetteraient aux orties son pacte. Ils trouvent vraiment pathétiques les « foudres de Saint Nicolas »

Toujours sur l’air de la campagne, c’est Etienne Wasmer qui s’inquiète d’une utilisation trop hative du vote électronique. Il paraît, si l’on en croit le Monde, que dés le 22 avril un peu plus d’un millier de terminaux seront installés dans une cinquantaine de communes . Si tel était le cas, prévient il, nous serions certainement de nombreux économistes et statisticiens à examiner à la loupe les résultats des bureaux de vote concernés.

On concluera pour cette fois avec Bernard Salanie. Sur "l’économie sans tabou », ce professeur à l’université de Columbia (New-York) et à l’école Polytechnique se fait l’apôtre d’un métier encore embryonnaire en Europe mais déterminant pour pallier, dit-il, l’insuffisante compétence des magistrats en la matière : le conseiller anti trust.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.