Menaces sur les blogs libres en Egypte

« Modè le de tolé rance il y a deux ans, l’ Egypte compte aujourd’ hui parmi les pays les plus ré pressifs du monde arabe en matiè re de liberté sur Internet » , s’ alarme Rasha Abdullah (1), chercheuse en communication à l’ Université Amé ricaine du Caire.
La confirmation en appel, lundi 12 mars, de la condamnation de Kareem Amer pour des propos tenus sur son blog n’ est é videmment pas faite pour rassurer. Trois ans de prison ferme pour « atteinte envers l’ islam » et un an pour « diffamation à l’ é gard du pré sident »  : une premiè re dans un pays où Internet faisait encore figure il a peu d’ oasis de liberté face à la censure qui sé vit dans les mé dias traditionnels. Pour Gamal Eid, l’ un des avocats du jeune homme, ce jugement constitue un « pré cé dent effrayant. Il a é té rendu sur des bases religieuses. C’ est l’ Inquisition ! » , s’ indigne-t-il.

« Au dé but, le gouvernement avait choisi la straté gie de l’ ignorance, estimant que l’ influence des blogs restait limité e, analyse Elijah Zarwan, consultant pour Human Rights Watch  au Caire. Mais depuis les é lections de 2005 le mouvement prend de l’ ampleur, il est devenu trè s gê nant pour l’ Etat. » Critique virulente du gouvernement, organisation de manifestations : d’ espace d’ expression libre, la blogosphè re s’ est peu à peu transformé e en « nouvelle plateforme politique » , estime le blogueur Wael Abbas. Consé quence : en 2006  au moins six cyberdissidents ont é té arrê té s, selon Reporter sans frontiè res qui a inté gré l’ Egypte dans sa liste des 13 pays ennemis d’ Internet. En janvier dernier un nouveau cap a encore é té franchi, avec la diffusion sur le net de vidé os ré vé lant des actes de torture commis par la police é gyptienne. Cette fois le scandale gagne mê me les colonnes des journaux. Au point que le ministre de l’ Inté rieur à faire arrê ter les deux officiers mis en cause, tout en critiquant une « campagne dé libé ré ment antipatriotique » . 

Kareem Amer, victime indirecte de ces ré vé lations ? « C’ est une cible facile » , estime Wael Abbas. « Ses propos envers l’ islam sont trè s virulents, c’ est un bouc é missaire idé al » . Dans son dernier post du 28 octobre 2006, il s’ en prenait trè s durement à Al-Azhar, siè ge des plus hautes autorité s de l’ Islam sunnite, d’ où il a é té exclu il y a un an pour « blasphè me » . Parmi les cyber-activistes cairotes, bien peu partagent d’ ailleurs ses positions, mais là n’ est pas la question. « Le gouvernement joue sur le sentiment religieux de la population, se pose en dé fenseur de l’ Islam, et en profite pour glisser l’ accusation de diffamation » , estime Alaa, un autre blogueur. « C’ est une porte ouverte à d’ autres poursuites » , redoute-t-il. La veille du procè s en appel de Kareem Amer, le pré sident du tribunal a d’ ailleurs dé posé une plainte contre le gouvernent, exigeant la fermeture de 21 sites Internet coupables eux aussi, selon lui, de porter atteinte au Pré sident. Parmi eux, des sites d’ ONG, le site du mouvement d’ opposition Kefaya et des blogs tels The Arabist, une ré fé rence dans le monde arabe.

(1) : Auteur de The Internet in the Arab World : Egypt and beyond. New York- Peter Lang (2007)


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