La leçon de modestie d'Hubert Védrine

Français, attention: le monde ne correspond pas à l'idée que vous vous en faites. Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, cette vérité simple est un tabou à briser, même en période électorale.
On aime ou on n'aime pas Hubert Védrine. Passer quatorze ans auprès de François Mitterrand à l'Elysée ne conduit assurément pas à l'angélisme. Et cinq ans à la tête de la diplomatie française (1997-2002) vous forgent une vision clinique des rapports de force internationaux. Toujours est-il que jeudi soir, Hubert Védrine a "planché" devant un amphi plein à craquer à Sciences Po-Paris, dans le cadre de la formation continue. autour du thème de la montée en puissance de la Chine.

Le point de départ était la préface de Védrine à l'édition chinoise d'un de ses livres, et dont nous avons déjà parlé sur ce blog. Sciences Po m'avait demandé d'animer le débat, premier d'une longue série de conférences consacrées à l'Asie.

J'en retiendrai surtout l'invitation de l'ancien ministre socialiste à la modestie. S'il est un message que, en ce temps électoraux où on parle de tout sauf du monde tel qu'il est, où les enjeux internationaux sont singulièrement éludés, comme à chaque fois, le mérite d'Hubert Védrine est de ramener au bon sens et à la réalité. Il est parti de 1989 et de la chute du mur de Berlin, lorque les Occidentaux ont cru naivement "qu'ils avaient gagné", comme l'avait théorisé hâtivement Francis Fukuyama: la "fin de l'histoire"...

Pour Hubert Védrine, il y a là une double "irrealpolitik": celle des Etats-Unis, "qui ont cru que l'histoire pouvait se régler par la guerre", et celle des Européens "qui croient à une communauté internationale post-traumatique" dans laquelle tout se règlerait de manière harmonieuse...

"Il n'y avait pas de place dans ce monde-là pour l'émergence de la Chine et de l'Inde", a-t-il souligné. Et c'est peu dire que les Occidentaux n'étaient pas, et dans une large mesure ne sont toujours pas préparés à la règle du jeu d'un monde nouveau dans lequel de nouveaux acteurs font entendre leur voix, font peser leur poids. Pour Hubert Védrine, à l'opposé de la doctrine américaine, "il faut tout négocier dans le monde actuel", et il faut "repenser le système multilétéral". Un constat qui inciterait à bâtir une Europe plus forte pour peser sur les afaires du monde, mais, comme il l'a lui-même souligné, cela ne se fait pas par décret...

A partir de là, on peut diverger avec l'ancien ministre, qui ne joue qu'un rôle marginal aujourd'hui dans la campagne de Ségolène Royal. On peut contester son specticisme, pour employer un euphémisme, sur l'enjeu des droits de l'homme, sur la manière de peser ou d'influencer un pays de la taille de la Chine... Mais il est certain que la prise en compte du monde tel qu'il est aujourd'hui, avec l'émergence des puissances qu'on n'attendait pas autour de la table, permet de se poser les questions à partir d'une base plus saine. On aimerait que ce postulat soit intégré par les candidats à l'élection présidentielle, quels qu'ils soient, mais on est loin du compte...


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